Marine Le Pen inquiète la droite, Jean-Luc Mélenchon inquiète la gauche. Il est évident que, lors des prochaines présidentielles, l’une va prendre des voix à Sarkoz et que l’autre peut en faire perdre à Strauss-Kahn (ou à Martine Aubry).
A ces inquiétudes s’ajoute de la mauvaise conscience. A droite, on regrette, évidemment mais un peu tard, d’avoir, par « inadvertance », laissé au Front National le monopole d’un certain nombre de sujets essentiels comme l’immigration ou la délinquance. A gauche, on a tout de même un peu honte d’avoir, par réalisme électoral, abandonné les grands principes « révolutionnaires » d’antan. Marine Le Pen rappelle à la droite ses lâchetés, Mélanchon à la gauche ses trahisons.
Du coup, à droite comme à gauche, on ressort les bonnes vieilles injures traditionnelles. Les mêmes, pour l’une comme pour l’autre. « Marine Le Pen, démagogue, populiste ! », « Mélanchon, démagogue, populiste ! ».
Qu’est-ce qu’un démagogue ? Qu’est-ce qu’un populiste ? Et, accessoirement, qu’est-ce qu’un démocrate ?
Un démagogue est celui (ou celle) qui promet tout et n’importe quoi aux électeurs mais… « rien que du bonheur ». Un populiste est le démagogue qui, en plus, caresse l’électeur dans le sens du poil, sans hésiter une seule seconde à flatter « ses plus bas instincts ». Un démocrate est le brave type qui dit la vérité, même s’il sait parfaitement que ce n’est pas forcément ce qu’attend l’électeur.
Exemples de démagogie : promettre au peuple qu’« en travaillant plus il gagnera plus », qu’on va réduire les déficits « sans augmenter les impôts » ou, si on préfère, qu’on va « ramener la retraite à 60 ans », maintenir la durée hebdomadaire du travail « à 35 heures » et « augmenter tous les salaires » (des petits).
Exemples de populisme : affirmer qu’on va « nettoyer la racaille au karcher », qu’on va désormais « choisir les immigrés », qu’on va faire la chasse aux Roms ou, si on préfère qu’on va « faire payer les riches ».
Le démagogue doit avoir un culot fou, le populiste doit avoir, en, plus, un peu de haine au ventre si ce n’est au cœur.
On peut naturellement être démagogue et populiste sans pour autant respecter la démocratie. Exemples : faire passer, en douce, au parlement, un mini-traité européen alors que le peuple avait, par referendum, très clairement refusé ce même texte, ou décider qu’on nommera soi-même les patrons de l’audiovisuel, ou exiger de la justice qu’elle étouffe des dossiers compromettants. Seuls ceux qui sont au pouvoir peuvent bafouer la démocratie. Les autres devant se contenter de faire de la démagogie ou du populisme.
Précisons que, si chacun peut faire, à sa guise, de la démagogie et du populisme, il est plus difficile d’avoir droit au qualificatif de démagogue et de populiste. Par définition, les démagogues sont toujours « ceux d’en face » et les populistes ceux qui ne jouent pas encore « dans la cour des grands ».
Sinon ce serait trop facile. Il suffirait de reprendre « tous » les programmes de « tous » les candidats à « toutes » les élections pour s’apercevoir que nous n’avons pratiquement que des démagogues à nous mettre sous la dent et que le populisme fleurit un peu partout dès qu’on aborde certains sujets un peu délicats comme celui des immigrés qui nous « envahissent » (Giscard), qui ont « une odeur » (Chirac) ou qui ne doivent pas dépasser « un seuil de tolérance » (Mitterrand).
Ces trois personnages ayant été au pouvoir ont eu le droit (légitime) de se faire traiter de démagogues par leurs adversaires, mais jamais de populistes. Ils jouaient dans la cour des grands. Allez, vous y retrouver !
Cela dit, mais qu’il fallait dire, et pour redevenir plus sérieux, il serait sans doute temps que le débat politique français arrive à l’âge adulte et cesse de ressembler aux ébats d’une cour d’école primaire où des gosses mal-élevés s’injurient à coup d’insultes dont ils ignorent généralement le sens.
« Fascistes », « cocos », « nazis », « bolchéviques », « démagogues », « populistes » n’ont plus guère de signification de nos jours alors qu’on ne sait même plus très bien ce que veut dire « droite » ou « gauche » et qu’on a complètement oublié le sens des mots « liberté » ou « égalité ».
Ce n’est pas à coups d’anathèmes qu’on peut combattre des idées même les pires. Affirmer que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélanchon sont des « populistes » ne fera jamais avancer le débat et risque même de leur apporter des voix. Les arguments ne manquent pas pour combattre leurs idées. C’est quand on n’a rien à répondre qu’on se réfugie dans l’injure.
La droite n’aurait-elle rien à répondre à Marine Le Pen ? La gauche serait-elle à court d’arguments devant Mélanchon ?

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