On ne peut vraiment pas dire que le pouvoir soit aujourd’hui digne de ce nom et on comprend pourquoi Sarkozy a encore perdu quelques points dans les derniers sondages d’opinion. A seize mois des élections, cela s’appelle « une ambiance de fin de règne ».
Sarkozy était pitoyable, hier, aux obsèques de nos deux jeunes otages tués dans le désert du Niger. Qu’allait-il faire là-bas ? On connaît son goût pour les enterrements et les condoléances aux familles des victimes. Il s’imagine que cela lui donne un côté humain, proche des gens et que c’est bon, a fortiori quand on est déjà en campagne.
Sarkozy a eu de la chance de ne pas être sifflé, hué, conspué devant la petite église de Linselles par la foule des amis des deux jeunes victimes. Car, quelles que soient les dénégations alambiquées d’Alain Juppé, tout le monde, sait parfaitement que c’est parce que Sarkozy a voulu « faire un coup », redorer son prestige, gagner quelques points dans les sondages que nos deux jeunes compatriotes sont morts.
C’est lui qui a donné ordre de lancer « une opération de commando contre les terroristes pour libérer les otages ». C’était évidemment les condamner à la mort.
En face d’une telle situation, il y a deux possibilités. Soit on veut sauver la vie des otages et alors on attend que les terroristes formulent des exigences, on fait traîner les choses, on négocie, on marchande, on cède et on obtient la libération de ses ressortissants. Quitte, après, bien sûr, à lancer quelques opérations punitives.
Soit on fait une croix sur les otages et on tire dans le tas pour faire comprendre aux terroristes qu’on ne cédera jamais et avec l’espoir qu’ainsi ils finiront par renoncer au chantage à l’otage.
Jusqu’à présent la France avait toujours choisi la première solution et nous avions récupéré un grands nombre d’otages.
Sarkozy préfère visiblement la deuxième solution. Il a fait lancer un assaut sur un yacht pris en otage dans le golfe d’Aden (un otage tué par le commando français), il a fait lancer un commando contre les terroristes d’AQMI (l’otage français Germaneau a été tué) et il a fait lancer cette nouvelle opération pour récupérer les deux jeunes otages (ils sont morts tous les deux).
Sarkozy veut jouer les Rambo, dégainer plus vite que son ombre, tirer au Karcher contre la racaille et à la mitrailleuse lourde contre tout ce qui bouge. C’est totalement irresponsable et cela peut devenir criminel. Il est stupéfiant que nos militaires ne lui aient pas fait savoir que, quand on attaque des terroristes en fuite, ils commencent par massacrer leurs otages et qu’en tous les cas, quand on tire sur trois jeeps en plein désert, il y a bien peu de chance pour qu’on puisse épargner les otages.
D’autre part, s’imaginer qu’en se montrant ainsi intransigeant et en refusant le principe de négocier on mettra un terme aux prises d’otages est absurde. Les terroristes de l’AQMI ne sont pas seulement des brigands de grands chemins qui veulent obtenir des rançons avec leurs otages, ce sont, aussi et surtout, des « révolutionnaires » qui ont déclaré la guerre à la France. Leurs otages sont leurs ennemis, leurs morts sont leurs martyrs.
Hier, dans ce petit village du Nord, Sarkozy qui semblait raser les murs n’était pas le chef d’Etat plein de compassion, il était celui qui, par bêtise, par vantardise, par ignorance des réalités, en était arrivé à faire tuer deux jeunes Français.
Et aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, Alain Juppé a lamentablement pataugé sur cette affaire en reconnaissant que si le corps de l’un des deux otages était carbonisé « il est possible que son véhicule ait explosé ». Or, ce sont les tirs des hélicoptères français qui ont, évidemment, fait exploser le véhicule. Puis, en reconnaissant que, contrairement à ce qu’il avait déclaré, les Nigériens qu’on avait retrouvés sur place n’étaient pas des complices des terroristes mais bel et bien des otages eux aussi.
On avait connu Juppé meilleur. D’autant plus qu’il s’est pris de nouveau les pieds dans le tapis à propos de la Tunisie en reconnaissant que Paris avait « sous-estimé l’exaspération des Tunisiens ». C’est évident et c’est une erreur. Comment se fait-il que notre ambassade, nos services, nos spécialistes n’aient pas senti que la situation tunisienne devenait explosive. On ne peut tout de même pas dire que la Tunisie soit un pays du bout du monde et que nous ignorons totalement.
Mais reconnaître cette faute n’est pas une excuse. On ne reproche pas seulement au gouvernement de n’avoir rien vu venir, on l’accuse d’avoir, encore, toujours et jusqu’à l’ultime dernier moment, soutenu un régime dictatorial et corrompu. Dans cette affaire, nous n’avons pas seulement « sous-estimé l’exaspération des Tunisiens », nous avons totalement oublié certaines « valeurs » qui faisaient jadis la grandeur de la France.
Certes, tous les prédécesseurs de Sarkozy ont entretenu d’excellentes relations avec Ben Ali, « rempart devant la menace islamiste » et « héros d’un développement économique exemplaire ». Mais on veut croire que Chirac comme Mitterrand auraient compris, dès le début des événements, que la place de la France était plutôt du côté de la foule que du côté du dictateur.
Quant à notre ministre des Affaires étrangères, elle aussi, elle a été pitoyable hier. Ne sachant comment expliquer sa stupéfiante proposition d’envoyer des policiers français en renfort pour aider Ben Ali à mater la révolte, elle a simplement déclaré : « C’est le contraire de ce que je voulais dire ».
Un chef de l’Etat qui assiste aux obsèques de deux malheureux dont il est responsable de la mort, un ministre de la Défense qui reconnaît avoir menti et une ministre des Affaires étrangères qui dit le contraire de ce qu’elle veut dire… Ca commence à faire beaucoup !
Jusqu’à présent, on était scandalisé par les propos d’Hortefeux ou de Besson. Maintenant, ce sont nos ministres de la Défense et des Affaires étrangères qui nous font honte. Quant au président, il reste, hélas, pareil à lui-même.

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