Tout le monde reconnaît que Christian Jacob, le nouveau président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, n’est pas une flèche. C’est même pour cela que Jean-François Copé l’a choisi comme successeur. Le nouveau patron du parti n’aura, avec lui, rien à craindre du groupe. C’en est fini de la guéguerre qu’on a connue pendant des mois entre la rue de La Boétie et l’Assemblée, entre Copé et Xavier Bertrand. Copé a verrouillé.
Personne ne se souvient d’ailleurs que Jacob qui est titulaire d’un brevet d’études professionnelles agricoles et maire de Provins a été successivement ministre de la famille, du commerce et de la fonction publique entre 2002 et 2007.
Voulant sans doute faire un peu parler de lui, Jacob vient de tirer la première salve (de la droite) contre Dominique Strauss-Kahn. Normal. La droite ne pouvait pas laisser à la seule gauche le soin de tirer à vue sur le candidat (pour l’instant virtuel) de la gauche le mieux placé dans tous les sondages.
La droite a mille arguments à mettre en avant contre ce redoutable concurrent. D’abord, il est le vrai père des 35 heures. Ensuite, tout socialiste qu’il soit encore, il est devenu le plus intransigeant des partisans de la rigueur et même de l’austérité en tant que directeur général du FMI. Enfin, il a eu des démêlés avec la justice (qui se sont terminés par un non-lieu, mais ça ne fait rien) et il est richissime.
Mais Jacob a préféré ouvrir le feu en déclarant que Strauss-Kahn n’était « pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, la France à laquelle (il est) attaché ».
Chacun sera d’accord pour reconnaître que DSK n’est pas l’image de la France « rurale ». Il est plutôt celle des intellectuels surdiplômés et peut-être même surdoués, voire celle des bobos les plus fortunés qui ont leur appartement place des Vosges et leur palais à Marrakech. Cela dit, ça n’a aucune importance, Jacob, ancien syndicaliste agricole, semble ignorer que les ruraux n’ont plus aucun poids dans le corps électoral.
Mais ces allusions (désuètes et pour le moins réactionnaires) à la terre, aux territoires et à « la France qu’on aime bien » ont naturellement pris une résonnance particulière tout simplement parce que DSK est juif ce que personne –et pas même Christian Jacob- n’ignore.
Or, Jacob a utilisé les mots, les termes dont se servaient jadis les pires antisémites pour fustiger Léon Blum (« Garfoukelstein, dit Léon Blum » s’écriait Léon Daudet de la tribune de l’Assemblée) ou, plus récemment, Mendès-France (« Moi, je n’ai pas besoin d’ajouter le mot France à mon nom » disait Tixier-Vignancour.)
Dans un premier temps, on ne veut pas croire que Jacob soit assez bête pour attaquer DSK sur ses origines juives. Non seulement parce que cela serait, évidemment, inadmissible mais aussi, tout simplement, parce que son maître à penser, Copé, est tout aussi juif que DSK et le revendique en permanence. D’ailleurs, peut-on vraiment dire que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa soit, lui, la plus parfaite incarnation de « la France rurale, des terroirs et des territoires, de cette France qu’on aime » ?
Mais, dans un deuxième temps, on est bien obligé de constater que les mots de Jacob ont été savamment choisis et que si le patron du groupe UMP de l’Assemblée n’a pas traité ouvertement DSK de « sale youpin » (mais il serait alors tombé sous le coup de la loi), il l’a tout de même exclu de « la vraie France » ou du moins de celle qu’il aime.
C’est, bien sûr, pour le moins, une gaffe impardonnable. Le tout est de savoir s’il s’agit du dérapage d’un sous-fifre méprisable ou si ce thème de l’antisémitisme a été sciemment choisi parmi les arguments de campagne que prépare l’entourage de Sarkozy.
Pour tenter de récupérer les voix du Front National, on a commencé par s’en prendre aux Roms, puis aux Français « de fraîche date ». Va-t-on maintenant s’en prendre insidieusement si ce n’est aux Juifs du moins au « Juif Strauss-Kahn » ?
Ce serait la preuve que Sarkozy ignore tout autant la France « rurale » que la France « urbaine ». Les Français ne sont ni vraiment antisémites ni totalement xénophobes. La preuve, ils ont voté Sarkozy en 2007. Et, aujourd’hui, nombreux sont ceux, surtout à droite, qui ont déjà honte de toutes les « dérives » soi-disant « sécuritaires » mais, en fait, racistes du régime. Celle-là ne serait pas seulement impardonnable, elle serait… « impardonnée ».

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