Cet avocat ne connait vraiment rien aux principes les plus élémentaires de la Justice. L’ennui c’est qu’il est aussi président de la République, donc « garant » de nos institutions et donc accessoirement de l’indépendance de la dite Justice.
L’affaire Laetitia, cette jeune femme assassinée sans doute par un multirécidiviste, est, évidemment, un drame. Et chacun s’indigne qu’on ait pu libérer et laisser sans surveillance un tel délinquant sexuel qui était, de toute évidence, dangereux.
C’est l’éternel problème de la récidive. Peut-on remettre en liberté un criminel qui a purgé sa peine mais qui pourrait éventuellement récidiver ? Evidemment. On n’a pas le choix. Dès l’instant qu’un homme a « payé sa dette à la société », il doit retrouver sa liberté. Peut-on faire bénéficier d’une libération anticipée un criminel que les experts, voire les magistrats considèrent « ré-insérable » dans la société mais qui, lui aussi, pourrait récidiver ? On peut en discuter.
Le problème est que personne n’est capable d’évaluer les risques de récidive que présente un ancien condamné. On nous dit que 5% « seulement » des criminels sexuels récidivent. Mais on nous avoue aussi qu’aucune thérapie, qu’aucune surveillance ne sont efficaces pour empêcher ces 5% de récidives. Va-t-on décider d’enfermer à vie tous les délinquants sexuels alors que 95% d’entre eux ne récidiveront pas ? Personne n’apporte de réponses satisfaisantes à ces questions.
Mais aujourd’hui, il y a un autre problème. C’est, une fois de plus, celui de Sarkozy.
Comme à son habitude, le président de la République s’est jeté sur ce fait divers dramatique pour faire, sans la moindre pudeur, son numéro de prédilection. « L’affaire de Laetitia est intolérable. Il y a eu des dysfonctionnements. Il va y avoir des sanctions » s’est-il écrié.
L’assassinat de Laetitia est intolérable. Le fait que le présumé coupable ait déjà été condamné treize fois et soit en liberté dans la nature prouve qu’il y a, en effet, quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre système judiciaire. Mais comment le chef de l’Etat peut-il parler de « sanctions » (contre les magistrats) avant qu’une enquête sérieuse n’ait démontré qu’il y avait eu « fautes ».
Tout le monde est d’accord pour dire qu’il est scandaleux que les magistrats bénéficient d’une immunité totale quand ils ont commis des fautes. Il est stupéfiant que le juge Burgaud, coupable d’avoir brisé la vie d’une dizaine d’innocents dans l’affaire d’Outreau, ait simplement été « déplacé » et n’ait pas été purement et simplement viré de la magistrature. Et on pourrait citer d’autres exemples de magistrats gravement coupables d’injustices délibérées ou compromis jusqu’aux yeux dans des magouilles incroyables comme celles dénoncées, à Nice, par le procureur Eric de Montgolfier.
Mais il est inadmissible qu’un président de la République, pratiquant un populisme de bas étage, désigne ainsi à la vindicte populaire des magistrats alors qu’on ignore totalement s’il y a eu fautes ou non. Les « dysfonctionnements » sont ceux du système qui n’a toujours pas su trouver comment faire face aux risques de récidive. On comprend parfaitement l’indignation des magistrats devant ce nouvel éclat présidentiel.
Nous y sommes habitués. Nicolas Sarkozy confond « accusés » et « coupables », « délinquants », « gens du voyage » et Roms, jeunes issus de l’immigration et « racaille », « délinquants » et « Français de fraîche date » (le Sénat vient, heureusement, de le désavouer sur ce dernier point) tout cela pour faire des effets de manche et flatter dans le sens du poil les instincts les plus misérables qu’il imagine être ceux d’une partie de son électorat.
Il se trompe. Les Français, même ceux qui sont tentés par un vote extrémiste, sont attachés à l’Etat de droit et n’apprécient pas un chef d’Etat qui, par pure démagogie, profite de l’émotion populaire pour annoncer, à grands renforts de moulinets, des sanctions (qui ne seront pas appliquées) et de nouvelles lois (qui ne seront pas plus efficaces que la dizaine de textes qu’il a, lui-même, déjà fait passer depuis 2002). Tout cela –ces fausses colères, ces menaces, cette stigmatisation de la justice- est indigne d’un chef d’Etat.
On nous avait raconté que Sarkozy s’était calmé, qu’il voulait se « présidentialiser » pour terminer en beauté son quinquennat. On nous avait encore raconté des blagues. Il récidive. Preuve qu’aucune thérapie n’est efficace. Même celle des sondages…

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