En tous les cas, il y en a un qui doit bien rigoler en ce moment. On l’imagine faisant tinter les glaçons de son verre à whisky, vautré dans un grand fauteuil club, au milieu de son immense salon blanc, dans son palais démesuré et regardant la télévision en éclatant de rire.
Il n’a pas bien compris pourquoi son ami Ben Ali avait piteusement capitulé, mais il est ravi de voir que son ami Moubarak tient le coup. Ce qui le réjouit, bien sûr, c’est que l’un et l’autre lui aient volé la vedette. Grâce à eux, on ne parle plus de lui. Plus un mot. Nulle part. C’était inespéré. A croire que c’est lui qui a financé les mécontents de Tunis et du Caire.
Il est vrai que l’Egypte avec ses pyramides, ses 80 millions d’habitants, le monde arabe, le monde islamique, le canal de Suez, le voisinage d’Israël, est plus importante que la Côte d’Ivoire avec son cacao, mais tout de même !
Il y a six semaines, c’était lui qui faisait la « une » de la presse mondiale et personne n’aurait parié un franc (CFA) sur son avenir.
Après dix ans de pouvoir contesté, une guerre civile et la scission du pays, il avait perdu les élections et le monde entier exigeait son départ. Sarkozy, impérieux, impérial et menaçant, lui avait même donné 48 heures pour partir. Obama, l’ONU et tous les « machins » africains le lui avaient demandé aussi, mais plus courtoisement.
Aujourd’hui, Laurent Gbagbo est toujours dans son palais présidentiel, dirige toujours le pays (du moins sa moitié sud), continue à défier la terre entière (qui ne s’occupe plus de lui) et le président élu, reconnu et applaudi par la communauté internationale, Alassane Ouattara, est toujours assiégé dans son hôtel encerclé par les partisans de Gbagbo.
Il paraît de Gbagbo va avoir des difficultés pour payer les salaires de février de ses 55.000 militaires et ses 100.000 fonctionnaires. Les banques internationales se font tirer l’oreille et il lui faut trouver 100 millions de $ par mois. Mais c’est lui qui touche les royalties du cacao et du port d’Abidjan.
Ce qui est plus intéressant c’est de constater qu’aujourd’hui les « grandes puissances » ne font plus forcément la pluie et le beau temps à travers la planète.
Quand Jimmy Carter décida de laisser tomber le Chah, tout le monde comprit que le régime impérial de Téhéran était condamné et quand Giscard en eut assez de « l’empereur » Bokassa, il lui suffit d’envoyer une compagnie de parachutistes à Bangui pour renverser cet autre trône.
Aujourd’hui, Sarkozy a beau ordonner à Gbagbo de s’incliner devant le suffrage universel et demander (avec Obama et les autres) à Moubarak d’amorcer une transition devant les manifestations de rues, ni l’un ni l’autre n’y prêtent la moindre attention.
Notre président devrait arrêter de donner des ordres à la terre entière et de brandir des menaces avec son épée de carton et son nez de Pinocchio.

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