Décidément, rien ne nous aura été épargné.
On ne sait pas encore ce que Nicolas Sarkozy va nous raconter ce soir pour nous expliquer les bévues, les errements, l’absurdité de la diplomatie française de ces derniers mois et, accessoirement, le licenciement de Michèle Alliot-Marie et le remaniement ministériel qu’il entraîne, mais on a appris que le président de la République avait donné ordre à tout le personnel de notre ambassade à Tripoli -et y compris à notre ambassadeur- de s’enfuir et de fermer notre ambassade. C’est l’ambassade de Russie qui va désormais représenter la France en Libye. La honte !
On nous raconte que d’autres pays ont pris la même décision. C’est possible. Mais il y avait une tradition française. Nos ambassadeurs ne prenaient jamais la poudre d’escampette, même si la situation locale se gâtait un peu, et les ambassades de France restaient toujours ouvertes, même sous les bombes.
On se souvient qu’en 1975, lors de l’entrée des Khmers Rouges dans Phom-Penh, l’ambassade de France au Cambodge était restée, bien sûr, ouverte et qu’elle était devenue le refuge de centaines de cambodgiens, qu’à Hanoï, au pire moment des bombardements américains sur le Nord Vietnam, l’ambassade de France était restée, bien sûr, ouverte et que notre ambassadeur, Pierre Susini, avait été tué au milieu des ruines, qu’à Beyrouth, alors pourtant que notre ambassadeur, Louis Delamare, avait été assassiné (par les Syriens) et que la résidence des Pins avait été détruite, le drapeau français n’avait jamais cessé de flotter au-dessus de notre ambassade, même s’il avait fallu la déménager pendant quelques mois.
Et on pourrait multiplier les exemples de situations, infiniment plus dangereuses que ce qui se passe actuellement à Tripoli, pendant lesquelles nos diplomates ont simplement fait leur devoir.
Nicolas Sarkozy ignore sans aucun doute ce que représente pour une population prise sous les obus, affamée et affolée, la présence d’une ambassade de France.
En nous débinant comme des lapins, nous faisons preuve de lâcheté (ce que les peuples ne pardonnent jamais), nous avons l’air de regretter le régime de Khadafy (ce qui n’est sans doute pas très malin en ce moment) et, pire encore, nous trahissons toutes nos traditions.
Jusqu’à présent, les Libyens n’avaient que deux seuls vrais souvenirs de la France : Leclerc à Koufra et Koenig à Bir-Hakeim. La fuite de notre ambassadeur va nous donner une toute autre image. Pitoyable !

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