Les blogs sont une invention merveilleuse. Ils permettent à chacun de dire ce qu’il a sur le cœur. C’est un défouloir indispensable par les temps qui courent. Ils ont remplacé avantageusement les bistrots de nos villages d’antan où nos aïeux pouvaient râler en toute impunité.
Ils permettent aussi de se faire des amis. Inconnus, cachés derrière des pseudonymes, mais qu’on retrouve régulièrement avec plaisir. Sur ce bien modeste blog (4 à 500 lecteurs, me dit-on) il y a maintenant quelques fidèles qui jouent le jeu, Houzi, Drazig, Dugas, Infraniouzes, Wassal, Massilian, Ravel, Jallas, Roqueplo et d’autres. Ce qui est bien c’est que nous ne sommes pratiquement d’accord sur rien si ce n’est sur une exigence absolue, celle de nous insurger contre l’intolérable. Cela crée le plus fort des liens.
Le drame de notre pays aujourd’hui est, sans doute, l’indifférence, la résignation, la soumission devant l’inacceptable. Le troupeau accepte sans broncher de se faire tondre, de se faire mener par des chiens de garde, d’aller droit vers l’abattoir.
Nous nous inclinons docilement devant ce que nos gardes-chiourmes nous présentent comme « le réalisme », « les lois des temps modernes », « les règles de la mondialisation » inévitable, la sacro-sainte « volonté des marchés ». Sans nous rendre compte que le « volontarisme » dont s’enorgueillissent nos bons maîtres n’est qu’un triste faux nez dont ils s’affublent pour cacher leur incompétence et leur ignorance, voire leur mépris des réalités.
Nous avons oublié que nous avions le droit, le devoir même, de tordre le cou aux mensonges, aux alibis, aux prétextes et même aux réalités quand elles sont trop insupportables et qu’il suffirait, précisément, d’un peu de volontarisme pour leur faire rendre gorge.
La bonne nouvelle de cette fin d’année c’est le succès que remporte depuis plusieurs semaines un petit livre sorti presque clandestinement et signé par Stéphane Hessel, ancien résistant, ancien ambassadeur mais entré dans l’oubli depuis longtemps. Le titre du petit bouquin explique à lui seul qu’il se soit vendu à plus de 500.000 exemplaires et soit en tête de toutes les ventes en librairies : « Indignez-vous ».
On peut ne pas être d’accord avec tout ce qu’écrit Hessel, incorrigible homme de gauche, mais que ce vieux monsieur de 93 ans, couvert d’honneurs après avoir connu toutes les horreurs du siècle passé, nous lance ce mot d’ordre et nous rappelle notre devoir d’indignation devant toutes les injustices, toutes les saloperies, toutes les trahisons qui massacrent, depuis si longtemps, notre République, notre Nation, notre civilisation est réjouissant.
C’est le jour des vœux. Nous allons entendre tout à l’heure, d’une oreille forcément incrédule, ceux du président de la République. Pour la quatrième fois, il va nous promettre une année de réformes, de baisse du chômage, de baisse de la délinquance, d’amélioration du pouvoir d’achat de chacun, d’amélioration de la compétitivité de notre économie. Des vœux « pieux » en forme de parjures dans la bouche de cet homme qui ne croit ni en Dieu, ni au Diable, ni même à l’Homme.
Le vrai vœu, « laïc » cette fois, que chacun devrait formuler ce soir pour notre pays n’est rien d’autre que le titre du livre de Stéphane Hessel, « Indignez-vous »
Indignons-nous ! A force, cela finira, peut-être, par réveiller le troupeau.
J’ajoute, bien sûr, pour tous les amis de ce blog des vœux plus personnels car cela fait bien longtemps que, nous, nous nous indignons. En vain jusqu’à présent, c’est vrai, mais sait-on jamais, à la longue…

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