Les socialistes n’ont décidément pas de chance. Ils nous jurent qu’ils ont compris la leçon des trois dernières élections présidentielles et que, cette fois, ils sont unis comme un seul homme, si ce n’est comme deux femmes. Tout au plus, nous avouent-ils à contrecœur, y aurait-il, peut-être, encore, à régler quelques « détails » comme par exemple le choix d’un éventuel programme ou la désignation d’un bon candidat. Mais cela mis à part, ils nous répètent tous, promis, juré, qu’ils ne parlent plus que d’une seule voix.
Or, chaque fois qu’un nouveau dossier s’ouvre un peu à l’improviste, c’est de nouveau la désunion, les voix discordantes, la cacophonie d’antan.
A priori, il n’y a aucun rapport entre l’affaire Gbagbo et le dossier des 35 heures. D’un côté, un dictateur africain qui ne veut pas lâcher le pouvoir malgré une défaite peu contestable aux élections, de l’autre, un débat qui, à force d’être sans fin, devient sans queue ni tête.
Eh bien, rue Solferino, ils n’ont pas voulu laisser passer ces deux occasions de s’étriper.
A la limite, on pourrait comprendre qu’il y ait, à propos des 35 heures, les « modernes » autour de Valls-le-dé-verrouilleur et les « anciens » autour de « la dame des 35 heures ». Mais comment comprendre, à propos de la situation en Côte d’Ivoire, qu’il y ait des « pro-Gbagbo », autour de Cambadelis, Le Guen, Emmanuelli et Loncle (et de Roland Dumas), et des « anti-Gbagbo », autour de la première secrétaire du parti ?
C’est très simple. Au PS, « Gbagbo-35 heures même combat ! »
D’abord, c’est vrai, il y a un problème de chiffres. En Côte d’Ivoire, on ne sait pas très bien qui a le plus triché, de Gbagbo ou de Ouattara. Au Nord comme au Sud, certains bureaux de vote ont eu davantage de votants que d’inscrits. Même problème avec les 35 heures pour lesquelles, plus de dix ans après leur instauration, personne n’est capable de nous dire si elles ont réellement permis de faire embaucher des chômeurs et combien elles coûtent à l’Etat.
Mais les chiffres n’ont jamais été le fort des socialistes et ce n’est pas sur ces querelles qu’ils s’écharpent.
Au PS, il y a, il y a toujours eu, d’un côté, les fidèles, les inflexibles, les intraitables qui refusent qu’on touche aux tables de la loi et qu’on trahisse Jaurès, Blum et même Mitterrand et, de l’autre côté, les réalistes, ceux qui se sont aperçus, sans doute par hasard, que le monde changeait et qui aimeraient bien regoûter un peu aux plaisirs du pouvoir, quitte à tolérer certains petits arrangements avec le dogme.
Qu’importe si les 35 heures datent d’avant la crise, d’avant les ravages de la mondialisation. Elles font partie du fonds de commerce et la vieille boutique n’a pas l’intention de changer son stock. Que les petits jeunots qui voudraient repeindre la vitrine se le tiennent pour dit.
Même chose pour Gbagbo. Quand on l’a connu, c’était un démocrate, un camarade socialiste, un opposant au vieil Houphouet qui l’avait mis en prison. Qu’importe qu’il soit devenu un dictateur corrompu, sanguinaire, n’ayant plus comme soutiens que sa garde personnelle et quelques bandes de voyous des bas quartiers d’Abidjan. Il reste un camarade de l’Internationale socialiste, un généreux donateur du PS et qu’on ne nous parle pas de la démocratie et de Ouattara, cet ancien fonctionnaire du FMI (Tiens, tiens !), défenseur du capitalisme, marié à une française et à moitié ivoirien.
Au fond c’est sans doute cela le vrai problème du PS et peut-être de la gauche française en général. A propos de tous les problèmes, il y a ceux qui ne veulent pas « trahir » (le passé si ce n’est les principes) et ceux qui veulent « gagner ». Le tout est de savoir si la gauche française peut gagner sans se trahir.
Guy Mollet avait déclaré un jour : « On nous dit que notre politique a échoué. Mais est-ce une raison pour en changer ? » Il y a encore des « molletistes » au PS.

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