Curieuse situation ! Le pouvoir a… disparu. On ne voit plus, on n’entend plus Sarkozy. Il y a quelques mois, on se plaignait de le voir partout, en permanence, jour et nuit, s’agiter, trépigner, faire des moulinets, donner des coups de menton. Soudain, aujourd’hui, on s’aperçoit que, depuis l’affaire mouvementée de la réforme des retraites, il n’existe plus. On ne va pas s’en plaindre, mais tout de même…
Le navire continue à être chahuté dans la tempête, le chômage s’accroît, les déficits augmentent, le malaise se généralise et le commandant s’est enfermé dans sa cabine. Il a peut-être le mal de mer…
Depuis les gigantesques manifestations de rue (dont il n’a tenu aucun compte) nous n’avons eu droit qu’à un remaniement ministériel. Qui n’en était pas un. On a simplement voulu nous faire comprendre que le « virage social » dont il avait été vaguement question n’était plus à l’ordre du jour et que « l’ouverture » ainsi que « la diversité » qui avaient fait les beaux jours du début du quinquennat n’étaient plus à la mode.
On nous avait raconté qu’avec ce « nouveau » gouvernement le premier ministre allait enfin pouvoir exister. Fillon est encore plus discret, transparent, absent qu’avant. Il se contente de répéter, comme avant, que le chômage va baisser dans les mois qui viennent. Il n’en croit pas un mot lui-même.
Quant aux nouveaux venus ou aux promus, on ne peut pas dire qu’ils aient su s’imposer. Juppé qui devait donner un « coup de jeune » ( !) à l’équipe n’a guère été brillant dans l’affaire du Mali (deux morts à son actif) et Alliot-Marie a démontré, avec la Tunisie, qu’elle était encore plus mauvaise aux Affaires étrangères qu’elle ne l’avait été à la Défense, à l’Intérieur ou à la Justice. Les autres, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Disparus dans la trappe. « Morts aux pluches », disent les militaires. On ne peut même plus s’indigner des insanités d’Hortefeux ou de Besson.
Entre deux enterrements et trois voyages en province, Sarkozy a fait une petite réapparition cette semaine en présentant ses vœux à la presse. Tous les commentateurs nous ont alors dit (sans rire) que le président se « présidentialisait ». Cela fait presque quatre ans qu’il est à l’Elysée, il serait grand temps, en effet, qu’il se mette à faire son métier. Il est peut-être même un peu tard !
On peut s’étonner de ces commentaires complaisants. Sarkozy se « présidentialiserait » parce qu’il serait apparu « plus calme », « moins bling-bling » et qu’il n’aurait « dérapé » ni avec des propositions improvisées et farfelues, ni en se lançant dans des promesses totalement inconsidérées, ni même en s’en prenant à des journalistes. Est-ce suffisant pour devenir un président digne de ce nom ?
Il s’est contenté de nous parler du G8 et du G20. Tous les Français s’en contrefichent totalement. Non pas qu’ils se désintéressent de l’avenir de la planète mais parce qu’ils savent que le G8 et le G20 ne sont que des gadgets sans aucune réalité en face du G2 (Etats-Unis, Chine) qui règne désormais sans partage sur le monde entier.
Sarkozy risque d’ailleurs de sombrer dans le ridicule le plus total s’il continue à nous affirmer (et à affirmer à la planète entière) qu’il va, en tant que président des G8 et 20, imposer une gouvernance économique mondiale, réguler le cours des matières premières et taxer les transactions financières.
Mais pour le reste, Sarkozy rase les murs. On a l’impression qu’il est au bout du rouleau, à bout de souffle, tétanisé. Il ne sait plus quoi dire, quoi faire. Il est vrai qu’il nous avait annoncé la baisse du chômage et que celui-là a encore augmenté, la reprise de la croissance (qu’il irait « chercher avec les dents ») et qu’elle n’est toujours pas au rendez-vous, une diminution de la délinquance et que violences contre les personnes ont encore augmenté.
Difficile d’entrer en campagne électorale dans de telles circonstances. Il traîne comme un boulet un bilan épouvantable qui décrédibilise, totalement et par avance, tout programme, toute promesse, tout projet qu’il voudrait nous faire miroiter, voire nous faire avaler. Il ne pourra pas nous refaire « le coup de la rupture ».
Il sait, comme nous, que le problème de la dépendance et la réforme de la fiscalité qu’il a inscrits au programme de 2011 sont des sujets beaucoup trop importants pour être bâclés en fin de mandat et qu’aborder la fiscalité c’est, évidemment, à la fois prendre le risque de faire descendre dans la rue quelques millions de manifestants et de mécontenter tout l’électorat de droite.
Il ne lui reste plus qu’à regarder les sondages. Ca ne doit pas lui remonter le moral. Strauss-Kahn le battrait avec 64% des voix, Martine Aubry avec 54%. Même Hollande l’emporterait avec 52%. Et Marine Le Pen pourrait lui prendre 20% au premier tour qu’il ne récupérera jamais au second !
Il se croyait malin d’avoir expédié DSK au FMI. Il s’aperçoit qu’en l’éloignant ainsi, il a transformé cet adversaire en icône. Resté à Paris, Strauss-Kahn aurait été pris dans les querelles fratricides du PS, aurait dû prendre position sur la retraite à 60 ans et les 35 heures, guerroyer avec Martine Aubry et Ségolène Royal. Obligé au silence dans son exil doré, il engrange des voix.
C’est peut-être ce qui explique cette nouvelle attitude de Sarkozy. Il a vu que « plus DSK se taisait et mieux il se portait » dans les sondages. Il va donc essayer d’en faire autant.
Mais il y a une différence fondamentale. DSK est un opposant qui sait que sa meilleure chance est le rejet massif dont souffre de plus en plus Sarkozy. Il peut donc attendre en silence que la victoire lui tombe dans les bras. Sarkozy, lui, est au pouvoir. Il ne peut pas se permettre d’attendre, bras ballants et bouche fermée, une défaite programmée. Mais il ne sait plus quoi nous raconter.

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