Archives par moisfévrier 2011



Trois « poids lourds » contre deux « boulets »

Si l’on en croit les commentateurs d’aujourd’hui, Nicolas Sarkozy se serait débarrassé de deux « boulets » encombrants pour les remplacer par trois « poids lourds » salvateurs.
Il ne fait aucun doute que Michèle Alliot-Marie commençait à devenir gênante. Non seulement elle symbolisait jusqu’à la caricature la cécité du gouvernement français devant tous les événements actuels qui chahutent le monde arabe (sa stupéfiante proposition d’envoyer des policiers français à l’aide de Ben Ali !) mais, en plus, elle faisait voir au grand jour l’un des vices les plus mal cachés de la sarkozie : le goût du fric, de la « dolce vita » et des petits arrangements avec les milliardaires.
Son réveillon à Tabarka rappelait, étrangement, la soirée du Fouquet’s, ses escapades à bord du jet privé du copain de Ben Ali évoquaient, évidemment, le yacht de Bolloré. Et ses mensonges éhontés, tout au cours de sa descente aux enfers, comme ceux de Woerth dans un scénario pratiquement identique, reflétaient à merveille l’inconscience impudique et la morgue insupportable des membres de la cour du roi.
Elle voulait faire croire qu’elle était l’incarnation du gaullisme dans l’équipe dirigeante mais elle était devenue beaucoup trop sarkozienne. Il fallait, en effet, la débarquer au plus tôt.
Pour Brice Hortefeux, « le meilleur ami du président », on nous raconte que ses condamnations pour propos racistes obligeaient Sarkozy à l’éloigner. Ca ne tient pas. D’abord, Hortefeux a fait appel du jugement qui l’a condamné et il est donc toujours « présumé innocent », même si c’est lui qui a inventé le concept du « présumé coupable ». Ensuite, s’il est limogé, il va tout de même être nommé « conseiller politique » du chef de l’Etat, poste qui ne devrait, bien sûr, pas revenir à un repris de justice.
Non, Hortefeux est viré parce qu’il symbolisait, lui, les échecs de la politique sarkozienne de sécurité. Or, la chasse à la racaille, aux délinquants et aux clandestins sera le thème majeur de la campagne présidentielle de Sarkozy. Cela va faire dix ans maintenant, depuis sa première entrée au ministère de l’Intérieur en 2002, qu’il nous joue le même air. Devant le fiasco de ses rodomontades, il lui fallait, à l’évidence, changer d’interprète puisqu’il ne veut pas changer de partition.
Ajoutons que mettre Claude Guéant place Beauvau c’était, à la fois, combler de bonheur ce Fouché au petit pied et faire plaisir à tous ceux, innombrables, qui ne supportaient plus ce bonhomme insipide et sinistre qui se prenait, en plus, pour Talleyrand.
On ne reprochera donc pas à Sarkozy d’avoir jeté par-dessus bord ces deux « boulets » au nom de « la politique du résultat » qu’il prétendait vouloir mettre en oeuvre.
On regrettera cependant qu’il ait ainsi limité la purge qui s’imposait. Pourquoi n’avoir pas, dans un grand moment de lucidité, balancé aussi Roselyne Bachelot, compromise jusqu’aux yeux avec les laboratoires pharmaceutiques et ses achats de vaccins inutiles, Frédéric Mitterrand dont on se demande ce qu’il peut bien faire à la Culture, Besson dont on ne connaît même plus les fonctions exactes, Morano, Chatel et quelques autres, histoire de rafraîchir un peu ses troupes à la veille de combats qui ne s’annoncent pas gagnés d’avance?
Mais il s’est contenté d’échanger deux « boulets », Alliot-Marie et Hortefeux, contre ce qu’on nous présente comme trois « poids lourds », Juppé, Longuet et Guéant.
Il est de bon ton d’affirmer que Juppé est un « homme de qualité ». Même Laurent Fabius vient de le répéter. Mais comme Fabius est un ancien condisciple de Juppé, rue d’Ulm et à l’ENA, son témoignage est évidemment sujet à caution et relève, semble-t-il, plus de l’esprit de corps que de l’esprit critique.
Cela dit, Juppé est, sans doute, un grand travailleur, avec le sens de l’Etat (hélas version haut fonctionnaire et non pas version homme politique, deux versions qui n’ont rien à voir entre elles). Il va sûrement potasser les dossiers du Quai d’Orsay et on veut croire que, sans se mettre droit dans ses bottes, il saura écouter, prudemment, d’une oreille attentive, les avis, voire les conseils de nos diplomates.
Mais à l’Elysée, on nous fait déjà comprendre que Sarkozy compte bien garder la haute main sur la politique étrangère, en tant que président du G8 et du G20 et pour mieux se présidentialiser et que, donc, la vraie fonction de Juppé va être de jouer les Monsieur Loyal, les « faire-valoir », les cautions, les comparses, les boute-en-train pendant la campagne présidentielle.
Alors là, on peut se demander s’il n’y a pas erreur sur la personne et grave faute de casting. Dans le genre boute-en-train, on a déjà vu mieux que Juppé. Si Sarkozy compte sur Juppé pour faire basculer l’opinion publique, remonter dans les sondages et partir en fanfare vers un triomphe électoral l’année prochaine, il a « tout faux ».
Pour les Français –et ils sont peut-être injustes, mais ce sont eux les électeurs- Juppé reste le premier ministre qui a provoqué, par maladresse, un mois de grève générale des transports en plein hiver 1995, qui a, avec d’autres, conseillé la dissolution de 1997, qui a été condamné (à tort ou à raison) dans une affaire d’emplois fictifs, qui a dû s’exiler quelques mois au Canada et qui, à peine revenu en grâce, s’est fait battre aux législatives dans son fief bordelais ce qui l’a obligé à démissionner du gouvernement. On ne peut pas dire donc qu’il ait laissé un souvenir impérissable à tous les Français. Seuls les Bordelais semblent aujourd’hui faire encore son éloge.
Il va être intéressant de voir ce que la présence de l’ancien « meilleur d’entre les chiraquiens » peut rapporter à Sarkozy dans les prochains sondages.
Et Longuet, l’autre poids lourds, sorti, lui, de son garage sénatorial ? Que peut-il rapporter à Sarkozy pendant la campagne ?
Seuls les électeurs du troisième âge, et encore pour peu qu’ils aient gardé toute leur mémoire, se souviennent vaguement du nom de ce beau-frère de Bolloré (Ah ! Tiens, tiens ! On comprend tout ! Leurs épouses sont sœurs !), ancien ministre de l’Industrie de Balladur et mouillé dans des histoires compliquées de villa dans le midi.
Combien Longuet va-t-il rapporter de points à Sarkozy dans les sondages avant que le Cana rd enchaîné ne s’occupe vraiment de lui ?
Le troisième « poids lourd » plaira sans doute aux « flics » puisqu’il est de « la Grande maison », mais a-t-il vraiment le charme nécessaire pour reconquérir une opinion ? Ce n’est pas sûr.
Attendons donc le prochain remaniement -qu’on nous annonce pour lendemain des cantonales- afin de savoir si, lesté de poids lourds, le président sortant pourra affronter les électeurs….

28 Fév 2011 | Comments (3)

Un discours de fin de règne

C’est très curieux. Nicolas Sarkozy nous parle des fabuleux bouleversements qui sont en train de chambouler tout le monde arabe et donc notamment tout le sud de la Méditerranée (et qui laissent prévoir aussi une explosion du prix du pétrole et l’arrivée sur nos côtes de centaines de milliers de clandestins), il nous annonce, en même temps, un remaniement ministériel qui touche trois ministères régaliens, l’Intérieur, la Défense et les Affaires Etrangères, et personne… n’y prête la moindre attention.
Il est vrai que ce qu’il nous a dit (en cinq minutes) sur « le printemps arabe » n’a été qu’une suite de lieux communs et que tout le monde savait depuis plusieurs jours que Michèle Alliot-Marie serait remplacée par Alain Juppé qui serait, lui-même, remplacé par Gérard Longuet et que Brice Hortefeux céderait sa place à Claude Guéant.
Au fond, la seule surprise de la soirée a été le maintien de Patrick Ollier au ministère des Relations avec le Parlement. On devine que cela ne bouleverse pas les foules. Nommé membre du gouvernement au titre de compagnon d’Alliot-Marie (ce qui était tout de même assez stupéfiant) on ne comprend pas qu’il n’ait pas suivi sa maîtresse dans sa disgrâce et d’autant moins qu’il était, lui aussi, du réveillon en Tunisie et qu’en plus, lui, il était en affaires avec Khadafy.
Cela dit, il est bien dommage qu’Henri Guaino n’ait pas préparé pour le président quelques belles envolées lyriques sur ce réveil du monde arabe qui s’apprête à trouver enfin sa place dans l’Histoire. Il y avait là, pour Sarkozy comme pour Guaino, une belle occasion de se faire pardonner le pitoyable discours de Dakar qui avait fustigé l’Afrique et les Africains incapables d’entrer dans l’Histoire.
Ressortir de son placard l’Union pour la Méditerranée était particulièrement ridicule. Tout le monde sait que ce « truc » n’est qu’une utopie farfelue. La Méditerranée n’est pas « le lac de paix, berceau de toutes les civilisations » que certains bateleurs nous racontent. C’est le pire des fossés, qui sépare l’Occident repu du Tiers-Monde affamé, la civilisation judéo-chrétienne du monde islamique, sans parler de tous les conflits entre Israël et ses voisins, entre les Grecs et les Turcs, entre les Serbes et les Albanais, entre les Algériens et les Marocains. Il faudra quelques siècles avant que tous ces peuples méditerranéens puissent s’entendre. Et ce qui se passe aujourd’hui au sud de notre « mer intérieure » n’est, peut-être, au mieux, qu’un tout petit premier pas.
Sarkozy semble ignorer (mais il dira, sans doute, que c’est la faute de nos diplomates qui ne savent pas l’informer) que les seules forces politiques organisées aujourd’hui en Tunisie, en Libye et en Egypte sont les Islamistes ou leur version dite « modérée » des Frères musulmans. Tous les démocrates, les héritiers du Néo-Destour en Tunisie, des monarchistes constitutionnels en Libye ou du Wafd en Egypte, ont été massacrés par des décennies de dictatures avec lesquelles d’ailleurs nous entretenions les meilleures relations du monde.
Il suffit de regarder la télévision pour s’apercevoir que si les banderoles évoquent généralement la liberté et la fin des dictateurs, les slogans repris par les foules se limitent le plus souvent au fameux « Allah ou Akbar » des partisans iraniens de Khomeiny en 1979.
Sarkozy qui veut, très bêtement, ouvrir un vaste débat sur la place de l’Islam en France devrait plutôt réfléchir sur la place que va avoir, demain, l’Islam tout autour de la Méditerranée.
Mais ce qu’il y avait de plus frappant, hier soir, c’était le côté « fin de règne ». Sarkozy lui-même ne semblait pas croire une seule seconde à ce qu’il nous débitait.
Il était obligé de reconnaître, implicitement, qu’il n’avait rien vu venir de ce fantastique vent de révolte qui souffle à travers tout le monde arabe et qu’il n’avait pas la moindre idée de ce que tout cela allait donner.
Et en nous annonçant les nominations de Juppé, 66 ans, Longuet, 65 ans, et Guéant, 66 ans, non seulement il n’éveillait pas des espoirs flamboyants pour sa reconquête de l’opinion, mais il reconnaissait, là encore implicitement, les échecs lamentables de sa diplomatie et de sa politique sécuritaire.
L’Histoire de France est pleine de ces souverains qui, en fin de règne, ne sachant plus à quel saint se vouer, rappellent leurs vieux serviteurs avec l’espoir, bien vain, de se donner un coup de jeune, voire un nouveau souffle. Mais qui aurait jamais pu imaginer que Longuet pourrait encore, un jour, servir d’atout pour mener une campagne présidentielle ?

28 Fév 2011 | Comments (5)

La honte ! Notre ambassade fermée à Tripoli !

Décidément, rien ne nous aura été épargné.
On ne sait pas encore ce que Nicolas Sarkozy va nous raconter ce soir pour nous expliquer les bévues, les errements, l’absurdité de la diplomatie française de ces derniers mois et, accessoirement, le licenciement de Michèle Alliot-Marie et le remaniement ministériel qu’il entraîne, mais on a appris que le président de la République avait donné ordre à tout le personnel de notre ambassade à Tripoli -et y compris à notre ambassadeur- de s’enfuir et de fermer notre ambassade. C’est l’ambassade de Russie qui va désormais représenter la France en Libye. La honte !
On nous raconte que d’autres pays ont pris la même décision. C’est possible. Mais il y avait une tradition française. Nos ambassadeurs ne prenaient jamais la poudre d’escampette, même si la situation locale se gâtait un peu, et les ambassades de France restaient toujours ouvertes, même sous les bombes.
On se souvient qu’en 1975, lors de l’entrée des Khmers Rouges dans Phom-Penh, l’ambassade de France au Cambodge était restée, bien sûr, ouverte et qu’elle était devenue le refuge de centaines de cambodgiens, qu’à Hanoï, au pire moment des bombardements américains sur le Nord Vietnam, l’ambassade de France était restée, bien sûr, ouverte et que notre ambassadeur, Pierre Susini, avait été tué au milieu des ruines, qu’à Beyrouth, alors pourtant que notre ambassadeur, Louis Delamare, avait été assassiné (par les Syriens) et que la résidence des Pins avait été détruite, le drapeau français n’avait jamais cessé de flotter au-dessus de notre ambassade, même s’il avait fallu la déménager pendant quelques mois.
Et on pourrait multiplier les exemples de situations, infiniment plus dangereuses que ce qui se passe actuellement à Tripoli, pendant lesquelles nos diplomates ont simplement fait leur devoir.
Nicolas Sarkozy ignore sans aucun doute ce que représente pour une population prise sous les obus, affamée et affolée, la présence d’une ambassade de France.
En nous débinant comme des lapins, nous faisons preuve de lâcheté (ce que les peuples ne pardonnent jamais), nous avons l’air de regretter le régime de Khadafy (ce qui n’est sans doute pas très malin en ce moment) et, pire encore, nous trahissons toutes nos traditions.
Jusqu’à présent, les Libyens n’avaient que deux seuls vrais souvenirs de la France : Leclerc à Koufra et Koenig à Bir-Hakeim. La fuite de notre ambassadeur va nous donner une toute autre image. Pitoyable !

27 Fév 2011 | Comments (6)

Alliot-Marie la lampiste

Nicolas Sarkozy va-t-il virer Michèle Alliot-Marie ce week-end ? Tous les experts en « sarkologie » nous l’affirment, en précisant même qu’elle va être remplacée au Quai d’Orsay par Alain Juppé, lequel sera remplacé rue Saint Dominique par Gérard Longuet ou par Brice Hortefeux, lequel serait remplacé place Beauvau par Claude Guéant.
Après le retour de Juppé, celui de Longuet… Quand verra-t-on revenir, dans cette joyeuse équipe qui prônait la rupture, les Toubon, Carignon, Michel Noir, Perben et autres Godfrain d’antan, espoirs (tous bien décevants) des années 80 ?
Mais ce sont les mêmes experts qui nous avaient annoncé, à l’automne dernier, que le président de la République, conscient de l’ambiance générale du pays et souhaitant repartir d’un nouveau pied à la reconquête des Français, allait procéder à un vaste remaniement ministériel, remercier Fillon et nommer Borloo à Matignon. La sarkologie n’était pas une science exacte. On attendra donc, cette fois, d’entendre la voix impénétrable du seigneur.
Cela dit, tout le monde est d’accord pour reconnaître que Michèle Alliot-Marie ne peut plus rester au Quai d’Orsay, certains allant même jusqu’à se demander ce qu’elle est allée y faire. Sa nomination à la tête de notre diplomatie a, évidemment, été une erreur (de plus). Mais il fallait bien trouver un successeur à Kouchner dont la nomination avait déjà été une erreur, celle-là carrément monstrueuse.
Il est évident que les déclarations de Michèle Alliot-Marie sur l’aide que la France pourrait apporter à Ben Ali avec son « savoir-faire » en matière de maintien de l’ordre, puis ses vacances en Tunisie alors que l’insurrection avait déjà commencé, aux frais d’un corrompu du régime, puis le petit business de ses parents avec ce même corrompu l’ont totalement brûlée, carbonisée, vitrifiée et, en tous les cas, déconsidérée et discréditée.
Non seulement elle ne peut plus représenter la France à travers le monde (mais l’aurait-elle jamais pu ?) mais elle ne peut même plus regarder en face les diplomates français qui sont sous ses ordres au Quai.
Traînée dans la boue par l’opposition, par une bonne partie de la presse, lâchée par la plupart de ses « amis » et ostensiblement méprisée par son administration, elle se retrouve, à peu de choses près, dans la situation d’Eric Woerth, l’année dernière. Woerth avait été « plombé » pendant toute la discussion de la réforme des retraites qu’il devait mener Elle serait tout autant « plombée » pendant toute la présidence du G8 et du G20 par la France.
Il serait donc, en effet, charitable d’abréger son agonie.
Et personne n’aurait l’idée saugrenue de prendre sa défense tant elle a toujours été déplaisante à l’œil et à l’oreille avec son allure sèche, son ton cassant, sa morgue prétentieuse et sa lippe méprisante.
Cela dit, s’il sera assez plaisant de la voir tomber, sans doute à tout jamais, dans la trappe, il faut bien reconnaître qu’elle fait figure de lampiste.
On lui reproche d’avoir proposé à Ben Ali, déjà vacillant sur son trône, l’aide policière de la France. Qui peut croire une seule seconde qu’elle ait d’elle-même pris une telle initiative ? Il est évident que cette idée, aussi scandaleuse que folle et qui mettait en jeu au moins autant le ministère de l’Intérieur que celui ces Affaires Etrangères, venait directement de l’Elysée.
Henri Guaino vient d’ailleurs de rappeler que la politique étrangère était, sous la Vème République, du « domaine réservé » du président de la République.
On reproche ensuite à Alliot-Marie ses vacances de Noël en Tunisie et aux frais de son copain local. On a raison. Mais, au même moment, le premier ministre François Fillon et sa petite famille réveillonnaient… en Egypte… aux frais de Moubarak et Nicolas Sarkozy lui-même réveillonnait avec Carla… au Maroc… aux frais de Mohammed VI.
On reproche, enfin, à la pauvre femme les relations pour le moins étroites qu’entretenait son compagnon, Patrick Ollier, avec Khadafy. Et il est vrai que ce nouveau et –veut-on croire- bien éphémère ministre des Relations avec le Parlement en a rajouté par le passé dans la compromission avec « le dictateur fou de Tripoli ».
Mais il faut tout de même rappeler que ce n’est pas le modeste député-maire de Rueil-Malmaison qui a accueilli à Paris, à bras ouverts, triomphalement et en l’embrassant sur la bouche, « le dingue de Cyrénaïque » aux mains pleines de sang et organisateur d’attentats épouvantables à travers le monde.
Ajoutons que « ne touchant pas une bille » (comme on ne dit pas au Quai d’Orsay) et à peine installée dans le fauteuil de Talleyrand (en fait, celui de Vergennes) Alliot-Marie peut difficilement être rendue coupable de tous nos échecs diplomatiques de ces dernières années avec comme l’écrivaient cette semaine quelques diplomates anonymes « une Europe impuissante, l’Afrique qui nous échappe, la Méditerranée qui nous boude, la Chine qui nous a domptés et Washington qui nous ignore ».
Guaino a raison. La politique étrangère est du domaine réservé du président de la République. C’est bien cela le drame.
Michèle Alliot-Marie s’est rendue coupable de mille choses mais, sans vouloir la défendre, il faut bien reconnaître qu’elle n’était responsable de rien.

26 Fév 2011 | Comments (9)

Un grand moment de jouissance pour Villepin

Nicolas Sarkozy reçoit Dominique de Villepin, aujourd’hui, en fin de matinée, à l’Elysée. La chose est pour le moins cocasse.
En principe, le président de la République ne devrait pas accrocher l’ancien premier ministre à un croc de boucher comme il s’y était pourtant engagé. Officiellement, il ne l’a convié que pour lui parler du G20 et, éventuellement, lui demander son avis sur ce que la France pourrait bien faire « pour sauver la planète » puisque c’est Paris -et donc Sarkozy- qui, on le sait, préside pour quelques mois ce « machin » et que le président français a de « grandes ambitions » pour ne pas dire des ambitions délirantes à cette occasion.
En fait, il est évident que Sarkozy brûlait d’envie de se retrouver face-à-face avec Villepin. Certains disent même –et on peut presque les croire sur parole- que s’il a décidé de recevoir et de « consulter » tous les anciens premiers ministres à propos de ce G20 c’était simplement pour avoir un prétexte d’inviter Villepin.
A l’UMP, où on a complètement perdu les pédales, certains racontaient ces derniers jours que la rencontre pourrait, peut-être, permettre de « grandes retrouvailles » entre les deux ennemis. Les plus fous allaient même jusqu’à imaginer que Sarkozy proposerait à Villepin d’entrer au gouvernement comme ministre des Affaires Etrangères. On pouffe !
Naturellement, on veut bien croire que le président cherche actuellement et désespérément quelqu’un pour remplacer, au plus tôt, Alliot-Marie, désormais totalement discréditée dans toutes les capitales de la planète. Mais on ne peut tout de même pas croire qu’il soit assez naïf pour imaginer, une seule seconde, que Villepin puisse accepter une telle offre.
Au courant de ces rumeurs farfelues, Villepin a d’ailleurs tenu, dès avant-hier, à faire savoir qu’il ne renouvellerait pas son adhésion à l’UMP.
Il faut reconnaître que son appartenance au parti présidentiel avait quelque chose de totalement surréaliste. Sans même parler de l’affaire Clearstream avec laquelle Sarkozy s’acharne contre lui ni de l’affaire des sous-marins pakistanais qu’il a, lui-même, lancée en riposte contre Sarkozy, Villepin, depuis des mois, flingue à vue Sarkozy, le sarkozisme et les sarkoziens et tout le monde a parfaitement compris, depuis belle lurette, que le président-fondateur de la République solidaire avait bel et bien l’intention de se présenter l’année prochaine contre celui qu’il appelle « le nain », en se drapant dans le drapeau français de « l’homme recours » (de la droite), voire de « l’homme providentiel » (du pays).
Pour l’instant, Villepin n’est crédité que de 4 à 5% dans les sondages. Il peut donc déjà espérer jouer « les Chevènement de 2002 », pour peu qu’un centriste du genre Borloo fasse un bon score et que Marine Le Pen approche des 20% comme certaines études d’opinion le laissent envisager. Chevènement a « tué » Jospin en 2002 avec 5,33% des voix.
Mais en faisant une bonne campagne, en se présentant en permanence sous l’image du gaulliste social (au physique si ce n’est à l’envergure d’un chef d’Etat) et de l’anti-Sarkozy absolu sur les problèmes sociaux, sur les problèmes économiques, sur les problèmes de sécurité et d’immigration et, plus encore, sur les problèmes internationaux, il pourrait arriver à jouer « les Chirac de 1981 ». Chirac a « tué » Giscard en 1981 avec 17% des voix.
Dans un cas comme dans l’autre, Villepin a un redoutable pouvoir de nuisance car si Sarkozy peut toujours espérer récupérer, au second tour, les voix de ceux qui auront voté pour Borloo ou un autre centriste, il sait parfaitement que les voix qui se seront portées sur Villepin ne se reporteront jamais sur lui.
Le face-à-face de ce matin va donc être… croustillant et sans aucun doute un fabuleux moment de jouissance pour Villepin.
Sarkozy va, bien sûr, attaquer l’entretien avec le G20. Villepin va, évidemment, tout de suite lui couper la parole en lui faisant remarquer que la France entière « se contrefout de ce truc » qui n’a aucun sens puisqu’il n’y a désormais plus que le G2 (Etats-Unis-Chine) qui puisse imposer sa loi au monde tant sur le plan financier que sur le plan économique.
On peut faire confiance à Villepin pour être encore plus désagréable et souligner que les idées de Sarkozy sur un « rééquilibrage des taux de change » ou un « contrôle des prix de matières premières » sont particulièrement absurdes car ni Washington, ni Pékin, ni Brasilia, ni Delhi, ni aucun des nouveaux grands pays de la planète ne veulent en entendre parler.
Mais Villepin ira sûrement plus loin et fera très certainement remarquer à Sarkozy que la France ne peut plus désormais porter le moindre message puisqu’elle s’est totalement déconsidérée aux yeux de l’Europe où elle tente vainement de trottiner derrière l’Allemagne, aux yeux du bassin méditerranéen (Tunisie, Egypte, Proche-Orient) où elle a multiplié les « maladresses », aux yeux de l’Afrique (« Mon petit Nicolas, vous avez le bonjour de Gbagbo ! »), de l’Amérique latine (« Tiens, mon petit Nicolas, vous avez vu le Brésil va acheter de avions américains, pas des Rafale ») sans parler de l’Amérique centrale et du Mexique dont « l’année en France » vient d’être annulée.
L’ancien ministre des Affaires étrangères pourrait d’ailleurs s’amuser alors à citer la tribune que des diplomates (anonymes) viennent de faire paraître dans Le Monde et qu’il semble bien avoir, lui-même, fortement inspirée si ce n’est écrite: «A l’encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l’Europe est impuissante, l’Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore (…) La voix de la France a disparu dans le monde et notre suivisme à l’égard des Etats-Unis déroute beaucoup de nos partenaires » (On croirait bien, en effet, lire du Villepin dans le texte !)
On imagine que, pour changer de sujet, Sarkozy tentera, peut-être de parler de politique intérieure.
-On me dit, mon cher Dominique, que vous voulez vous présenter contre moi l’année prochaine ?
-J’y pense, mon petit Nicolas. On pourrait même dire que c’est vous qui m’y avez fait penser…
-Mais vous avez vu vos sondages ?
-J’ai surtout regardé les vôtres, à dire vrai. Ils m’encouragent beaucoup.
Hélas, on ne saura jamais ce qui ce sera vraiment dit, ce matin, à l’Elysée. Mais le sourire qu’affichera sans doute Villepin à sa sortie de l’entretien sera suffisamment éloquent.

24 Fév 2011 | Comments (5)

La goutte d’eau ou l’étincelle

Depuis quelques semaines, nous assistons, incrédules, étonnés, inquiets, admiratifs à ce qui se passe dans le monde arabe où les dictatures s’effondrent les unes après les autres comme autant de châteaux de cartes.
On a l’impression d’être devant un stand de tir à la foire : Ben Ali à Tunis, Moubarak au Caire, demain, l’émir de Bahrein à Manama, le président du Yémen à Sanaa, Khadafy à Tripoli et, on espère, bientôt, Bouteflika à Alger, Assad à Damas, Mohammed VI à Rabat et, pourquoi pas, le roi d’Arabie Saoudite et tous les petits potentats du Golfe.
La chute de tous ces régimes arabes ressemble à s’y méprendre à celle de tous les régimes communistes de l’Europe de l’Est. L’effet domino a fonctionné à plein. Une fois que le premier était tombé, les autres ne pouvaient que suivre. Même si les spécialistes nous racontent que tout était totalement différent entre les dictatures pro-occidentales (Tunisie, Egypte, Bahrein) et la dictature « révolutionnaire » libyenne, entre les riches « pétroliers » (Libye, Bahrein) et ceux qui vivaient du tourisme (Tunisie, Egypte) ou qui végétaient dans la misère (Yémen).
Mais au-delà de toutes ces différences, partout, ces régimes étaient au pouvoir depuis des décennies, avaient supprimé toutes les libertés et instauré des systèmes de corruption insupportables, partout surtout, l’explosion de la démographie avait créé des générations de jeunes auxquels l’économie locale n’avait pas pu offrir le moindre avenir alors pourtant que les progrès de l’éducation leur avaient donné, bien souvent, une formation. Partout enfin, la mondialisation –c’est-à-dire la télévision et l’Internet- avait appris à ces peuples la signification du mot « liberté ».
Et pourtant –comme pour l’effondrement du monde communiste- personne n’avait rien vu venir.
Aujourd’hui encore –comme pour le monde communiste- il est impossible de savoir quelle a été « la goutte d’eau » qui a fait déborder le vase, « l’étincelle » qui a mis le feu aux poudres. Pourquoi tout cela arrive-t-il soudain en ce début de l’année 2011 ?
Pour provoquer une telle explosion, il faut, sans doute, que le prolétariat (un mot bien désuet mais qui recouvre une réalité bien vivace) crève de faim plus encore que d’habitude et que la petite bourgeoisie qui jusqu’alors bénéficiait des miettes du progrès n’ait soudain plus d’espoir. Il faut une « alliance objective » entre les sans-culottes et les petits boutiquiers. Il faut aussi qu’en face le régime se soit rendu détestable pour son incompétence à régler les problèmes essentiels et plus encore son mépris arrogant.
On a vu ça en 1789, en 1848, en 1917. En 1979, en Iran, c’est l’alliance entre les crève-la-faim des bidonvilles de Téhéran et les petits bourgeois du Bazar qui a renversé le Chah et donné le pouvoir à l’ayatollah. C’est ce qui se passe en ce moment à travers le monde arabe. La foule veut du pain, les jeunes un avenir et chacun s’imagine que la liberté permettra de créer un monde nouveau et des lendemains radieux.
Il faut bien reconnaître qu’il y a un certain plaisir à voir tous ces despotes se faire renverser les uns après les autres, même si rien ne dit que la démocratie l’emportera sur une dictature militaire ou un régime islamique si ce n’est islamiste.
Du coup, certains commencent à se demander si, après le monde communiste et le monde arabe, notre monde à nous ne pourrait pas connaître à son tour un vaste chambardement.
Cette fois, rien n’est évidemment comparable. La France est un pays de libertés (même si on nous les grignote un peu parfois), Sarkozy auquel on peut reprocher son autoritarisme, ses foucades, son impulsivité, ses erreurs, n’est pas un dictateur et devra, en tous les cas, remettre en jeu son mandat dans quelques mois.
Oui mais… plus de 10% de la population est au chômage, vit sous la ligne de pauvreté, dans des logements insalubres, les classes moyennes voient leur niveau de vie dégringoler chaque jour et savent que leurs enfants auront un statut inférieur au leur, les jeunes notamment des classes dites « défavorisées » ou ceux « issus de l’immigration » semblent désespérés et le fossé entre les riches et les pauvres s’élargit d’année en année alors que le pouvoir (incompétent) se goberge ostensiblement et que ses amis s’enrichissent toujours plus sans la moindre pudeur.
Jamais, depuis un demi-siècle, la situation du pays n’a été aussi mauvaise, la vie quotidienne des Français aussi difficile et le pouvoir aussi rejeté. On a l’impression que le pays est « au bout du rouleau » et le système « à bout de souffle ».
Le pouvoir s’affole, cherche des dérivatifs, nous parle de l’identité nationale, de la place de l’Islam, de la maladie d’Alzheimer, s’en prend aux grands corps de l’Etat, aux magistrats, aux diplomates, aux enseignants, qu’il veut rendre responsables de ses propres erreurs. Sarkozy continue à nous annoncer de nouvelles « grandes réformes » (notamment sur la fiscalité et la dépendance) sans se rendre compte qu’il est arrivé quasiment au terme de son mandat et que pratiquement toutes celles qu’il a prétendu lancer au cours de ces quatre ans ont déjà sombré dans l’oubli (réforme de la justice, réforme du lycée, réforme du système de santé, réforme des collectivités, réforme de la constitution, etc.).
Certains avaient cru, lors des grandes mobilisations populaires contre la réforme des retraites de l’automne dernier, que tout pourrait dégénérer. Mais les millions de manifestants (que le pouvoir n’avait pas voulu entendre) ont fini par rentrer chez eux. Ils attendent 2012.
Si l’on écoute attentivement aujourd’hui les foules arabes, on s’aperçoit qu’au-delà de la corruption, qu’au-delà des privations de liberté, ces insurgés ne supportaient plus l’incompétence de systèmes usés jusqu’à la corde qui les privaient de la moindre chance d’avoir un avenir décent.
Notre système n’est-il pas usé jusqu’à la corde et combien de jeunes Français peuvent-ils être sûrs d’avoir un avenir décent ? Mais c’est toujours le problème de « la goutte d’eau » ou de « l’étincelle ».

23 Fév 2011 | Comments (6)

Zemmour au goulag ?

Le syndicat CGT des journalistes de France Télévision vient de demander au patron du groupe, Rémy Pflimlin, de virer Eric Zemmour sous prétexte qu’il a été condamné par le tribunal correctionnel pour incitation à la haine raciale.
A coté de ce qui se passe dans le monde arabe ou de la situation générale de la France, la nouvelle ne va pas bouleverser la planète. Mais elle donne tout de même envie de vomir.
Ainsi, en France, au XXIème siècle, nous avons non seulement une justice aux ordres de quelques groupuscules qui se sont autoproclamés arbitres de la morale et des magistrats qui n’hésitent pas à violer l’un de nos droits les plus sacrés, la liberté d’expression, mais nous avons, en plus, des « journalistes » (les guillemets s’imposent) qui en rajoutent dans la chasse aux sorcières.
On appréciera, d’abord, le sens de la confraternité de ces syndiqués de la CGT qui demandent le licenciement d’un de leurs confrères. Il y a des salauds dans tous les métiers.
Mais il y a plus grave. En principe, la raison d’être des syndicats est de défendre les salariés dans l’exercice de leur profession et celle d’un syndicat de journalistes est donc, bien sûr, de défendre bec et ongles la liberté d’expression des journalistes.
Certes, on ne peut pas dire que la CGT, ultime survivance du Parti communiste français, soit un exemple les plus brillants de la démocratie et qu’elle ait toujours défendu les grands principes qui font (faisaient ?) notre civilisation. On est encore volontiers stalinien à la centrale de Montreuil où l’on reste nostalgique de la lutte des classes, du Grand soir, des procès truqués et du goulag.
Mais comment peut-on aujourd’hui demander que Zemmour soit si ce n’est envoyé au goulag du moins jeté à la rue ? Alors que le monde arabe se libère de toutes les dictatures, va-t-il devoir regretter que ses parents aient quitté le Maghreb pour s’installer dans le pays de Voltaire ?
Rappelons que Zemmour a été condamné pour avoir énoncé une évidence que personne ne peut nier: la surreprésentation des Arabes et des Noirs dans nos prisons. Or, cette constatation n’a rien de raciste. Elle révèle simplement que nos immigrés vivent dans des conditions telles (logement, chômage, formation, etc.) que la délinquance est, pour eux, « plus tentante » que pour les autres. En pointant du doigt ce fait incontestable (et incontesté) Zemmour ne stigmatisait pas des races qui seraient maudites et vouées à la délinquance mais il dénonçait les errements d’une politique d’immigration incohérente depuis des décennies. Contrairement à Nicolas Sarkozy qui n’avait pas hésité, lui, à désigner les Roms comme des délinquants « présumés ».
Il va être intéressant de voir la réponse de Pflimlin à la CGT. Nommé par Sarkozy en personne à la tête de l’audiovisuel public, il a déjà viré les humoristes qui déplaisaient et Arlette Chabot qui agaçait. Autant dire qu’il est aux ordres. Qu’a-t-il reçu comme instructions à propos de Zemmour ?
Il est vrai qu’à l’Elysée on aimait bien Ben Ali, Moubarak et Khadafy. Alors la liberté d’expression n’est pas « la tasse de thé » préférée du pouvoir d’aujourd’hui.

22 Fév 2011 | Comments (6)

DSK ouvre le feu

Dominique Strauss-Kahn est un malin, tout le monde le sait. On l’attendait ce week-end non seulement à l’ouverture du G20 mais surtout au coin du bois.
Allait-il, à Paris, devant toute la presse et sur le plateau de la 2, pouvoir continuer à nous jouer son numéro de « chochotte », de candidat virtuel, à la fois donné vainqueur haut la main à la présidentielle de 2012 par tous les sondages et tenu au plus stricte devoir de réserve par sa fonction de directeur général du FMI ?
Il faut reconnaître qu’il s’en est très bien sorti. Le Conseil d’administration du FMI ne pourra rien lui reprocher. Il n’a rien dit. Ses partisans au sein du PS sont rassurés. Il a tout dit.
Cette fois, plus personne ne peut douter une seule seconde de ses ambitions. Il sera candidat. Pas à un nouveau mandat au FMI, non, à la présidence de la République ou du moins aux primaires de la gauche ce qui, pour l’instant, semble revenir au même.
Sa femme nous avait dit qu’elle ne souhaitait pas qu’il fasse un second mandat au FMI. Il nous a dit que la France lui manquait. Mais il est allé beaucoup plus loin.
En fait, il a ouvert le feu et a commencé sa campagne présidentielle à la fois sur la pointe des pieds et…. tambours battants. Il nous a déclaré en long et en large que la crise n’était pas terminée, contrairement à ce qu’a tendance à nous raconter Sarkozy, car après la crise financière et la crise économique nous sommes en pleine crise sociale. Et il nous a surtout affirmé que cette crise sociale affectait essentiellement les pays européens à l’exception toutefois de l’Allemagne qui s’en sortait beaucoup mieux que les autres.
En clair, d’après lui, Sarkozy a sans doute sauvé les banques et ses copains du CAC40 mais les Français, eux, sont dans une situation catastrophique. Il faut bien dire, hélas, qu’il y a du vrai là-dedans. Les banques refont des bénéfices considérables, la Bourse se porte plutôt bien alors que le chômage stagne toujours autour des 10%, que les classes moyennes se précarisent chaque jour davantage et que la protection sociale s’effrite de plus en plus, sans parler des déficits qui continue à se creuser. Cela dit, DSK exagère un peu. Il vaut toujours mieux être chômeur, malade, père de famille nombreuse ou même immigré en France, voire en Europe, plutôt que dans certains pays émergeants et, eux aussi, touchés par la crise.
Mais il était évidemment habile de la part du patron du FMI de faire ainsi du « social », ce qui n’est pas l’apanage du Fonds Monétaire International. Ses « amis » du PS lui reprochent d’être devenu un horrible banquier, adepte de la pire de rigueur et prêt à faire crever de faim les foules laborieuses, il se présente en Saint Vincent de Paul, attentif à la misère des peuples.
Cette image lui est indispensable pour gagner confortablement les primaires et lui sera bien utile pour affronter un Sarkozy que ce quinquennat a transformé en docile protecteur des riches.
On peut déjà imaginer ce que sera la campagne de Strauss-Kahn et le face-à-face du second tour.
L’image du week-end est, évidemment, la poigné de mains entre les deux hommes. Qu’ont-ils bien pu se dire, les yeux dans les yeux ? On s’amuse à imaginer le bref dialogue.
-Comment vas-tu, Dominique ?
-Bien, bien et toi, Nicolas ?
-Bien, bien, tout va très bien !
-Vraiment ? Merci en tout cas de m’accueillir ici, à l’Elysée…
-Mais tu es chez toi, ici !
-Pas encore tout à fait… A propos, tu as vu les sondages ? Tu y crois ?
-Non ! Tu sais, Dominique, que tu fais un boulot formidable à Washington. Chaque jour, je me dis que j’ai bien fait de t’y nommer.
-Ce n’est pas toi qui m’y a nommé. Et arrête de le raconter, tu passes pour un con.
-N’empêche que tu devrais rester là-bas. La France a besoin de toi… là-bas.
-Je sais. Mais tu sais, en France ça ne va pas fort non plus, alors par moments je me demande si je ne serais pas plus utile ici que là-bas.
-Arrête de raconter des blagues… Tu m’énerves !
Le dialogue n’a sûrement pas été celui-là. Mais c’est ce qu’on lisait dans leurs regards. Avec, en plus, une touche de haine.

21 Fév 2011 | Comments (8)

Le matador et le chiffon rouge

Mitterrand -qui était beaucoup plus malin que Sarkozy- savait que, pour faire perdre la droite aux élections, il lui suffisait de faire ressortir par quelques-uns de ses complices l’idée du vote des étrangers. Immédiatement, le Front National gagnait des points et, du coup, la droite perdait les élections.
Sarkozy qui fait tout pour prendre une claque gigantesque en 2012 reprend le principe à son compte et à l’envers. Il a réussi à requinquer le Front National en lançant son débat absurde sur « l’identité nationale » et maintenant il veut permettre à Marine Le Pen d’atteindre les 20%, voire de les dépasser, en faisant organiser par l’UMP une « convention » sur « la laïcité et la place de l’Islam ».
Ce matador n’a toujours pas compris qu’en agitant le chiffon rouge on rendait furieux le taureau et qu’on finissait immanquablement par se faire encorner.
Les choses seraient évidemment beaucoup plus simples si tout le monde était blond –vieux rêve du IIIème Reich- éventuellement châtain clair, de religion catholique, à la rigueur protestante.
Il se trouve que ce n’est pas le cas aujourd’hui en France. Nous avons quelques millions d’Arabes, de Noirs, de Jaunes (et de plus en plus) auxquels il faut ajouter les métis de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et on estime, généralement, qu’il y a entre cinq et sept millions de Musulmans.
Pour les uns, ces vagues successives qui ont déferlé sur la France sont « une chance ». Elles permettent à notre démographie de tenir le coup, elles nous offrent une main d’œuvre abondante et même, disent-ils, elles enrichissent notre patrimoine culturel.
Pour les autres, ces invasions ruinent le pays et, pire encore, sapent de l’intérieur ce que fut la France judéo-chrétienne, blanche et héritière à la fois des Gaulois, de Louis XIV, de la Révolution, de Napoléon et de tous les grands principes des Droits de l’Homme.
Le débat sans fin entre les uns et les autres est inutile. Nous savons parfaitement que ce XXIème siècle commençant sera celui de tous les grands transferts de populations, que le Sud affamé va envahir le Nord opulent et que, dans quelques décennies, nous ne serons plus qu’une petite province européenne, peuplée de métis, baragouinant un patois de banlieue et pratiquant le « multi-culturalisme » manioc-couscous et riz à la cantonaise.
Ce n’est peut-être pas très réjouissant mais il ne faut pas être… rétrograde. Nous ancêtres les Gaulois ont dû « tirer la gueule » quand, après l’épisode romain, ils ont vu arriver les Visigoths et les Burgondes.
Aujourd’hui, c’est évidemment l’Islam qui nous préoccupe. Depuis 732 et la bataille de Poitiers, nous n’avions jamais vu autant de Musulmans chez nous. En principe, dans un pays dont l’article 1 de la Constitution affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances » il ne devrait pas y avoir de problème. Chacun devrait pouvoir être agnostique, athée, chrétien, juif, mahométan, bouddhiste, hindouiste, shintoïste, confucianiste ou zoroastrien, en toute liberté, sans que cela ne gêne personne.
Oui mais… même s’il est interdit de le dire, l’Islam n’est pas une religion tout à fait comme les autres qu’on peut pratiquer tranquillement chez soi en faisant ses petites prières et en respectant quelques règles.
Qu’on le veuille ou non, l’Islam renaissant d’aujourd’hui a retrouvé les ambitions de ses origines et ressemble donc à ce qu’était, aussi, le Christianisme d’antan c’est-à-dire qu’il se considère comme une force politique et qu’il veut conquérir le monde. Et personne ne peut reprocher à des croyants d’avoir de telles prétentions. Mais il faut savoir que nous sommes des « infidèles » et qu’ils sont partis « en croisade ».
La laïcité est une excellente idée. Elle permet à chacun d’exercer les croyances qu’il veut mais elle interdit à ces croyances de sortir du domaine strictement privé. L’ennui c’est que l’Islam a des velléités politiques et qu’un « bon » musulman souhaite évidemment remplacer la Constitution par le Coran et le Code civil par la Charia. Tant que les non-musulmans seront majoritaires dans ce pays, ils pourront s’y opposer.
Mais il est évidemment absurde que l’Etat ouvre un débat sur ce sujet. Il n’y a pas à débattre de la place de l’Islam (ou de toute autre religion) dans un Etat laïc puisque, par définition, un Etat laïc ne reconnaît aucune religion dans l’espace public.
A quoi pourrait conduire un tel débat ? A reconnaître que l’Etat doit construire des mosquées ? Doit ajouter le vendredi et les fêtes musulmanes à la liste des jours fériés ? Doit tolérer la polygamie et pourquoi pas l’excision ? Doit instaurer un statut inférieur pour les femmes et la séparation hommes-femmes dans les lieux publics ? etc.
On nous dit que la convention de l’UMP du 5 avril doit aboutir à des « propositions concrètes » avec « le vote solennel d’une résolution réaffirmant les principes de la République et de la laïcité ». Une République laïque n’a pas à faire de « propositions concrètes » à propos d’une religion qu’elle se doit d’ignorer.
Déjà un « sous-ministre », Benoît Apparu, nous dit qu’il faut que l’Etat finance la construction de mosquées. Apparu est secrétaire d’Etat au Logement. Sept millions de Français vivent dans des logements insalubres et le secrétaire d’Etat au Logement veut construire des mosquées aux frais de la République !
Sarkozy n’a toujours pas compris que l’Islam en France n’était pas seulement un sujet tabou mais qu’il était d’abord, et comme toutes les religions, un domaine interdit à l’Etat.
Pour tenter de récupérer les banlieues (qu’il avait voulu nettoyer au Karcher), il a pataugé avec son idée débile de « discrimination positive », avec son Conseil Français du Culte Musulman qui a permis aux extrémistes islamistes d’avoir pignon sur rue, avec la nomination à des postes de la haute administration de quelques musulmans « de service » avant de faire marche arrière en faisant interdire la burqa (qui ne concernait que 2.000 femmes à travers tout le territoire et ce qui était une atteinte évidente à la liberté) et en emboitant le pas sur Marine Le Pen à propos des prières dans la rue.
Maintenant, pour tenter de récupérer les voix de l’extrême-droite, il veut un grand débat. Au mieux, ce débat se terminera comme celui sur l’identité nationale ou comme le Grenelle de l’environnement… en eau de boudin. Mais il y a fort à craindre qu’en ouvrant cette boite de Pandore, l’UMP ne permette aux extrémistes des deux bords de se déchaîner.
C’est totalement irresponsable.

21 Fév 2011 | Comments (4)

Boillon, un « bébé Sarko »

En principe, un ambassadeur de France représente la France dans le pays où il est accrédité. On imagine donc qu’il a une certaine dignité, voire un peu d’allure.
Dans bien des régions de la planète, la France est encore (était encore ?) considérée comme une grande nation. Notre culture, notre histoire, le souvenir de de Gaulle, notre siège permanent au Conseil de Sécurité de l’Onu, notre place de cinquième puissance mondiale nous donnent encore aux yeux de quelques-uns un certain prestige même si notre déconfiture économique et une accumulation d’erreurs politiques récentes ont considérablement terni notre image.
Pour des raisons professionnelles, j’ai beaucoup fréquenté nos ambassadeurs tout autour du monde pendant plusieurs décennies. Le plus souvent, j’ai rencontré des hommes de grande qualité. Certains étaient peut-être un peu somnolents mais, pour la plupart, ils étaient animés par la conscience de leur mission et réussissaient tant bien que mal à sauver les apparences. Nos ambassadeurs ne méritent sans doute pas le mépris ironique dont ils sont victimes depuis quelques années.
Seulement voilà, un ambassadeur de France représente aussi le chef de l’Etat. D’abord, parce qu’il est nommé en Conseil des ministres par l’Elysée, ensuite, parce que, consciemment ou non, il se croit généralement obligé de singer le président de la République. J’ai connu des ambassadeurs qui avaient successivement pris la voix de de Gaulle, adopté la bonhommie tout en rondeurs de Pompidou, joué la fausse élégance pointue de Giscard, porté le chapeau de Mitterrand et qui vous servaient de la tête de veau chiraquienne.
Alors, bien sûr, aujourd’hui, c’est la catastrophe.
A peine arrivé à Tunis, notre nouvel ambassadeur est conspué par les foules tunisiennes. C’est la première fois dans l’histoire de la diplomatie française que des manifestations populaires ont lieu pour réclamer le départ d’un ambassadeur de France. « Boris, casse-toi ! », « Boillon, dégage ! » scandaient, hier, les Tunisiens devant notre ambassade.
Pourquoi ? Tout simplement parce que Boris Boillon s’est conduit comme un voyou en traitant plus bas que terre, avec un mépris stupéfiant, la presse tunisienne devant laquelle il se présentait et en utilisant un vocabulaire de loubard. Il a refusé de répondre « aux questions à la con » qu’on lui posait, il s’est prétendu « d’un autre niveau » que ses interlocuteurs et a fini par partir en claquant la porte. Naturellement, l’enregistrement de cette scène pitoyable a immédiatement été diffusé en boucle sur Internet.
L’imbécile ! Arrivé de Bagdad où, entouré de gardes du corps, il jouait au Rambo devant les caméras complaisantes, Boillon n’a pas compris qu’aujourd’hui l’ambassadeur de France à Tunis était dans une situation un peu délicate. Il lui faudrait faire oublier les liens intimes de Paris avec le régime de Ben Ali, la stupéfiante déclaration d’Alliot-Marie devant l’Assemblée proposant à Ben Ali le « savoir-faire » de la police française pour réprimer les manifestations et, plus encore, les vacances « d’affaires » de la même ministre ses Affaires étrangères pendant les fêtes, aux frais d’un oligarque du régime chancelant avec lequel ses propres parents faisaient du business.
Boillon aurait donc dû « la jouer modeste », un rien contrit et, en tout cas, charmeur et… bien élevé. Comme un ambassadeur de France.
Hélas, au lieu d’avoir été formé à l’ENA et au Quai d’Orsay, Boillon a fait ses classes au ministère de l’Intérieur comme conseiller de Nicolas Sarkozy puis à l’Elysée. Toujours dans l’ombre du même. Il est ce qu’on pourrait appeler un « bébé Sarko ». Il se croit donc tout permis, joue les casseurs, aime faire de la provocation, méprise la terre entière, se ridiculise et se fait immédiatement détester.
Il se vante de ne pas avoir « le style Quai d’Orsay ». En effet, il a « le style Sarkozy ».
L’attitude de la France devant les événements tunisiens a d’ailleurs été un exemple parfait de ce style sarkozien. D’abord, l’Elysée, ignorant totalement le dossier, n’a rien vu venir, ensuite, on a multiplié les déclarations « coups de menton » à contretemps, enfin on a étalé sans pudeur le goût du « fric », des vacances aux frais des milliardaires et les liens qu’on avait tissés avec les corrompus.
Boillon ajoute la petite touche, typiquement sarkozienne, de la vulgarité méprisante.
Aujourd’hui, Sarkozy se vante des débuts du G20 (où l’on s’est contenté d’annoncer qu’on allait… établir la liste des problèmes à résoudre) mais en moins d’une semaine, par ses maladresses de casseurs d’assiettes, il a réussi à nous fâcher avec le Mexique et la Tunisie.
Certains font déjà le bilan économique et social du quinquennat. Le bilan diplomatique ne sera guère meilleur.

20 Fév 2011 | Comments (11)

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