La chute d’un dictateur est toujours une bien bonne nouvelle. Cela permet de croire que la démocratie fait tout de même des progrès sur notre planète.
Il faut constater que, depuis quelques décennies, on en a vu tomber un certain nombre : le Chah, Pinochet, Idi Amine Dada, Bokassa, Mobutu, Jaruzelski, Ceaucescu et leurs copains des pays de l’Est, d’autres encore. Mais il en reste encore beaucoup : Castro, Kadhafy, le Coréen du Nord, les Birmans, plusieurs « rois nègres » en Afrique, quelques fous furieux en Asie centrale, sans parler, bien sûr, du couple Poutine-Medvedev ou des Chinois de Pékin.
La chute de Ben Ali était programmée et tout le monde –sauf semble-t-il le gouvernement français- s’y attendait à plus ou moins long terme. Vingt-trois ans de corruption impudique, d’oppression de toute opposition, d’injustice sociale scandaleuse ne pouvaient que mal se terminer pour le tyran. Et surtout dans un pays « souriant », résolument tourné vers l’Occident et au niveau éducatif élevé. Ben Ali a sûrement eu tort de développer la scolarisation. A force de vouloir faire des ouvriers qualifiés de bon niveau pour les investisseurs étrangers, on fabrique des démocrates amateurs de liberté.
Les dictateurs n’ont toujours pas compris que les paraboles de télévision, l’internet et le téléphone portable ont totalement changé la donne. C’est parce qu’un jeune désespéré (un diplômé réduit à vendre à la sauvette des salades dans les rues) s’est immolé par le feu que tout a explosé. Tous les Tunisiens ont vu la scène sur leurs écrans, sur leurs téléphones et sont descendus dans les rues crier leur colère.
Cette « révolution de jasmin » est, sans doute, la première révolution populaire totalement spontanée. Ce ne sont ni les opposants démocrates (le plus souvent en exil) ni les Islamistes (en prison) qui ont déclenché la révolte mais une simple image retransmise dans le monde entier.
Que va-t-il se passer maintenant ? On va inévitablement assister à des spectacles peu ragoûtants. La foule devient souvent redoutable aux lendemains de ses victoires. La pègre va profiter de la liesse populaire pour se livrer à quelques saccages. Les collabos du régime déchu vont vite retourner leur veste et en rajouter pour se dédouaner.
Mais il y a plus grave. C’est le vide politique qu’avait réussi à faire Ben Ali. Les démocrates, écrasés pendant deux décennies par la dictature, vont-ils pouvoir s’organiser, s’unir, présenter un programme commun ? Les Islamistes, eux aussi persécutés pendant des années, vont-ils réussir à récupérer ce mouvement populaire ? Les militaires vont-ils, sous prétexte d’éviter le chaos, instaurer une nouvelle dictature ?
Le pire n’est jamais sûr mais il ne faut pas oublier qu’après s’être réjoui de la chute du Chah tout le monde a fini, bien vite, par le regretter en découvrant la dictature des ayatollahs.
Une chose est sûre. Le gouvernement français a été au-dessous de tout dans toute cette affaire.
Personne n’oubliera que le ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a osé proposer à Ben Ali de lui envoyer des policiers français pour l’aider à réprimer la foule. Par cette offre scandaleuse, elle s’est totalement déconsidérée mais elle a aussi déshonoré la France.
Personne n’oubliera non plus que Sarkozy, trahissant toutes les traditions françaises et retournant sa veste encore plus vite que tous les collabos de Tunis, a refusé l’asile à Ben Ali.
Absurdité, lâcheté, incohérence, jamais la politique étrangère de la France n’avait été aussi désastreuse. Et, au même moment, le ministre de la Défense, Alain Juppé, nous ment ostensiblement dans l’affaire des deux otages français tués au Mali pour nous faire croire que l’opération de commando décidée par Sarkozy était la seule possible pour obtenir la libération de nos deux compatriotes.
Tout cela est pitoyable.

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