C’est curieux ! Cela va faire quatre ans que Nicolas Sarkozy est président de la République. Autant dire que le quinquennat est pratiquement terminé puisqu’on est déjà entré de plain-pied en campagne électorale. Il nous avait promis « la rupture », le changement, il allait tout remettre à plat, nous construire une France nouvelle, pleine d’espoir. Une large majorité de Français l’avait cru sur parole.
Ce matin, en écoutant les différentes radios, on apprenait : 1) que les 35 heures, l’ISF et le bouclier fiscal étaient au centre du débat, 2) que les rythmes scolaires allaient être modifiés, 3) que les chiffres sur la délinquance étaient contestés par l’opposition, 4) que les dockers en grève paralysaient tous les ports du pays, 5) que Ségolène Royal avait de réelles ambitions pour l’Elysée, 6) que l’UMP s’inquiétait de la montée dans les sondages du Front National et 7) que l’extrême-gauche se cherchait un candidat.
C’était rafraîchissant ! Cela nous rajeunissait de quelques années. Rien n’avait changé. En cinq ans, le pays avait continué sa dégringolade inexorable, mais, nous, nous n’avions pas pris une seule ride. Nous continuions à naviguer au milieu de nos serpents de mer.
Sarkozy avait ironisé sur l’inertie de Chirac en le traitant de roi fainéant. Mais, finalement, malgré toutes ses promesses, tous ses moulinets, toutes ses fanfaronnades, tous ses coups de menton, il s’est, lui aussi, assoupi au fin fond de son char à bœufs.
Les 35 heures n’ont pas été supprimées (tout juste « détricotées »), on ne sait toujours pas quoi faire de l’ISF et du bouclier fiscal, la réforme de la fiscalité a été oubliée, celle de la justice aussi, celle de l’école aussi, « la racaille » n’a toujours pas été « nettoyée », le dialogue social n’en parlons pas et on ne peut pas dire que « quand il y a une grève, les Français ne s’en aperçoivent pas ».
Ce triste matin de janvier 2011, en écoutant les informations, on se serait cru un beau matin de janvier 2007, avec une Ségolène Royal plus souriante que jamais, des experts de l’UMP redoutant « un 21 avril à l’envers » et un Mélanchon se prenant pour Besancenot.
Bien sûr, les radios auraient pu nous rappeler que, malgré tout, bien des choses avaient changé. Le chômage et la précarité se sont considérablement aggravés, nos déficits, notre dette et nos prélèvements ont épouvantablement augmenté, l’image de la France s’est terriblement dégradée à travers le monde.
Mais nos journalistes, bien complaisants, préfèrent nous faire croire que Sarkozy n’a rien fait (ce qui n’est que demi-mal) plutôt que de nous avouer qu’il a encore enfoncé le pays dans le déclin.
Un quinquennat de perdu, un deuxième de retrouvé ? Pas sûr.
Certes, il faut reconnaître que le bilan des mandats de ses prédécesseurs n’était guère plus brillant. Giscard avait abaissé l’âge de la majorité, Mitterrand avait aboli la peine de mort, Chirac avait supprimé le service militaire. Mais le chômage n’avait fait qu’augmenter et la vie quotidienne des Français que se dégrader.
Sarkozy, lui, aura reculé l’âge de la retraite. C’était, sans doute, inévitable mais cela ne laisse pas forcément une image plaisante du bonhomme. Et surtout c’est « un peu… peu » à l’aube d’un nouveau siècle chamboulé par la mondialisation, le triomphe de nouvelles puissances géantes, la crise financière, la flambée des prix des matières premières, les immigrations de masse.
Il devait réformer les institutions, la fiscalité, l’école, la justice, le système de protection sociale, la vie des entreprises… Et on continue à nous parler des 35 heures, de l’ISF, du bouclier fiscal, de la délinquance.
Sarkozy a raté son quinquennat et, ce qui est autrement plus grave, la France a perdu (encore) cinq ans.

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