Si, par jeu, on compare notre personnel politique au grand banditisme et le statut de l’opposition à celui des détenus de droits communs, on s’aperçoit que les socialistes ont passé 39 ans à se morfondre derrière les barreaux, en 54 ans de Vème République.
On comprend qu’ils puissent aujourd’hui rêver d’une prochaine libération au moins conditionnelle. « Nous sommes prêts », a affirmé Martine Aubry qu’on imagine alors avec son petit baluchon, assise sur sa paillasse et impatiente de retrouver le grand air de la liberté.
D’après ce qu’on sait, comme tous les taulards, les socialistes ont passé ces années au fond du trou à râler contre ceux qui les avaient mis ainsi au pain dur et à l’eau, à jurer qu’ils étaient victimes d’une injustice, à échafauder des plans d’évasion et, plus encore, à imaginer le grand coup qu’ils pourraient réaliser dès le lendemain de leur levée d’écrou.
Certains semblent s’être un peu repentis. Plus question de faire ces grands braquages sur les banques ou les grandes entreprises qu’ils appelaient pudiquement les nationalisations. Mais aucun d’entre eux ne s’est engagé à renoncer au racket sur les braves gens qui ont un peu d’économies. Faire payer les riches et les moins riches, les faire cracher au bassinet reste une des grandes lois du milieu.
Par moments, on peut même se demander si ces années de châtiment leur ont servi à quelque chose. Comme les émigrés de Coblence, ils semblent n’avoir « rien oublié ni rien appris » et rêver déjà d’une simple « Restauration », en évoquant avec nostalgie les mânes de leur dernier souverain, comme on vient de le voir à Jarnac.
La retraite à 60 ans, les 35 heures restent leur drapeau blanc. Comme le comte de Chambord, ils n’ont pas compris que les temps avaient changé.
La grande question est, bien sûr, de savoir qui sera le caïd qui s’imposera aux libérés. Strauss-Kahn a eu la chance de pouvoir bénéficier d’une longue permission de sortie qui lui a permis de retrouver une activité normale dans le monde du travail. Il a compris que l’époque du gang des tractions-avant était révolue depuis longtemps et il semble, lui, s’être un peu repenti.
Mais saura-t-il l’emporter ? Pour l’instant, il respecte la loi du silence pendant que ses complices tontons-flingueurs commencent à dégager le terrain. Chacun sait que la guerre des gangs sera sans pitié et va faire des dégâts.
La commission de libération (autrement dit les 40 millions d’électeurs français) a visiblement l’intention, pour le moment, de redonner leur chance à ces vieux prisonniers, convaincue qu’elle est qu’après une telle pénitence ils sauront se réinsérer dans la vie active et se montrer dignes de la confiance qu’on veut bien leur faire.
Quelques-uns évoquent le risque évident de récidive. Avant de leur ouvrir les portes de la liberté, on aimerait tout de même que ces gens, aux lourds casiers judiciaires, nous présentent un peu leur projet pour l’avenir.
En fait, leur grande chance est que les autres, ceux qui, depuis tant d’années, font, en toute impunité, la loi aux coins de toutes les rues commencent à être cernés et risquent bien de tomber.
Or, on ne peut pas mettre tout le monde derrière les barreaux de l’opposition. C’est chacun son tour. Ca s’appelle l’alternance.

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