Le calembour est, bien sûr, pitoyable –Valls et… tango- mais il faut avouer que, quand on voit le petit Manuel Valls faire deux pas en avant et trois pas en arrière pour tenter d’avoir la vedette, on peut difficilement s’empêcher de s’en amuser.
On doit, d’abord, noter que le député-maire d’Evry a merveilleusement bien joué. Sa candidature aux primaires de gauche faisait, depuis quelques semaines, sourire tous les observateurs et carrément éclater de rire tous les éléphants, tous les rhinocéros, tous les crocodiles et même toutes les autruches du PS. Personne ne le prenait au sérieux.
Ceux qui appréciaient son (réel) talent « médiatique » et donc le considéraient comme « le Copé de gauche » voulaient voir dans sa candidature une première petite préparation pour 2017, une mise en jambe. « Il prend date », nous disaient-ils.
D’autres imaginaient plutôt que, comme Hollande, il faisait acte de candidature avec l’idée de déclarer rapidement forfait, de se rallier au candidat choisi et l’espoir d’obtenir ainsi un petit maroquin en cas de victoire de la gauche en 2012.
Mais là, il a tapé très fort.
Il faut reconnaître que dans le brouhaha général de cette campagne qui a déjà commencé, il n’est pas facile de se faire entendre. A gauche, tout le monde est assourdi par… le silence de Strauss-Kahn. Comment alors occuper écrans et micros pendant tout un week-end ?
Montebourg, l’autre « candidat kamikaze » du PS, avait, il y a quinze jours, réussi à faire parler de lui grâce à sa compagne Audrey Pulvar, la journaliste virée des émissions politiques d’I-télé et de France-Inter précisément parce qu’il avait annoncé, bien prématurément, sa candidature à la candidature. Mais on avait parlé davantage d’elle que de lui.
Valls ne fait pas dans « le people ». Il lui fallait donc trouver un « truc » plus politique pour « faire le buzz », comme on dit maintenant. Et il l’a trouvé en déclarant froidement et à la surprise générale qu’en tant que candidat du PS il pensait qu’en cas de victoire de la gauche aux présidentielles, il faudrait « déverrouiller les 35 heures ».
Il n’y a jamais rien de mieux, pour faire « la une » de toute la presse, que de dire une grossièreté, d’attaquer un tabou ou de briser une icône. Là, il a fait les trois en même temps.
Il s’y était déjà un peu essayé en se montrant particulièrement modéré dans la condamnation du passage à 62 ans de l’âge légal de la retraite. Mais cette fois, il monte encore d’un cran dans la provocation. Et on commence à se poser des questions…
On pourrait, bien sûr, se demander s’il n’aurait pas le fol espoir d’être appelé par Sarkozy pour entrer dans un ultime gouvernement et incarner un dernier sursaut d’ouverture. Mais non. Il est beaucoup plus malin. Valls est un joueur de billard à plusieurs bandes.
Non seulement, il provoque toute la gauche du PS, rappelle insidieusement que Martine Aubry est « la dame des 35 heures » mais aussi et surtout –et tout est là- il dégage le terrain pour… Strauss-Kahn.
Après avoir plus ou moins lancé l’idée qu’il allait falloir inévitablement retarder l’âge de la retraite (comme l’avait susurré DSK lui-même), il rouvre aujourd’hui avec éclat le débat sur les 35 heures que DSK (qui est pourtant le père naturel de cette idée idiote) est sans doute maintenant l’un des premiers à condamner, pour l’instant in petto.
Les grands requins ont des poissons-pilotes. Et si le petit Valls était un poisson-pilote de DSK ?
Jusqu’à présent on ne l’a jamais catalogué comme « strauss-kahnien ». Mais il est assez rusé pour jouer de lui-même ce petit jeu et ce serait bien le diable, si, une fois élu, Strauss-Kahn ne se souvenait pas de ce petit service.
On ne parle plus que de lui depuis deux jours, il ne fait plus rire personne rue Solferino et il a rendu un énorme service à Strauss-Kahn. Bravo l’artiste !

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