Rien n’y fait, la dégringolade continue. Nicolas Sarkozy a encore perdu deux points dans le sondage Sofres que publie le Figaro d’aujourd’hui. Il n’y a plus que 24% des Français à lui faire confiance. 71% d’entre eux ne lui font plus confiance.
Un coup de barre à droite (avec le discours de Grenoble), un (faux) remaniement ministériel, un interminable plaidoyer à la télévision, la présidence du G20, des visites de terrain chez les agriculteurs, rien n’y a fait. Le président de la République qui se démène dans tous les sens comme un pantin désarticulé est de plus en plus rejeté par l’opinion.
A l’Elysée, certains se demandent, à la réflexion, s’il n’aurait pas fallu jouer « le virage social » en nommant Borloo à Matignon. Cela aurait donné un peu d’air frais, voire un semblant de souffle nouveau. D’autres évoquent avec nostalgie une nomination de Baroin qui aurait, elle, pu donner un petit « coup de jeune ».
Une chose est sûre : le départ des « exotiques » (Rama Yade et Fadela Amara) et des « traitres » (Kouchner et Bockel) n’a pas rassuré le cœur de l’électorat de droite que ces innovations médiatiques avaient scandalisé. Et l’arrivée du « vieux » Juppé ainsi que le retour à une gouvernance quasiment RPR ont laissé de marbre les Français qui ont haussé les épaules devant ce remaniement annoncé à grands renforts de tambours et de trompettes pendant des mois et qui s’est soldé par le renomination de Fillon et un petit jeu bien ridicule de chaises musicales.
Fillon en a d’ailleurs fait les frais lui aussi puisqu’il perd trois points d’opinions favorables, n’ayant plus la confiance que de 35% des Français.
Et Sarkozy ne bénéficie même pas des « turbulences » à gauche. Le mutisme prolongé de Strauss-Kahn, la candidature prématurée et intempestive de Ségolène Royal, la curieuse disparition de Martine Aubry ne lui rapportent rien.
C’est à croire que, pour les Français, les jeux sont faits. Quoi qu’on puisse leur raconter, ils semblent désormais convaincus que DSK sera bel et bien candidat aux primaires de gauche, qu’il l’emportera évidemment haut la main et qu’il sera élu, à une très large majorité, président de la République devant un Sarkozy qui aura été mis sur les genoux par une fin de quinquennat calamiteuse, avec des débats dévastateurs sur la protection sociale et la réforme de la fiscalité, et qui aura sans doute été achevé par la multiplication des candidatures à droite (Borloo, Villepin, Morin, Boutin, etc.).
Les « experts » rappellent que les présidents qui ont été réélus après un premier mandat (Mitterrand, en 1988, et Chirac, en 2002) l’ont été parce qu’ils n’étaient plus que des présidents de cohabitation et que le pouvoir était donc alors à Matignon, incarné par Chirac, en 88, et par Jospin, en 2002, lesquels ont été battus tous les deux. Le seul président « au pouvoir » à s’être représenté a été Giscard, en 1981, il a été battu.
Mais le cas de Sarkozy dépasse de beaucoup ces règles plus ou moins incertaines écrites par le passé. Les Français (ou du moins 71% d’entre eux) ne contestent plus son bilan, pourtant pitoyable, c’est lui qu’ils ne peuvent plus « sentir ». Sa vulgarité, son égocentrisme, son goût pour le fric et la dolce vita font honte à la droite, c’est-à-dire à son électorat. Aujourd’hui encore, on lui reproche la soirée du Fouquet’s qui restera comme le péché originel et indélébile du quinquennat.
On pourrait imaginer que dix-sept mois suffisent pour répondre à toutes les critiques sur une politique et éventuellement l’infléchir. Mais rien, aucune initiative audacieuse, aucun coup de barre à droite ou à gauche, ne pourra quoi que ce soit contre… la sarkophobie.
Quand ses derniers fidèles affirment qu’il a changé (ou qu’il va changer), les Français qui n’y croient plus répondent qu’il faut non pas changer « le » président mais changer « de » président. La dégringolade semble bien inexorable.

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