On connaissait, l’armée mexicaine, on a maintenant affaire à la justice mexicaine. La Française Florence Cassez vient de voir son pourvoi en cassation rejeté par la Cour fédérale de Mexico. Sa peine de soixante ans de prison pour « enlèvement, séquestration, association de malfaiteurs et possession illégale d’armes » est donc confirmée.
Nous voulons tous croire, naturellement, que notre compatriote est innocente comme elle le proclame, du fond de sa cellule, depuis cinq ans. Mais son cas est compliqué. Qu’avait-elle besoin de se choisir comme compagnon un truand notoire spécialisé dans les enlèvements avec demande de rançon. Certes, il y a eu des irrégularités dans l’enquête et notamment une bien curieuse « reconstitution » de l’enlèvement présentée comme du « direct ». Mais il faut bien dire que son innocence n’est pas évidente.
Avec de bons avocats et surtout un minimum de discrétion, l’affaire aurait cependant, sans doute, pu s’arranger et Florence Cassez, après cinq ans de détention, aurait peut-être pu être libérée ou du moins transférée en France.
Malheureusement pour elle, Sarkozy a voulu s’en mêler.
Il est parfaitement normal que Paris se préoccupe de nos ressortissants « en difficulté ». Il y a un service spécialisé pour ces affaires au Quai d’Orsay et nos consuls sont en poste dans toutes les capitales de la planète pour cela. Mais tout doit, évidemment, se faire dans la plus grande discrétion.
Or, il y a quelques mois, en visite officielle à Mexico, Sarkozy avait annoncé, à grands coups de trompette, qu’il avait obtenu du président mexicain, Felipe Calderon, l’engagement que Florence Cassez serait transférée en France très rapidement.
Quel pays, quelle justice pourraient accepter qu’un chef d’Etat étranger de passage se vante ainsi d’obtenir la libération d’un prisonnier de droit commun condamné par les tribunaux ? Il est évident que la vantardise stupéfiante et idiote du président de la République française a gravement compromis le sort de Florence Cassez.
On sait que depuis l’affaire des infirmières bulgares (réglée, en fait, par la commissaire européenne et non pas par Cécilia) et celle des « zozos » de l’Arche de Noé au Tchad (« rachetés » pour une poignée de cacahouètes au dictateur de N’Djamena), Sarkozy se fait fort de libérer tous nos otages et tous nos prisonniers. Mais il n’a toujours pas compris que ce n’était ni par la force ni par la publicité qu’on pouvait récupérer nos ressortissants.
En lançant nos commandos au Niger et au Mali, il a provoqué la mort de trois de nos otages et on ne peut qu’être inquiet sur le sort des cinq salariés d’Areva enlevés sur le site d’uranium d’Arlit et cela fait plus d’un an que deux journalistes de France 3 sont toujours détenus par les Talibans. Les rodomontades présidentielles n’ont servi à rien.
Et là-dessus, Michèle Alliot-Marie qui, depuis ses maladresses tunisiennes, ferait mieux de « la fermer » vient de déclarer que la décision de la Cour fédérale de Mexico était « un déni de justice inique» qui allait « peser dans les relations franco-mexicaines ». Elle a même annoncé qu’elle ne participerait à aucune des manifestations prévues dans le cadre de « l’année du Mexique en France » qui vient de débuter. On imagine l’émoi que cela a pu provoquer à Mexico !
On savait que notre nouveau ministre des Affaires Etrangères n’avait aucune notion de ce qu’est la diplomatie. Mais comment peut-elle –à moins qu’elle veuille à tout prix que Florence Cassez passe les soixante prochaines années dans sa prison- s’imaginer que de telles déclarations pourront faire céder la justice mexicaine ?
Le goût des fanfaronnades aura coûté cher à la sarkozie.

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