Parmi les (nombreuses) particularités françaises, l’une des plus étonnantes est notre propension à mettre sur des piédestaux des imposteurs, des jeans-foutres, des ratés qui, dans le monde entier, auraient été la risée générale et n’auraient eu d’autre préoccupation que de se faire oublier au plus vite.
Chez nous, non. Ils se pavanent, on les respecte, on les écoute, on les applaudit, on les admire. Et gare à celui qui oserait mettre en doute leurs compétences ou rappeler leurs chapelets de bévues, d’erreurs, de mystifications, de bêtises.
Dieu sait si la France compte de brillantes personnalités, pourquoi faut-il à tout prix que nous choisissions, pour meubler notre éphémère galerie des grands hommes, les plus mauvais ?
Nous sommes encore tous convaincus d’être « le peuple le plus intelligent de la planète » et pourtant cela fait bien longtemps que nous avons perdu non seulement le sens de l’humour mais aussi celui du ridicule qui est pourtant l’un des symptômes les plus évidents de cette fameuse intelligence.
Maintenant, en France, il suffit d’avoir été « vu à la télé », comme n’importe quelle marque de lessive en vente dans les grandes surfaces, pour avoir le droit de parler de tout et de n’importe quoi et d’asséner ses petites idées personnelles sur l’avenir de la France, de l’euro, de la planète.
Et ce sont naturellement toujours les mêmes que l’on voit à la télé et que l’on est prié d’écouter religieusement.
Veut-on savoir quel est l’avenir du Tiers-monde ? Il faut écouter, bouche bée, Jacques Attali. Tout le monde a oublié qu’il a été viré comme un malpropre de la BERD, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement en 1993, ce qui aurait dû l’éliminer à tout jamais de tous les tréteaux publics.
Veut-on connaître l’avenir de l’économie mondiale ? Il faut écouter, en opinant du bonnet, Alain Minc. Personne ne se souvient qu’il a provoqué des catastrophes épouvantables quand il était l’un des patrons de Saint-Gobain et qu’il a bien failli conduire à la ruine le groupe De Benedetti quand il en fut le responsable. Autant d’échecs qui auraient dû lui interdire à tout jamais d’oser se présenter comme un « expert ».
Veut-on savoir si Dieu existe, ou pas ? Là, c’est Régis Debray l’expert. Et qu’importe si, à l’âge où il aurait dû fréquenter de Grand séminaire, il a préféré trottiner derrière (loin derrière) Guevara dans les brousses sud-américaines.
Et on pourrait multiplier ces exemples d’imposteurs, de gourous autoproclamés qui ont transformé Paris, jadis « capitale des arts et des lettres », en une toute petite bourgade où le copinage a remplacé le talent, les mondanités l’originalité et la soumission au politiquement correct le courage intellectuel.
Pendant des décennies, nous avons été priés avec insistance de considérer Patrick Poivre d’Arvor comme l’un de nos meilleurs journalistes. Grand prêtre, avec sa moumoute, de « la grand’messe du JT de 20 heures », il était, avec une docilité méritant tous les éloges, la voix si ce n’est de la France du moins de ses maîtres. Les régimes se succédaient, l’homme-tronc restait. Il n’était pas seulement présentateur, il était aussi critique littéraire, il était aussi, carrément, écrivain publiant à un rythme effréné des ouvrages aux tirages impressionnants.
Dans n’importe quel pays civilisé du monde, il aurait été viré de la télévision depuis très longtemps. Depuis 1991, par exemple, puisqu’il nous avait, cette année-là, présenté une interview aussi exclusive que bidon de Fidel Castro. Faute impardonnable pour tout journaliste. Mais non. On lui a pardonné. Tout comme on ne lui en a pas voulu en 1996 d’être condamné à quinze mois de prison avec sursis (et 200.000 francs d’amende) pour « abus de biens sociaux » dans le cadre de l’affaire Botton (l’ancien gendre de Michel Noir, l’ancien ministre, ancien député de Lyon). En principe il faut avoir un casier judiciaire vierge pour avoir une carte de presse. Mais non. PPDA était toujours intouchable. Il faisait partie de nos gourous et continuait à dire le bien et le mal, chaque soir, à quelques millions de Français endormis.
Aujourd’hui, le scandale est épouvantable. Poivre-le-bidonneur, Poivre-le-condamné, Poivre-le-maître à penser sort une biographie d’Hemingway (le malheureux doit s’en retourner dans sa tombe) et l’Express a découvert que sur 400 pages, plus de 100 pages sont la copie conforme d’une biographie d’Hemingway sortie dans les années 80. C’est plus que du plagiat, c’est du « copié-collé ». Une honte absolue.
L’éditeur devrait évidemment mettre le bouquin au pilon et Poivre partir à tout jamais pour Cayenne.
Et bien vous allez voir qu’on va lui trouver des excuses. Thierry Ardisson qui s’était, lui aussi, fait piéger pour plagiat va sans doute l’inviter sur son plateau.
Au royaume des imposteurs, les plagiaires sont rois.

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