Archives par moisjanvier 2011



Chirac est-il gâteux?

La polémique qui agite depuis 24 heures le microcosme parisien est totalement ridicule. D’après certains, on n’aurait pas le droit de dire que Jacques Chirac est très, très fatigué et qu’il souffre, sans doute, de la maladie d’Alzheimer. Ce serait, nous dit-on, « indécent et scandaleux ».
Bernadette Chirac qui s’indigne de ce qu’a écrit, hier, le Journal du Dimanche, reconnaît pourtant que son mari « a des difficultés pour marcher », qu’« il entend mal », qu’« il perd la mémoire » et qu’« il lui arrive de devenir coléreux ». Jadis, on aurait dit qu’il devenait « gâteux ». Aujourd’hui, on évoque plutôt un début d’Alzheimer. C’est plus élégant mais c’est, hélas, la même chose. Et c’est, bien, sûr, dramatique.
Tous ceux qui ont rencontré l’ancien président ces dernières semaines ont vu qu’en effet il se traînait péniblement, s’appuyait sur l’épaule de quelqu’un pour avancer et semblait totalement absent. Je l’ai moi-même aperçu lors d’une remise de décoration. Il ne reconnaissait personne, avait un regard affolé et lisait avec difficulté le discours qu’on lui avait préparé. On ne pouvait qu’être bouleversé devant le spectacle de la décrépitude de cette grande « carcasse » qu’on a connue si dynamique, si alerte pendant tant d’années.
A-t-on le droit de le dire ? Oui, bien sûr. Viole-t-on ainsi « le secret de la vie privée » ? Evidemment, non.
Jacques Chirac est toujours un personnage public. Ancien chef de l’Etat, il est membre de droit du Conseil constitutionnel et il y siège fréquemment. Il est même aujourd’hui, d’après tous les sondages, « la personnalité politique préférée des Français ». Nous avons donc parfaitement le droit de savoir dans quel état il est et d’autant plus que certains veulent le traîner en justice.
Il serait grand temps que ce pays devienne adulte et que les Français aient droit à toutes les vérités. Constater que cet ancien président, âgé de 79 ans, sombre dans la vieillesse n’est pas porter atteinte à sa dignité. Ses anciens partisans en seront très tristes, ses anciens adversaires ne s’en réjouiront pas. Pas plus que les adversaires de François Mitterrand ne se sont jamais réjouis de la maladie dont celui-ci a eu à souffrir pendant ses deux septennats et qui a fini par l’emporter.
Il est absurde qu’on veuille nous cacher l’état de santé de Chirac comme il a été scandaleux qu’on nous cache la maladie de Pompidou et celle de Mitterrand. Rappelons que ces deux présidents, Pompidou et Mitterrand, savaient, l’un et l’autre, qu’ils étaient atteints d’une maladie grave et sans doute incurable avant même d’entamer leur mandat. Il aurait été normal que les Français en soient informés. On a préféré nous mentir.
Pour Chirac c’est différent. Il n’est qu’ancien président et son état physique ne peut plus avoir la moindre conséquence sur le fonctionnement de l’Etat. Mais on veut tout de même nous mentir. Au nom du sacro-saint secret de la vie privée.
Pendant combien de temps faudra-t-il dire et répéter que les hommes « publics » ne peuvent pas avoir de vie « privée ». Les Français devraient tout savoir notamment sur leurs amours et leur santé qui sont pourtant les deux domaines les plus « privés » de la vie d’un homme. Trop de personnages politiques importants ont pris des décisions essentielles pour le pays simplement parce qu’ils voulaient plaire à une maîtresse ou parce qu’ils étaient physiquement incapables de résister à l’influence de leur entourage.
Pompidou, malade, a laissé, pendant des mois, le pouvoir à Pierre Juillet et à Marie-France Garaud ; Giscard, amoureux, a négocié avec des rebelles tchadiens pour récupérer une jeune maîtresse qu’ils détenaient en otage ; Mitterrand a nommé Edith Cresson premier ministre, etc.. Tout cela n’est pas normal. Mais personne n’a jamais rien osé dire au nom du secret de la vie privée.
Une démocratie ne peut pas vivre entre les secrets d’Etat et les secrets de la vie privée.
Les Français en ont assez de ces « cachotteries » que veulent se réserver les salons parisiens.

31 Jan 2011 | Comments (4)

Pourquoi vont-ils préférer l’Islamisme?

Il faut observer les foules qui manifestent dans les rues tunisiennes ou égyptiennes et se souvenir de celles qui étaient descendues dans les rues iraniennes, voici trente ans. Elles crient « A bas Ben Ali ! », « A bas Moubarak ! » comme les autres hurlaient « A bas le Chah ! ».
Officiellement, il s’agit toujours d’insurrections « contre des dictatures ». C’est du moins ce que nous disent nos commentateurs patentés qui n’ont généralement jamais mis les pieds dans ces pays, sauf, peut-être, pour quelques séjours de rêve dans des hôtels de luxe.
Mais ne soyons pas trop naïfs. Le combat pour la démocratie n’est, en, fait, qu’un alibi. Les Tunisiens qui crient leur joie depuis le départ de Ben Ali, comme les Egyptiens qui exigent celui de Moubarak, crèvent de faim. Comme, hier, les Iraniens crevaient de faim. Tout est là. Ils réclament des élections libres mais ils veulent du travail, une vie décente, un avenir pour eux et pour leurs enfants.
Les Iraniens qui renversèrent le Chah savaient très bien que l’ayatollah n’instaurerait pas un régime de liberté, respectueux des Droits de l’Homme. Mais ils espéraient que celui qu’ils appelaient « l’Imam » partagerait plus équitablement les fabuleuses richesses du pays accaparées, sans pudeur, depuis des décennies, par quelques poignées de courtisans alors que le reste du pays croupissait dans la misère.
A Tunis ou au Caire aujourd’hui c’est la même chose. Ce sont les miséreux, les pauvres, les chômeurs qui veulent que « ça change » pour qu’ils aient enfin le droit de vivre décemment. Ils ne savent pas de quoi sera fait l’avenir. Que ce soient les militaires ou les Islamistes qui succèdent au tyran honni, ils veulent croire que leur vie quotidienne s’améliorera. Ce sont les intellectuels en exil qui évoquent « la soif de liberté ». Sur place, ceux qui sont prêts à se faire tuer réclament du pain.
Cela dit, si ce sont toujours les affamés qui font les révolutions, ceux d’aujourd’hui sont tout de même bien différents de ceux d’il y a trente ans.
Ceux qui ont renversé le Chah, la Savak et « la 5ème armée du monde » étaient des analphabètes venus des provinces lointaines, attirés par les lumières de la ville et agglutinés dans les cloaques des bidonvilles sordides de Téhéran. Ils ne connaissaient que le Chah et l’ayatollah. Ils ont renversé le Chah et appelé l’ayatollah.
Ceux qui ont fait fuir Ben Ali et qui veulent chasser Moubarak, eux aussi, sont sans emploi, sans ressources, sans espoir mais ils savent lire et écrire, sont souvent diplômés et manient l’Internet. Le développement économique (incontestable) et les progrès de la scolarisation (tout aussi incontestables) de la Tunisie de Ben Ali et de l’Egypte de Moubarak ont permis la création d’une (toute) petite bourgeoisie aussi bien en Tunisie qu’en Egypte. Les dictateurs ont toujours tort d’ouvrir des écoles. Ca donne de bien mauvaises idées aux foules…
A la différence des insurgés de Téhéran, ceux de Tunis et du Caire ont donc entendu parler de la démocratie, même si, surtout au Caire, l’Islam incarne encore pour eux l’espoir d’un monde meilleur et plus juste.
Seulement voilà, et c’est évidemment la grande faute de l’Occident, nous, les Grandes Démocraties, nous nous sommes compromis jusqu’à la gorge avec toutes ces dictatures. Nous les avons choyées, bichonnées, armées, financées. Par aveuglement, par facilité.
Pour ces foules de déshérités, les démocraties n’étaient pas des « terres promises », des « phares de la civilisation ». Elles n’étaient que les complices détestés de ces dictatures qui les opprimaient et les laissaient crever de faim. Du coup, « la » démocratie ne peut pas être leur rêve aujourd’hui.
Obama ne manque pas de culot et doit faire éclater de rire les foules égyptiennes quand il demande à Moubarak, le plus sérieusement du monde et sur un ton comminatoire, de faire preuve de modération et d’écouter les justes revendications des manifestants.
Cela fait 37 ans que, successivement, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Bush, Clinton, Bush fils ont soutenu à bout de bras le régime égyptien avec, d’abord Sadate, ensuite, pendant trente ans, Moubarak. En déversant des flots de dollars sur le Caire. Sans jamais émettre la moindre réserve, la moindre critique, le moindre conseil.
La France de Giscard, de Mitterrand (grand habitué des meilleurs hôtels de Louxor), de Chirac et de Sarkozy n’a d’ailleurs pas fait mieux, les dollars mis à part. C’était avec « Moubarak-le-dictateur » qu’il embrassait à pleine bouche que Sarkozy voulait donner vie à sa lubie d’une Union pour la Méditerranée.
Par intérêt à très court terme, nous avons oublié nos propres valeurs, trahi nos grands principes en applaudissant à tout rompre ces régimes corrompus qui persécutaient leurs opposants et laissaient sombrer dans la pire des misères les foules immenses et même ces jeunes qui auraient pu, dû constituer les élites de demain.
Comment imaginer alors que ces peuples puissent avoir aujourd’hui la moindre envie de rejoindre notre camp ? La démocratie ne peut pas être leur rêve. Nous leur en avons présenté une image trop hideuse.
Il ne faudra pas s’étonner si après s’être débarrassés de leurs dictateurs « suppôts de l’Occident », « laquais des démocraties impérialistes », « agents du néocolonialisme », ces peuples préfèrent se tourner vers une révolution islamiste même délirante.

30 Jan 2011 | Comments (7)

Mais où est-il passé?

Curieuse situation ! Le pouvoir a… disparu. On ne voit plus, on n’entend plus Sarkozy. Il y a quelques mois, on se plaignait de le voir partout, en permanence, jour et nuit, s’agiter, trépigner, faire des moulinets, donner des coups de menton. Soudain, aujourd’hui, on s’aperçoit que, depuis l’affaire mouvementée de la réforme des retraites, il n’existe plus. On ne va pas s’en plaindre, mais tout de même…
Le navire continue à être chahuté dans la tempête, le chômage s’accroît, les déficits augmentent, le malaise se généralise et le commandant s’est enfermé dans sa cabine. Il a peut-être le mal de mer…
Depuis les gigantesques manifestations de rue (dont il n’a tenu aucun compte) nous n’avons eu droit qu’à un remaniement ministériel. Qui n’en était pas un. On a simplement voulu nous faire comprendre que le « virage social » dont il avait été vaguement question n’était plus à l’ordre du jour et que « l’ouverture » ainsi que « la diversité » qui avaient fait les beaux jours du début du quinquennat n’étaient plus à la mode.
On nous avait raconté qu’avec ce « nouveau » gouvernement le premier ministre allait enfin pouvoir exister. Fillon est encore plus discret, transparent, absent qu’avant. Il se contente de répéter, comme avant, que le chômage va baisser dans les mois qui viennent. Il n’en croit pas un mot lui-même.
Quant aux nouveaux venus ou aux promus, on ne peut pas dire qu’ils aient su s’imposer. Juppé qui devait donner un « coup de jeune » ( !) à l’équipe n’a guère été brillant dans l’affaire du Mali (deux morts à son actif) et Alliot-Marie a démontré, avec la Tunisie, qu’elle était encore plus mauvaise aux Affaires étrangères qu’elle ne l’avait été à la Défense, à l’Intérieur ou à la Justice. Les autres, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Disparus dans la trappe. « Morts aux pluches », disent les militaires. On ne peut même plus s’indigner des insanités d’Hortefeux ou de Besson.
Entre deux enterrements et trois voyages en province, Sarkozy a fait une petite réapparition cette semaine en présentant ses vœux à la presse. Tous les commentateurs nous ont alors dit (sans rire) que le président se « présidentialisait ». Cela fait presque quatre ans qu’il est à l’Elysée, il serait grand temps, en effet, qu’il se mette à faire son métier. Il est peut-être même un peu tard !
On peut s’étonner de ces commentaires complaisants. Sarkozy se « présidentialiserait » parce qu’il serait apparu « plus calme », « moins bling-bling » et qu’il n’aurait « dérapé » ni avec des propositions improvisées et farfelues, ni en se lançant dans des promesses totalement inconsidérées, ni même en s’en prenant à des journalistes. Est-ce suffisant pour devenir un président digne de ce nom ?
Il s’est contenté de nous parler du G8 et du G20. Tous les Français s’en contrefichent totalement. Non pas qu’ils se désintéressent de l’avenir de la planète mais parce qu’ils savent que le G8 et le G20 ne sont que des gadgets sans aucune réalité en face du G2 (Etats-Unis, Chine) qui règne désormais sans partage sur le monde entier.
Sarkozy risque d’ailleurs de sombrer dans le ridicule le plus total s’il continue à nous affirmer (et à affirmer à la planète entière) qu’il va, en tant que président des G8 et 20, imposer une gouvernance économique mondiale, réguler le cours des matières premières et taxer les transactions financières.
Mais pour le reste, Sarkozy rase les murs. On a l’impression qu’il est au bout du rouleau, à bout de souffle, tétanisé. Il ne sait plus quoi dire, quoi faire. Il est vrai qu’il nous avait annoncé la baisse du chômage et que celui-là a encore augmenté, la reprise de la croissance (qu’il irait « chercher avec les dents ») et qu’elle n’est toujours pas au rendez-vous, une diminution de la délinquance et que violences contre les personnes ont encore augmenté.
Difficile d’entrer en campagne électorale dans de telles circonstances. Il traîne comme un boulet un bilan épouvantable qui décrédibilise, totalement et par avance, tout programme, toute promesse, tout projet qu’il voudrait nous faire miroiter, voire nous faire avaler. Il ne pourra pas nous refaire « le coup de la rupture ».
Il sait, comme nous, que le problème de la dépendance et la réforme de la fiscalité qu’il a inscrits au programme de 2011 sont des sujets beaucoup trop importants pour être bâclés en fin de mandat et qu’aborder la fiscalité c’est, évidemment, à la fois prendre le risque de faire descendre dans la rue quelques millions de manifestants et de mécontenter tout l’électorat de droite.
Il ne lui reste plus qu’à regarder les sondages. Ca ne doit pas lui remonter le moral. Strauss-Kahn le battrait avec 64% des voix, Martine Aubry avec 54%. Même Hollande l’emporterait avec 52%. Et Marine Le Pen pourrait lui prendre 20% au premier tour qu’il ne récupérera jamais au second !
Il se croyait malin d’avoir expédié DSK au FMI. Il s’aperçoit qu’en l’éloignant ainsi, il a transformé cet adversaire en icône. Resté à Paris, Strauss-Kahn aurait été pris dans les querelles fratricides du PS, aurait dû prendre position sur la retraite à 60 ans et les 35 heures, guerroyer avec Martine Aubry et Ségolène Royal. Obligé au silence dans son exil doré, il engrange des voix.
C’est peut-être ce qui explique cette nouvelle attitude de Sarkozy. Il a vu que « plus DSK se taisait et mieux il se portait » dans les sondages. Il va donc essayer d’en faire autant.
Mais il y a une différence fondamentale. DSK est un opposant qui sait que sa meilleure chance est le rejet massif dont souffre de plus en plus Sarkozy. Il peut donc attendre en silence que la victoire lui tombe dans les bras. Sarkozy, lui, est au pouvoir. Il ne peut pas se permettre d’attendre, bras ballants et bouche fermée, une défaite programmée. Mais il ne sait plus quoi nous raconter.

28 Jan 2011 | Comments (6)

Bizarre autant qu’étrange

Bizarre autant qu’étrange. La campagne pour les présidentielle a à peine commencé -à gauche, les candidats se bousculent déjà et, à droite, Sarkozy tente de se refaire si ce n’est une virginité du moins une nouvelle image- et nous avons appris, comme par hasard, ces jours derniers : 1) qu’au Figaro, le directeur général Francis Morel était remplacé par Marc Feuillé, 2) qu’au Monde, Eric Fottorino était remplacé par Erik Izraéléwicz, 3) qu’à Libération, Laurent Joffrin était remplacé par Nicolas Demorand, 4) qu’au Nouvel Observateur, Denis Olivennes était remplacé par Laurent Joffrin (et que la meilleure « plume » du journal, Jacques Julliard, passait à Marianne), 5) qu’à Europe 1 (+ Paris Match + le Journal du dimanche), Alexandre Bompard était remplacé par Denis Olivennes.
Jamais dans l’histoire de la presse parisienne, nous n’avions assisté à un tel chambardement. Le spectacle tient à la fois du stand de tir et du jeu des chaises musicales. Les propriétaires qui ne sont pas tous des économiquement faibles -Dassault, Bergé, Rothschild, Lagardère, Perdriel- changent de jockeys avant d’aborder la dernière ligne droite. Du coup, certaines « cravaches » troquent une casaque pour une autre alors que quelques malheureux disparaissent.
Les mauvais esprits verront derrière ce nouveau « casting » la main de Sarkozy. On sait que le président de la République qui s’est déjà attribué les pleins pouvoirs dans l’audiovisuel public n’a jamais hésité à intervenir avec ses gros sabots dans le monde de la presse. On se souvient des efforts maladroits et vains qu’il avait faits pour tenter d’empêcher Bergé et ses amis de s’emparer du Monde.
Cela dit, si on peut parfaitement imaginer qu’il puisse, parfois, arriver à Dassault, Rothschild et Lagardère de vouloir faire un petit plaisir à Sarkozy, on ne peut guère croire que Perdriel et a fortiori Bergé aient d’aussi bonnes intentions.
Mais ce qui est sûr c’est qu’à l’Elysée on est particulièrement attentif à ces mouvements à la tête des grands groupes de presse. Et c’est ce qui est le plus étonnant.
Sarkozy est persuadé que la presse joue un rôle essentiel dans les élections et il est convaincu que s’il est aussi bas, depuis si longtemps, dans tous les sondages d’opinion « c’est la faute à la presse ».
Or, il est de notoriété publique que, depuis des décennies, la presse n’a plus aucune influence sur les électeurs. En 1974, la presse était chabaniste, en 1981, giscardienne, en 1988, chiraquienne, en 1995, balladurienne, en 2002, plutôt jospinienne, en 2007, plutôt royaliste. Sans oublier qu’elle avait nettement prôné le « oui » lors du référendum de 1969 et unanimement le « oui » lors de celui sur la constitution européenne. La presse n’est plus le « contre-pouvoir » qu’elle devrait être mais, sans doute sous l’influence du parisianisme, elle est, bien souvent « à contre-courant », pour ne pas dire « à côté de la plaque ».
Il est d’ailleurs difficile aujourd’hui de considérer Le Figaro, l’Express ou Europe 1 comme des brûlots anti-sarkozistes. Mais quelle que soit la bonne volonté de Mougeotte, de Barbier ou d’Elkabbach il leur est difficile de cacher que le chômage qui, selon Sarkozy devait baisser, a encore augmenté de 3% cette année et que la croissance qu’il devait aller « chercher avec les dents » n’est toujours pas au rendez-vous.
On peut se demander si cette perte d’influence de la presse n’est pas due, en grande partie, à ce qu’il faut bien appeler la respectueuse docilité de certains titres.
Mais que cinq têtes aient changé au cours des derniers jours à la tête de la presse française peut tout de même sembler aussi étrange que bizarre…

27 Jan 2011 | Comments (4)

Du haut de ces pyramides…

Michèle Alliot-Marie n’a pas offert à Hosni Moubarak « le savoir-faire » de la police française pour réprimer les foules égyptiennes en colère. Tant mieux. La diplomatie française préfère rester prudente. Elle se contente désormais de « déplorer les morts » et d’« appeler à plus de démocratie ».
C’est le service minimum. On ne voit d’ailleurs pas ce que Paris pourrait faire d’autre. Sauf à vouloir, à tout prix, continuer à accumuler les gaffes et les maladresses. Comme au Mali où on ignore toujours tout de ce que sont devenus nos cinq otages, comme en Côte d’Ivoire où Gbagbo continue à narguer le monde entier, comme en Tunisie où on vient de faire payer à notre ambassadeur les bourdes de sa ministre.
On ne peut plus demander qu’une seule chose aujourd’hui à Nicolas Sarkozy et à Alliot-Marie : surtout qu’ils se taisent en tentant de faire oublier leurs compromissions avec tous ces régimes non seulement corrompus mais surtout condamnés depuis déjà longtemps.
Si l’Egypte, suivant les traces de la Tunisie, bascule à son tour dans la révolution (de jasmin, de cactus ou de palmier) les conséquences seront considérables et dramatiques pour le monde entier.
Pour la Tunisie, on peut encore, aujourd’hui, espérer que l’armée permettra aux démocrates de s’emparer du pouvoir et d’instaurer, dans le calme, un régime stable. Mais pour l’Egypte, on ne peut se faire aucune d’illusion. Ce seront les Islamistes. Et alors tout le monde musulman risque bien de s’enflammer.
Le Caire a toujours été la capitale du monde arabe et, bien souvent, celle de tous les pays musulmans, voire même celle du Tiers-monde.
L’Egypte est, de très loin, le pays le plus peuplé du monde arabe, Le Caire a un prestige considérable à travers tout le monde islamique, grâce notamment à sa fameuse université Al Azhar, et, depuis Nasser qui avait osé défier l’Occident en nationalisant le Canal de Suez et en faisant construire, avec l’aide soviétique, son barrage d’Assouan, l’Egypte est devenue « un phare » pour tous ces pays qui s’appelaient « non-alignés » (alors qu’ils étaient alignés, le petit doigt sur la couture du pantalon, derrière Moscou), qu’on appelait « sous-développés » et qui se sont, plus ou moins, réveillés depuis longtemps.
Les Islamistes au pouvoir au Caire cela pourrait signifier un gigantesque soulèvement islamiste de la Mauritanie au fin fond des Philippines, en passant par tout le Maghreb, tout le Proche Orient, le Moyen Orient, les pays du Golfe et l’Indonésie. On imagine la catastrophe.
On sait l’importance qu’a eue la révolution iranienne à travers la planète. Mais l’Iran est un pays à part, fermé sur lui-même, qui n’est pas arabe et qui est chiite. Une révolution islamiste égyptienne provoquerait, elle, un « tsunami » sans commune mesure.
Les Islamistes ont-ils une chance de l’emporter au Caire ? Oui, à l’évidence.
Certes, les Egyptiens sont des gens charmants, souriants, tolérants, etc., etc. Mais, au-delà de tous les slogans pour touristes, il ne faut jamais oublier ni le rôle essentiel qu’a toujours joué Al Azhar ni le fait que c’est en Egypte qu’ont été créés, pendant l’entre-deux-guerres, à Ismaïlia, les Frères Musulmans, premier mouvement musulman politique et à l’origine du réveil de l’Islam.
Pourchassés et persécutés sans pitié par Nasser, les Frères Musulmans sont ressortis de la clandestinité dans les années 70, grâce à Sadate, lui-même Frère Musulman dans sa jeunesse, et qui, en les remettant en scène, voulait contrebalancer le poids des nostalgiques de Nasser et des communistes pour pouvoir libéraliser (économiquement) l’Egypte, accueillir Nixon et faire la paix avec Israël (après avoir fait la guerre du Kippour).
Sadate s’imaginait que les Islamistes l’aideraient à effectuer le virage à 180° dont il rêvait, vers l’Occident et vers le capitalisme. Cela lui a coûté la vie puisque ce sont ces mêmes Islamistes qui l’ont assassiné en octobre 1981. Sadate n’avait pas compris que les Islamistes haïssaient tout autant le marxisme et Moscou que la démocratie et l’Occident et que, bien sûr, ils ne pouvaient pas lui pardonner sa visite en Israël.
Médiocre, arrivé au pouvoir par hasard, sans aucune aura personnelle, Moubarak a accumulé, pendant trente ans, tous les ingrédients nécessaires pour alimenter une révolution islamiste.
Il a, comme ses prédécesseurs, pourchassé toute opposition démocratique, poussant donc tous les mécontents vers les mosquées ; il a laissé le développement économique creuser davantage encore le fossé entre une poignée de riches, de plus en plus riches, et une immense foule de pauvres, de plus en plus pauvres ; il n’a pas vu que les jeunes, diplômés ou non, étaient sans espoir et que les classes moyennes qui étaient apparues sous le règne de Sadate sombraient dans la précarité.
Il ne s’est pas aperçu que, dans tout le pays, et même dans les quartiers les plus élégants du Caire ou d’Alexandrie, toutes les femmes étaient désormais voilées (ce qu’on n’avait jamais vu en Egypte) et que l’importante minorité copte était, depuis des mois, victime de véritables « pogromes » anti-chrétiens fomentés par les Islamistes qui voulaient ainsi déclencher une véritable guerre de religion contre tous les « infidèles ». Il n’a pas compris qu’en désignant son propre fils pour lui succéder, il mettrait le feu aux poudres.
Les événements de Tunisie ont, évidemment, déclenché l’insurrection égyptienne. Mais tout était prêt.
La répression va-t-elle permettre à Moubarak de se maintenir encore quelque temps au pouvoir ? Personne ne peut le savoir. Mais l’affaire est entendue. L’Egypte a déjà basculé dans l’Islamisme et la victoire des « fous de Dieu » semble désormais inéluctable.
Que pouvons-nous faire ? Pas grand-chose. Les démocraties n’ont pas compris qu’en soutenant, si longtemps et par facilité, cette kyrielle de régimes médiocres, dictatoriaux et corrompus, elles dégoûtaient tous ces peuples de l’idée même de la démocratie. Il est maintenant beaucoup trop tard pour évoquer les Droits de l’Homme ou les valeurs de la République.
Le XXème siècle a été marqué par la confrontation entre le monde dit « libre » et le monde communiste. Certains utopistes avaient cru pouvoir imaginer qu’après l’effondrement du bloc soviétique l’histoire était terminée. Le XXIème siècle va être marqué par la confrontation entre le capitalisme et l’islamiste.
On peut le regretter mais il faut surtout s’y préparer.

26 Jan 2011 | Comments (2)

Le problème israélo-palestinien toujours tabou

Décidément, le problème israélo-palestinien reste un sujet tabou. Dès qu’on l’aborde, les uns et les autres sortent les pires contre-vérités sans hésiter une seule seconde à falsifier et l’histoire et les réalités d’aujourd’hui. C’est désespérant car, bien sûr, tant que les uns et les autres se refuseront à regarder en face la vérité rien ne pourra avancer et ce conflit qui dure maintenant depuis plus de soixante ans continuera à empoisonner la vie des Israéliens, celle des Palestiniens, tout le Proche-Orient et sans doute la planète entière puisqu’il sert, bien souvent de prétexte au terrorisme islamiste.
Hier, je l’évoquais d’un mot en m’insurgeant contre la censure dont était victime Stéphane Hessel. Je me contentais d’énoncer une évidence : Jamais Israël ne pourra vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues tant qu’on n’aura pas trouvé une solution pour les Palestiniens.
Il n’en a pas fallu plus pour que certains amis de ce blog s’indignent, m’accablent de reproches et me conseillent vertement d’apprendre l’histoire de cette région. A les entendre, « le peuple palestinien est une invention très, très récente », « le terme palestinien une création d’Arafat dans les années 80 », « cette terre n’était habitée que par des bédouins nomades » voire « des Jordaniens ou des Ottomans ».
Doit-on rappeler à ces lecteurs qu’en 1947 l’ONU a voté la résolution 181 sur « le plan de partage » de… « la Palestine », qu’en 1922, la SDN avait donné mandat à la Grande-Bretagne sur… « la Palestine », que si, en effet, jusqu’à la fin de l’empire ottoman, la Palestine n’était qu’une province de cet empire il en était de même de la Syrie, du Liban, de l’Irak, de la Jordanie ce qui ne signifie pas que tous ces pays n’étaient que des déserts peuplés de bédouins nomades. Jérusalem, Saint Jean d’Acre et Jaffa étaient des villes « palestiniennes » prospères où Chrétiens, Musulmans et Juifs (qui s’étaient souvent réfugiés ici en fuyant les persécutions européennes, notamment d’Espagne) vivaient dans une relative harmonie.
L’histoire ne permet donc pas de dire que les Palestiniens, descendants vraisemblables des Philistins de la haute antiquité, n’ont rien à faire dans cette région du monde. Ils semblent être arrivés dans ce coin du monde avant même les Hébreux.
Mais au-delà du débat historique, il y a la réalité d’aujourd’hui. Il y a 4 millions de réfugiés palestiniens dont 1,3 millions habitent, survivent depuis des décennies, c’est-à-dire deux ou trois générations, dans des « camps ». 59 camps plus ou moins gérés par l’ONU. Ces camps sont, évidemment, une honte pour la communauté internationale qui tolère cette misère, mais ce sont aussi des barils de poudre qui peuvent exploser à tout moment.
Le problème n’est pas de savoir si ces 4 millions de réfugiés sont des descendants de bédouins ou d’Ottomans (ce qui est faux) sans aucun droit sur cette région alors que les Juifs, venus de Russie, de Pologne ou des quatre coins de la planète, y auraient tous les droits. Le problème est de trouver une solution pour que ces 4 millions de pauvres gens auxquels on a tout pris puissent vivre autrement que dans des camps, grâce à la charité internationale.
Si on refuse à cette population le droit de vivre décemment, il ne faut pas s’étonner que les fanatiques du Hamas l’aient emporté aux élections de Gaza, que les fanatiques du Hezbollah prennent le pouvoir à Beyrouth et que le terrorisme islamiste recrute massivement.
Il y va de la survie d’Israël et de notre sécurité. Pour lutter contre le terrorisme islamiste, il serait sûrement plus utile de trouver une solution au conflit israélo-palestinien que d’aller guerroyer au fin fond des montagnes d’Afghanistan.
Encore faudrait-il connaître et reconnaître ce problème, accepter d’ouvrir les yeux et ne plus répéter toutes les contre-vérités assénées depuis des années par la pire des propagandes.

25 Jan 2011 | Comments (7)

De Céline à Hessel

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, vient de retirer le nom de Céline de la liste des personnalités dont on va commémorer la mort en cette année 2011. Céline est mort en 1961. La directrice de l’Ecole Normale Supérieure vient d’annuler un colloque qui devait se tenir dans les locaux de la prestigieuse école, évoquer la situation à Gaza et auquel devait participer un ancien élève, Stéphane Hessel. Eric Zemmour, poursuivi pour incitation à la haine raciale, attend, lui, le verdict que doit prononcer la 17ème chambre du tribunal correctionnel à son sujet.
Aucun rapport entre ces trois informations ? Si !
Tout le monde reconnaît que Céline est un immense écrivain (on le compare à Proust) mais… qu’il a écrit des textes ignobles révélant un antisémitisme intolérable.
Tout le monde reconnait que Stéphane Hessel a été un très grand résistant, qu’il est aujourd’hui « une figure morale » du pays mais… on lui reproche, si ce d’être antisémite (il est juif) du moins de prendre la défense des Palestiniens et donc d’être antisioniste.
Tout le monde reconnait que Zemmour est un bon journaliste –plus polémiste que journaliste d’ailleurs- mais… on lui reproche d’avoir osé affirmer que les Noirs et les Arabes étaient surreprésentés parmi nos criminels et nos délinquants.
On peut évidemment discuter indéfiniment pour savoir si la République peut commémorer, honorer, célébrer un très grand écrivain foncièrement antisémite. On peut d’ailleurs se demander si, en épluchant de très près tous les textes d’un grand nombre de nos très grands auteurs, on ne trouverait pas, bien souvent, des relents d’antisémitisme, parfois odieux.
On peut aussi de demander si cette manie très française de célébrer les cinquantenaires, les centenaires, voire les bicentenaires de nos grands hommes et de nos grands événements n’est pas totalement ridicule. A croire que nous n’avons plus rien à nous mettre sous la dent, que nous n’osons pas regarder l’avenir et qu’il faut, éternellement, que nous rabâchions nos gloires passées pour justifier notre médiocrité d’aujourd’hui.
On pourrait aussi ouvrir un vrai débat sur Israël et les Palestiniens, rappeler qu’on a finalement fait payer aux Palestiniens(qui n’y étaient pour rien) les horreurs épouvantables que l’Europe avait fait subir aux Juifs et que la belle phrase de Théodore Herzl « donner une terre sans peuple à un peuple sans terre » (qui est à l’origine du sionisme) était une monstruosité puisque la terre en question avait un peuple, les Palestiniens.
Le débat serait forcément animé car si tout le monde, ou presque, reconnaît qu’Israël a le droit d’avoir « des frontières sûres et reconnues », de plus en plus nombreux sont ceux qui pensent qu’Israël ne pourra vivre en paix que le jour où les Palestiniens auront, eux aussi, leur patrie..
Enfin on pourrait aussi discuter des propos de Zemmour. Encore faudrait-il que les chiffres de la délinquance et l’origine des délinquants ne soient plus des « secret d’Etat ».
Mais là n’est pas le problème. Le problème est que, cette semaine, en France, on a censuré un grand écrivain, un débat, un journaliste. Ca commence à faire beaucoup dans le pays de « toutes les libertés ». Même si le grand écrivain est à bien des égards contestable, le débat évidemment difficile et le journaliste souvent provocateur !
Des organisations dont on ignore la représentativité et dont on ne voit pas de quel droit elles s’érigent en arbitre de la morale publique ont réussi à faire céder un ministre, la directrice d’une des grandes écoles le plus prestigieuses du pays et la justice. Mais dans quel pays vivons-nous ?
Alors qu’on ne nous parle plus de la liberté d’expression, Et contentons-nous de rappeler, une fois de plus, que l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme affirme : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme ».
« Messieurs les censeurs, bonsoir ! », comme avait dit, un soir, Clavel à la télévision.

24 Jan 2011 | Comments (12)

Ne jamais sous-estimer l’exaspération du peuple

Nicolas Sarkozy a reconnu, ce matin, qu’il avait peut-être « sous-estimé l’exaspération du peuple ». Ce mea culpa, un peu tardif, est un premier pas vers la lucidité. Il ne faut jamais sous-estimer l’exaspération du peuple. Ca se termine généralement très mal.
Naturellement, il est toujours difficile de quantifier le degré d’exaspération d’un peuple et on peut parfois se demander ce qu’est vraiment le peuple. A quel moment des gens qui auront été successivement inquiets, déçus, mécontents vont-ils basculer dans l’exaspération ? Quelques millions de pauvres types qui manifestent dans les rues représentent-ils « le peuple » ? Mais alors que faire de quelques milliers de privilégiés qui se gobergent sans pudeur ? Ne font-ils pas partie, eux aussi, du « peuple » ?
Cela dit, il est bien que le chef de l’Etat ait ainsi reconnu son erreur. On veut croire que désormais il va faire davantage attention à ce qu’on appelle « l’opinion publique », sortir un peu de son palais doré, de son entourage de courtisans et de ses certitudes toutes faites pour écouter « la rue », même si, bien sûr, ce n’est pas à elle de faire la loi.
D’ailleurs, il n’est pas nécessaire d’écouter les cris de la foule pour comprendre les raisons d’une éventuelle exaspération. Il suffit de consulter les dossiers et, avec eux, les chiffres. Pas seulement ceux des sondages, toujours aléatoires. Non, les chiffres du chômage, des jeunes diplômés sans emploi, des mal-logés, de tous ceux qui voient leur niveau de vie continuer à l’effondrer, des sans-espoir, des désespérés.
Avec aujourd’hui 70% d’opinions défavorables (record absolu toutes catégories) Sarkozy est convaincu que les seize mois qui nous séparent de l’élection présidentielle vont lui suffire pour remonter la pente. A coups de promesses alléchantes ou de projets fumeux, en nous parlant de la dépendance ou d’une suppression éventuelle de l’ISF et du bouclier fiscal ou, mieux encore, en proposant à Obama et à Jintao « une réforme du système monétaire international », avec « une taxe sur les transactions financières » et l’élaboration d’« un socle de protection sociale universel ».
On imagine déjà les éclats de rire des deux maîtres du G2, celui de Washington, roi du dollar, et celui de Pékin, empereur du développement économique accéléré.
Le malheur de Sarkozy c’est que, pour calmer l’exaspération des Français, il ne peut pas nous refaire « le coup de la rupture », comme en 2007. Cette fois, c’est Dominique Strauss-Kahn (ou Martine Aubry) qui pourra nous promettre monts et merveilles et il (ou elle) ne va sûrement pas s’en priver. Lui, le pauvre Sarkozy, va être jugé sur son bilan. Et il faut bien constater qu’avec application, acharnement, entêtement, il a tout fait précisément pour… exaspérer le peuple.
Seulement voilà, quand Sarkozy nous parle de l’exaspération du peuple qu’il a peut-être sous-estimée, c’est du peuple… tunisien dont il s’agit.
Certes, on ne va pas comparer la situation de la Tunisie et celle que nous connaissons chez nous. La dictature de Ben Ali n’avait rien à voir avec l’autoritarisme de Sarkozy, la corruption du régime tunisien était sans commune mesure avec les dérives de l’oligarchie qui règne chez nous, on ne peut pas mettre sur le même pied les privilèges scandaleux dont bénéficiait tout l’entourage du potentat tunisien avec les petits avantages dont peuvent éventuellement profiter les « copains du Fouquet’s », on ne peut pas dire que la presse française soit à la botte du pouvoir…
Mais l’exaspération n’est-elle pas ici aussi, de ce côté-ci de la Méditerranée ? Les Tunisiens qui ne pouvaient plus supporter Ben Ali prennent le risque de faire ressortir de leurs caches les Islamistes. Rien ne dit que les Français ne vont pas, eux, prendre le risque de faire ressortir de leurs oubliettes les socialistes…

Dans les rues de Tunis, on criait « Dégage, Ben Ali! ». Dans certains cortèges parisiens, on a entendu « Casse-toi, Sarko! »

24 Jan 2011 | Comments (4)

Rocard est un rigolo

On ne le savait pas et personne n’aurait pu l’imaginer. Il est vrai qu’avec sa tête sinistre et son ton péremptoire, il cachait bien son jeu. On ne l’a découvert qu’hier en lisant Le Monde. Mais c’est un fait : Rocard est, ou en tous les cas, est devenu… un rigolo.
Décidément, les parpaillots de notre monde politique sont de grands dissimulateurs. Couve de Murville était l’homme le plus drôle de l’entourage du Général. Mais il fallait le connaître d’un peu près pour l’apprécier. Jospin était, paraît-il et selon lui, « un austère » qui « se marrait ». Et voilà que Rocard nous dévoile qu’il est un comique. Pas troupier, mais presque.
En même temps, il y a toujours quelque chose de profondément pitoyable à voir un retraité, un petit vieux oublié de tous, faire le clown pour tenter d’attirer les regards. C’est même très triste.
Hier donc dans Le Monde, Michel Rocard nous proposait, pour faire face au chômage, à la crise et à tous nos malheurs, de… réduire la durée hebdomadaire du travail « à moins de 35 heures ».
L’ancien premier ministre de Mitterrand avait sans doute vu que le débat sur ces 35 heures avait été rouvert aussi bien par Jean-François Copé que par Manuel Valls, il n’avait pas bien compris ce que les deux quadras à la mode en ce moment proposaient mais il s’était dit que c’était peut-être le moment de sortir de son trou et de mettre son grain de sel sur ce sujet, histoire de revenir un instant sur le devant de la scène.
Sur ce plan là, il a réussi son petit coup. Toutes les radios du week-end ont fait allusion à son « idée ». Il aurait, évidemment, eu le même succès s’il avait proposé d’abaisser l’âge de la retraite à 55 ans ou, mieux, à 45 ans, ou s’il avait proposé de supprimer l’impôt sur le revenu ou s’il avait suggéré une augmentation générale et immédiate des salaires de 20 ou 30%.
Il est stupéfiant que personne dans son entourage ne lui ait jamais fait savoir que ces fameuses 35 heures étaient une catastrophe, qu’elles n’avaient permis aucune embauche (il suffit de voir notre taux de chômage), qu’elles coûtaient une fortune à l’Etat, qu’elles avaient fait perdre à l’économie française le peu de compétitivité qui lui restait encore, et qu’elles avaient prouvé -par l’absurde- ce que tous les spécialistes affirmaient depuis belle lurette : moins un pays travaille et moins il y a du travail à offrir à ses salariés.
Proposer de réduire encore la durée hebdomadaire du travail relève évidemment de la provocation la plus absurde.
Hier, nous évoquions ici même les méfaits de la démagogie et du populisme. Jamais jusqu’à présent, Rocard n’avait semblé pratiquer ces deux genres. On lui prêtait même plutôt le goût du parler vrai. Eh bien voilà que, l’âge venu, il se met à raconter n’importe quoi.

24 Jan 2011 | Comments (10)

Démagogie, populisme, démocratie

Marine Le Pen inquiète la droite, Jean-Luc Mélenchon inquiète la gauche. Il est évident que, lors des prochaines présidentielles, l’une va prendre des voix à Sarkoz et que l’autre peut en faire perdre à Strauss-Kahn (ou à Martine Aubry).
A ces inquiétudes s’ajoute de la mauvaise conscience. A droite, on regrette, évidemment mais un peu tard, d’avoir, par « inadvertance », laissé au Front National le monopole d’un certain nombre de sujets essentiels comme l’immigration ou la délinquance. A gauche, on a tout de même un peu honte d’avoir, par réalisme électoral, abandonné les grands principes « révolutionnaires » d’antan. Marine Le Pen rappelle à la droite ses lâchetés, Mélanchon à la gauche ses trahisons.
Du coup, à droite comme à gauche, on ressort les bonnes vieilles injures traditionnelles. Les mêmes, pour l’une comme pour l’autre. « Marine Le Pen, démagogue, populiste ! », « Mélanchon, démagogue, populiste ! ».
Qu’est-ce qu’un démagogue ? Qu’est-ce qu’un populiste ? Et, accessoirement, qu’est-ce qu’un démocrate ?
Un démagogue est celui (ou celle) qui promet tout et n’importe quoi aux électeurs mais… « rien que du bonheur ». Un populiste est le démagogue qui, en plus, caresse l’électeur dans le sens du poil, sans hésiter une seule seconde à flatter « ses plus bas instincts ». Un démocrate est le brave type qui dit la vérité, même s’il sait parfaitement que ce n’est pas forcément ce qu’attend l’électeur.
Exemples de démagogie : promettre au peuple qu’« en travaillant plus il gagnera plus », qu’on va réduire les déficits « sans augmenter les impôts » ou, si on préfère, qu’on va « ramener la retraite à 60 ans », maintenir la durée hebdomadaire du travail « à 35 heures » et « augmenter tous les salaires » (des petits).
Exemples de populisme : affirmer qu’on va « nettoyer la racaille au karcher », qu’on va désormais « choisir les immigrés », qu’on va faire la chasse aux Roms ou, si on préfère qu’on va « faire payer les riches ».
Le démagogue doit avoir un culot fou, le populiste doit avoir, en, plus, un peu de haine au ventre si ce n’est au cœur.
On peut naturellement être démagogue et populiste sans pour autant respecter la démocratie. Exemples : faire passer, en douce, au parlement, un mini-traité européen alors que le peuple avait, par referendum, très clairement refusé ce même texte, ou décider qu’on nommera soi-même les patrons de l’audiovisuel, ou exiger de la justice qu’elle étouffe des dossiers compromettants. Seuls ceux qui sont au pouvoir peuvent bafouer la démocratie. Les autres devant se contenter de faire de la démagogie ou du populisme.
Précisons que, si chacun peut faire, à sa guise, de la démagogie et du populisme, il est plus difficile d’avoir droit au qualificatif de démagogue et de populiste. Par définition, les démagogues sont toujours « ceux d’en face » et les populistes ceux qui ne jouent pas encore « dans la cour des grands ».
Sinon ce serait trop facile. Il suffirait de reprendre « tous » les programmes de « tous » les candidats à « toutes » les élections pour s’apercevoir que nous n’avons pratiquement que des démagogues à nous mettre sous la dent et que le populisme fleurit un peu partout dès qu’on aborde certains sujets un peu délicats comme celui des immigrés qui nous « envahissent » (Giscard), qui ont « une odeur » (Chirac) ou qui ne doivent pas dépasser « un seuil de tolérance » (Mitterrand).
Ces trois personnages ayant été au pouvoir ont eu le droit (légitime) de se faire traiter de démagogues par leurs adversaires, mais jamais de populistes. Ils jouaient dans la cour des grands. Allez, vous y retrouver !
Cela dit, mais qu’il fallait dire, et pour redevenir plus sérieux, il serait sans doute temps que le débat politique français arrive à l’âge adulte et cesse de ressembler aux ébats d’une cour d’école primaire où des gosses mal-élevés s’injurient à coup d’insultes dont ils ignorent généralement le sens.
« Fascistes », « cocos », « nazis », « bolchéviques », « démagogues », « populistes » n’ont plus guère de signification de nos jours alors qu’on ne sait même plus très bien ce que veut dire « droite » ou « gauche » et qu’on a complètement oublié le sens des mots « liberté » ou « égalité ».
Ce n’est pas à coups d’anathèmes qu’on peut combattre des idées même les pires. Affirmer que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélanchon sont des « populistes » ne fera jamais avancer le débat et risque même de leur apporter des voix. Les arguments ne manquent pas pour combattre leurs idées. C’est quand on n’a rien à répondre qu’on se réfugie dans l’injure.
La droite n’aurait-elle rien à répondre à Marine Le Pen ? La gauche serait-elle à court d’arguments devant Mélanchon ?

22 Jan 2011 | Comments (7)

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