Dominique Strauss-Kahn est un malin, tout le monde le sait. On l’attendait ce week-end non seulement à l’ouverture du G20 mais surtout au coin du bois.
Allait-il, à Paris, devant toute la presse et sur le plateau de la 2, pouvoir continuer à nous jouer son numéro de « chochotte », de candidat virtuel, à la fois donné vainqueur haut la main à la présidentielle de 2012 par tous les sondages et tenu au plus stricte devoir de réserve par sa fonction de directeur général du FMI ?
Il faut reconnaître qu’il s’en est très bien sorti. Le Conseil d’administration du FMI ne pourra rien lui reprocher. Il n’a rien dit. Ses partisans au sein du PS sont rassurés. Il a tout dit.
Cette fois, plus personne ne peut douter une seule seconde de ses ambitions. Il sera candidat. Pas à un nouveau mandat au FMI, non, à la présidence de la République ou du moins aux primaires de la gauche ce qui, pour l’instant, semble revenir au même.
Sa femme nous avait dit qu’elle ne souhaitait pas qu’il fasse un second mandat au FMI. Il nous a dit que la France lui manquait. Mais il est allé beaucoup plus loin.
En fait, il a ouvert le feu et a commencé sa campagne présidentielle à la fois sur la pointe des pieds et…. tambours battants. Il nous a déclaré en long et en large que la crise n’était pas terminée, contrairement à ce qu’a tendance à nous raconter Sarkozy, car après la crise financière et la crise économique nous sommes en pleine crise sociale. Et il nous a surtout affirmé que cette crise sociale affectait essentiellement les pays européens à l’exception toutefois de l’Allemagne qui s’en sortait beaucoup mieux que les autres.
En clair, d’après lui, Sarkozy a sans doute sauvé les banques et ses copains du CAC40 mais les Français, eux, sont dans une situation catastrophique. Il faut bien dire, hélas, qu’il y a du vrai là-dedans. Les banques refont des bénéfices considérables, la Bourse se porte plutôt bien alors que le chômage stagne toujours autour des 10%, que les classes moyennes se précarisent chaque jour davantage et que la protection sociale s’effrite de plus en plus, sans parler des déficits qui continue à se creuser. Cela dit, DSK exagère un peu. Il vaut toujours mieux être chômeur, malade, père de famille nombreuse ou même immigré en France, voire en Europe, plutôt que dans certains pays émergeants et, eux aussi, touchés par la crise.
Mais il était évidemment habile de la part du patron du FMI de faire ainsi du « social », ce qui n’est pas l’apanage du Fonds Monétaire International. Ses « amis » du PS lui reprochent d’être devenu un horrible banquier, adepte de la pire de rigueur et prêt à faire crever de faim les foules laborieuses, il se présente en Saint Vincent de Paul, attentif à la misère des peuples.
Cette image lui est indispensable pour gagner confortablement les primaires et lui sera bien utile pour affronter un Sarkozy que ce quinquennat a transformé en docile protecteur des riches.
On peut déjà imaginer ce que sera la campagne de Strauss-Kahn et le face-à-face du second tour.
L’image du week-end est, évidemment, la poigné de mains entre les deux hommes. Qu’ont-ils bien pu se dire, les yeux dans les yeux ? On s’amuse à imaginer le bref dialogue.
-Comment vas-tu, Dominique ?
-Bien, bien et toi, Nicolas ?
-Bien, bien, tout va très bien !
-Vraiment ? Merci en tout cas de m’accueillir ici, à l’Elysée…
-Mais tu es chez toi, ici !
-Pas encore tout à fait… A propos, tu as vu les sondages ? Tu y crois ?
-Non ! Tu sais, Dominique, que tu fais un boulot formidable à Washington. Chaque jour, je me dis que j’ai bien fait de t’y nommer.
-Ce n’est pas toi qui m’y a nommé. Et arrête de le raconter, tu passes pour un con.
-N’empêche que tu devrais rester là-bas. La France a besoin de toi… là-bas.
-Je sais. Mais tu sais, en France ça ne va pas fort non plus, alors par moments je me demande si je ne serais pas plus utile ici que là-bas.
-Arrête de raconter des blagues… Tu m’énerves !
Le dialogue n’a sûrement pas été celui-là. Mais c’est ce qu’on lisait dans leurs regards. Avec, en plus, une touche de haine.

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