En principe, dans une démocratie, la police arrête les délinquants et les criminels puis la justice les punit « au nom du peuple » et selon les lois votées par le Parlement.
Hélas, en France, depuis quelques années et de plus en plus, on a bien l’impression que cette « coopération » entre police et justice pourtant indispensable à la sauvegarde de notre société ne fonctionne plus (si tant est qu’elle ait jamais fonctionné).
Les Français ont le sentiment que, pour « faire du chiffre » comme on le leur demande, les policiers, sûrs de bénéficier de toutes les impunités, en rajoutent, multiplient les « bavures » et dégainent un peu vide alors que, dans le même temps, les magistrats, revendiquant l’indépendance qu’on fait mine de leur attribuer, prennent un malin plaisir à acquitter ou à libérer les malfrats, voire les criminels que les policiers leur ont apportés sur un plateau.
Il suffit d’ailleurs de se rendre dans certains quartiers périphériques et hauts en couleurs pour s’apercevoir très rapidement que tous les policiers n’ont pas reçu la formation « civique » pourtant indispensable pour tout détenteur du pouvoir d’autorité. Certes, leur mission est particulièrement difficile dans ces zones de non-droit mais on remarque bien vite qu’en jouant ainsi aux cow-boys, ils chassent au moins autant « le bougnoule » et « le nègre » que le trafiquant de drogue ou le voleur de voitures.
Mais il suffit aussi de trainer un peu dans n’importe quel palais de justice pour s’étonner aussitôt de la mansuétude dont font preuve certains magistrats à l’égard de voyous notoires auxquels ils trouvent toutes les excuses en évoquant une enfance malheureuse ou un contexte économico-social difficile.
Toutes les enquêtes d’opinions prouvent qu’un grand nombre de policiers vote pour le Front National et qu’une très large majorité de magistrats vote à gauche pour ne pas dire à l’extrême gauche. Ceci explique peut-être cela. Et d’ailleurs on devine aisément quels peuvent être, a priori, les « sentiments politiques » de celui qui a eu « la vocation » d’entrer dans la police et de celui qui a choisi la magistrature. Mais il appartient justement à l’Etat de faire oublier à ses fonctionnaires leurs préférences idéologiques dès l’instant qu’ils ont à remplir leurs missions.
Or, il ne fait aucun doute que l’élection de Nicolas Sarkozy à la magistrature suprême n’a fait qu’aggraver cette guéguerre entre police et magistrats.
Voyant leur ancien ministre accéder à l’Elysée après avoir fait sa campagne sur le thème de la sécurité, les policiers ont cru que tout leur était désormais permis. Apprenant, stupéfaits, la nomination de Rachida Dati comme garde des Sceaux, les magistrats ont compris que le nouveau chef de l’Etat leur déclarait la guerre.
Tout s’est donc encore dégradé ces trois dernières années. Et la goutte d’eau a été, la semaine dernière, la condamnation par le tribunal de Bobigny à des peines de prison ferme de sept policiers.
Il faut dire que pour les magistrats l’occasion de « se payer des flics » (et du même coup le pouvoir incarné par l’ancien « premier flic de France ») était inespérée. Les sept policiers en question avaient, en effet, menti en accusant dans des procès-verbaux, c’est-à-dire sous la foi du serment, un pauvre type d’avoir foncé sur eux alors qu’en réalité c’était un de leurs collègues qui avait provoqué l’accident. Le pauvre type risquait la prison à perpétuité pour avoir tenté de tuer un représentant de l’ordre. De lourdes peines s’imposaient donc avec, bien sûr, la radiation à vie de ces policiers.
La solidarité syndicale jouant, des policiers ont manifesté leur indignation devant ce jugement et, c’était de bonne guerre, ont évoqué la mansuétude dont font preuve si souvent les magistrats à l’égard de vrais délinquants. Mais on aurait pu demander à ces syndiqués si des policiers faisant tout pour envoyer un innocent en prison « à perpette » ne sont pas des délinquants pour ne pas dire des criminels.
Naturellement, Brice Hortefeux qui n’en loupe jamais une a cru de son devoir de « premier flic de France » de se précipiter au secours des sept condamnés et de déclarer publiquement que ce verdict était « disproportionné ».
Le ministre de l’Intérieur ignore donc qu’il est interdit en France de commenter un jugement (a fortiori quand on est membre du gouvernement) et estime sans doute qu’un blâme aurait suffi pour punir ces sept ripoux.
Mais, surprise, Michel Mercier, l’inconnu que Sarkozy vient de caser place Vendôme pour consoler les centristes du départ de Borloo a réagi. Bravo ! Il a simplement rappelé qu’Hortefeux n’était pas ministre de la Justice et donc, en clair, qu’il aurait mieux fait de « fermer sa gueule ». On imagine déjà avec délectation l’ambiance qui va régner mercredi au Conseil des ministres.
Et puis –et c’est là tout le sel de l’histoire- Fillon est sorti du silence dans lequel, plus faussement modeste que jamais, il se terrait depuis sa re-nomination victorieuse à Matignon.
Le félin a d’abord semblé donner raison à Hortefeux (et à l’opinion publique) en rappelant : « La justice doit assurer la cohérence de la chaine pénale » et en poursuivant : « Le travail des policiers doit être suivi de jugements et les peines prononcées doivent être exécutées et prévenir la récidive » (ce même jour s’ouvrait le procès de l’assassin d’une jeune fille, récidiviste libéré avant d’avoir totalement purgé sa peine).
Mais ce que chacun retiendra c’est que le premier ministre a surtout donné raison à la justice en qualifiant lui-même « d’injustifiables » les faits reprochés aux sept policiers et en ajoutant : « L’honneur de la police exige un comportement exemplaire »
Avant de conclure : « J’appelle chacun à la raison, à la modération et au sens des responsabilités » ce qui visait évidemment beaucoup plus Hortefeux que Mercier.
Ce n’est pas la première fois que Fillon fait savoir le mépris dans lequel il tient « le meilleur ami du président ». On attend avec impatience la suite des événements. Sarkozy va-t-il défendre Hortefeux et les « flics » ou se souvenir qu’il est le garant de l’indépendance de la Justice ?
En tout état de cause, on est, hélas, obligé de constater une fois de plus qu’« il y quelque chose de pourri dans le royaume » en ce moment

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