On savait qu’ils étaient incompétents, incultes, qu’ils ne pensaient qu’au « fric » et que ce régime était un ramassis de « copains et de coquins », bien pire que celui d’autrefois. On s’aperçoit soudain –on s’en doutait, à dire vrai, depuis trois ou quatre ans- que ce sont, en plus et surtout, des imbéciles.
L’affaire de Florence Cassez, menée par Sarkozy en personne, le démontre à l’évidence. Celle des vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie aussi.
Ce ne sont, dit-on, que des « broutilles » à côté des vrais problèmes que le gouvernement est incapable d’affronter (chômage de masse, déficit de tous nos comptes, perte de notre compétitivité, délinquance, immigration, etc.). C’est vrai.
Mais ces « broutilles » révèlent tous les défauts, toutes les tares de notre régime sarkozien.
Pour qui notre président se prend-il en ordonnant au président mexicain de nous rendre cette jeune femme, complice évidente d’un truand spécialisé dans les enlèvements avec demande de rançon ?
Il confond visiblement le Mexique et le Tchad. Il avait pu obtenir d’Idriss Deby, le petit dictateur sanguinaire de N’Djamena, la libération des quelques farfelus de l’Arche de Zoé qui avaient enlevé des gosses pour faire croire qu’ils s’occupaient des orphelins du Darfour. Ce n’étaient pas des truands mais des « zozos » et, surtout, le Tchad de Deby est, encore et toujours, une colonie française puisque ce régime pourri ne survit que grâce à la présence de l’armée française et à l’aide financière que nous lui accordons bien généreusement.
Rien à voir avec le Mexique qui est un grand pays dont les performances économiques pourraient nous faire rêver. Et Sarkozy semble ignorer que la France n’y a guère de prestige. Ce n’est pas l’Amérique du Sud où l’on évoque encore avec des trémolos dans la voix Mermoz, Saint Exupéry, Claudel ou de Gaulle.
Certes, c’est à Mexico que de Gaulle avait annoncé que nos deux pays feraient désormais route « la mano en la mano ». Mais il n’était rien resté d’autre que ce bout de phrase.
Le seul véritable souvenir que les Mexicains aient de notre pays demeure la funeste expédition lancée, en 1862, par Napoléon III. Il voulait créer un grand empire mexicain pour contrebalancer les Etats-Unis, aider les Sudistes, creuser un canal Atlantique-Pacifique, donner un trône aux Habsbourg et se faire ainsi pardonner sa victoire de Solferino, Eugénie, la bigote espagnole souhaitait, elle, « re-catholiser » le pays et Morny, l’âme damnée de son demi-frère, rêvait de se faire couronner empereur du Mexique tout en réalisant une fabuleuse escroquerie avec les fameux « bons Jecker ».
Tout cela était honteux, véreux et imbécile et se termina par un bain de sang, l’exécution de Maximilien et une déroute piteuse de l’armée française.
Autant dire que, même un siècle et demi plus tard, la France n’a pas la meilleure des images au Mexique et qu’en voulant jouer « les gros bras », comme s’il régnait à la Maison-Blanche, Sarkozy a évidemment braqué les autorités mexicaines tout en se ridiculisant. Comment un pays « de droit » peut-il demander officiellement à un autre pays « de droit » de passer outre à des décisions de justice ?
Sarkozy aurait-il voulu laisser moisir dans sa prison cette pauvre fille pendant encore soixante ans, qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Jamais sans doute la France n’avait été aussi bête et n’avait réussi à transformer ainsi une affaire de droit commun, ne relevant que de la compétence de nos consulats en véritable affaire d’Etat.
Sans faire de la sarkophagie ni même de la sarkophobie, on est bien obligé de constater que le chef de l’Etat s’est comporté en imbécile.
Même chose pour Alliot-Marie. Elle avait commencé par proposer à un dictateur chancelant « le savoir-faire « de nos policiers. Puis, elle est allée passer ses vacances, avec son compagnon et ses parents, chez ce dictateur et aux frais d’un des oligarques du régime. Et on apprend maintenant –merci au Canard enchaîné- que les dits-parents (plus de 90 ans chacun) en ont profité pour faire du business avec l’oligarque en question.
O tempora, o mores, disait l’autre. D’abord, les bras vous tombent, puis, on tombe à la renverse.
Où la méchante bonne femme est particulièrement imbécile c’est quand elle reprend la stratégie d’un de ses anciens collègues, Eric Woerth. Elle nie. Dans un premier temps, en bloc, puis, de mercredi en mercredi, jour de parution du Canard enchaîné, en détail.
Il ne connaissait pas (ou à peine de nom) Liliane Bettencourt et son conseiller financier. Or le conseiller avait embauché la femme du ministre et le ministre avait fait obtenir la Légion d’Honneur au conseiller. Elle connaissait vaguement l’oligarque tunisien qu’elle a rencontré « tout à fait par hasard » à l’aéroport de Tunis. Or, non seulement l’oligarque l’a invitée dans son jet privé, l’a hébergée dans son palace, l’a baladée dans le sud tunisien mais, en plus, il a fait des affaires qu’on suppose juteuses avec ses parents.
Comme Woerth, Alliot-Marie, soumise au supplice de la question, avoue petit à petit, bribe par bribe. Comme lui, elle brandit par moment la « vie privée ».
Comment osait-on ironiser sur l’embauche de Florence Woerth ? C’était une atteinte inadmissible à la vie privé de ce couple sans histoire. Comment ose-t-on évoquer un modeste placement effectué, avec ses petites économies, par ce vieux papa nonagénaire ? C’est, là encore, une atteinte à la vie privée. Cette « presse de caniveau » ne respecte même plus les cheveux blancs des vieillards ! Rappelons, pour la petite histoire, que le vieux papa en question, Bernard Marie, a été pendant des années, l’un des ténors politiques du Pays basque et qu’il a légué à sa fille adorée à la fois son siège de député et sa mairie. Il est vraisemblable qu’il lui léguera aussi les biens qu’il vient d’acquérir en Tunisie.
Sans parler de morale puisque le mot n’a plus guère de sens par les temps qui courent, il était évidemment imbécile de proposer le « savoir-faire » de nos policiers à un Ben Ali chancelant, d’aller en vacances en Tunisie alors que l’insurrection avait commencé, de permettre à ses parents de faire du business avec un corrompu local et sa défense est, elle-même, totalement imbécile. Elle aurait dû comprendre depuis longtemps qu’aujourd’hui « tout finit toujours par se savoir ». Il suffit d’attendre le mercredi ou de se connecter sur Internet.
Mais c’est vrai que faute de dignité (c’est-à-dire de démissionner) il ne lui reste qu’à faire l’imbécile…

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