On ne le savait pas et personne n’aurait pu l’imaginer. Il est vrai qu’avec sa tête sinistre et son ton péremptoire, il cachait bien son jeu. On ne l’a découvert qu’hier en lisant Le Monde. Mais c’est un fait : Rocard est, ou en tous les cas, est devenu… un rigolo.
Décidément, les parpaillots de notre monde politique sont de grands dissimulateurs. Couve de Murville était l’homme le plus drôle de l’entourage du Général. Mais il fallait le connaître d’un peu près pour l’apprécier. Jospin était, paraît-il et selon lui, « un austère » qui « se marrait ». Et voilà que Rocard nous dévoile qu’il est un comique. Pas troupier, mais presque.
En même temps, il y a toujours quelque chose de profondément pitoyable à voir un retraité, un petit vieux oublié de tous, faire le clown pour tenter d’attirer les regards. C’est même très triste.
Hier donc dans Le Monde, Michel Rocard nous proposait, pour faire face au chômage, à la crise et à tous nos malheurs, de… réduire la durée hebdomadaire du travail « à moins de 35 heures ».
L’ancien premier ministre de Mitterrand avait sans doute vu que le débat sur ces 35 heures avait été rouvert aussi bien par Jean-François Copé que par Manuel Valls, il n’avait pas bien compris ce que les deux quadras à la mode en ce moment proposaient mais il s’était dit que c’était peut-être le moment de sortir de son trou et de mettre son grain de sel sur ce sujet, histoire de revenir un instant sur le devant de la scène.
Sur ce plan là, il a réussi son petit coup. Toutes les radios du week-end ont fait allusion à son « idée ». Il aurait, évidemment, eu le même succès s’il avait proposé d’abaisser l’âge de la retraite à 55 ans ou, mieux, à 45 ans, ou s’il avait proposé de supprimer l’impôt sur le revenu ou s’il avait suggéré une augmentation générale et immédiate des salaires de 20 ou 30%.
Il est stupéfiant que personne dans son entourage ne lui ait jamais fait savoir que ces fameuses 35 heures étaient une catastrophe, qu’elles n’avaient permis aucune embauche (il suffit de voir notre taux de chômage), qu’elles coûtaient une fortune à l’Etat, qu’elles avaient fait perdre à l’économie française le peu de compétitivité qui lui restait encore, et qu’elles avaient prouvé -par l’absurde- ce que tous les spécialistes affirmaient depuis belle lurette : moins un pays travaille et moins il y a du travail à offrir à ses salariés.
Proposer de réduire encore la durée hebdomadaire du travail relève évidemment de la provocation la plus absurde.
Hier, nous évoquions ici même les méfaits de la démagogie et du populisme. Jamais jusqu’à présent, Rocard n’avait semblé pratiquer ces deux genres. On lui prêtait même plutôt le goût du parler vrai. Eh bien voilà que, l’âge venu, il se met à raconter n’importe quoi.

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