Archives par moisdécembre 2010



Fillon et la solitude

Il y a des gens qui ne savent vraiment pas quoi faire de leurs journées. Prenez, par exemple, François Fillon.
On nous raconte que, depuis le remaniement et son maintien inattendu à Matignon, il a acquis une certaine « existence » et qu’il va enfin pouvoir remplir son rôle de premier ministre devant un président qui se lance en campagne électorale et qui aurait compris (le conditionnel s’impose) qu’il était suicidaire de toujours vouloir être seul sur scène.
Or, qu’a-t-il fait depuis que « les experts » nous ont affirmé qu’il devenait un « hyper premier ministre » ? Il a mouché son ministre de l’Intérieur qui avait, scandaleusement, pris la défense de flics ripoux condamnés par la justice pour avoir menti en accusant un pauvre type qui risquait, du coup, la prison à vie.
C’était très bien. Certains ont même dit que c’était là l’éveil d’un « courage » insoupçonné, vu que le ministre de l’Intérieur en question est le meilleur ami du président de la République et, à bien des égards, son porte-parole. En volant au secours de son garde des Sceaux (et de la Justice), Fillon était dans son rôle et défiait le chef de l’Etat par personne interposée.
Mais à part ça qu’a-t-il fait ? Eh bien, hier, il a annoncé quelle serait « la grande cause nationale » pour l’année 2011. C’est désormais la mode. On a des « journées » de ceci, des « journées » de cela, de la femme, du sida, de l’enfant, de la faim dans le monde, du vélo, des maladies incurables, de la biodiversité. Et des « années » de ceci ou de cela. Ca ne sert, bien sûr, à rien. En principe, ça devrait « éveiller les consciences » et « mobiliser » l’opinion sur un problème important. En fait, ça permet tout au plus à quelques associations de faire un peu parler d’elles.
Les grandes causes nationales ne manquent pas. Le chômage, la pauvreté, l’illettrisme, la compétitivité de notre économie, le logement, etc. Or, que nous a choisi Fillon ? La lutte contre… la solitude.
Certes, Gilbert Bécaud avait tort quand il chantait « La solitude, ça n’existe pas ». La solitude, ça existe bien et c’est un mal qui ronge de plus en plus notre société individualiste et égoïste. Dans les grands immeubles de nos grandes villes, on ignore jusqu’au nom de ses voisins qui peuvent mourir dans l’ignorance de tous. On l’a bien vu lors de la canicule et on pourrait le revoir par les grands froids d’aujourd’hui.
Mais quand un gouvernement décide de choisir une « grande cause nationale » c’est qu’il a en tête des solutions pour s’attaquer au problème. En 2010, la « grande cause nationale » fut « la violence faite aux femmes ». L’idée était bonne. Cela a permis de prendre quelques dispositions législatives contre les brutes qui maltraitent en toute impunité leur compagne.
Mais que peut donc faire le gouvernement contre la solitude ? Va-t-il subventionner les agences matrimoniales, les soirées de rencontres organisées dans certains dancings, les petites annonces un peu douteuses publiées dans une certaine presse ?
La solitude, c’est le résultat du mépris des autres, des faibles, des pauvres. Les milliardaires ont rarement à souffrir de la solitude. Leurs héritiers ne les abandonnent pas à l’indifférence.
La solitude des pauvres, des exclus, des laissés-pour-compte c’est le résultat du capitalisme devenu fou, diront certains. Le capitalisme a bon dos. Mais la solitude est, en tous les cas, le mal généré par une société où l’argent, le « gagner plus », le « toujours plus », le « fric » est devenu roi.
Or, qu’on le reconnaisse ou non, le règne de Sarkozy qui a commencé au Fouquet’s et qui se terminera par la « dolce vita » a été le triomphe de tous les égoïsmes. Le vieux (et un rien hypocrite) « aimez-vous les uns les autres » de notre culture judéo-chrétienne d’antan a été remplacé par le (bien maladroit) « travailler plus pour gagner plus » et, après Bolloré et son yacht, c’est Liliane Bettencourt et son île qui a été la vedette du quinquennat.
Le pauvre Fillon est un peu ridicule avec ses bonnes intentions.

23 déc 2010 | Comments (4)

Les crapules n’iront pas en prison !

Cette nuit, les débats à l’Assemblée ont été stupéfiants, honteux, déshonorants pour la démocratie française. Il ne faudra pas s’étonner si, un jour, des anarchistes rebalancent des bombes à l’intérieur de l’hémicycle. On comprend, en tous les cas, pourquoi l’absentéisme fait des progrès d’élection en élection.
Mais comment ont-ils osé ?
La discussion portait sur un texte prévoyant des sanctions pour un député « qui aurait omis sciemment de déclarer son patrimoine ou qui aurait menti sur ses revenus ». Les peines encourues étant de deux ans de prison, d’une amende de 30.000 € et d’une inéligibilité.
Quoi de plus normal ? On était même surpris d’apprendre ainsi que ces dispositions n’étaient pas prévues depuis longtemps. Comment un élu du peuple, chargé d’écrire les lois, de voter le budget de la Nation et de surveiller le gouvernement, pourrait-il mentir sur son propre patrimoine et ses propres revenus ?
Devant un tel texte, un vote à l’unanimité s’imposait, évidemment. C’était pour nos parlementaires, bien souvent soupçonnés et même accusés des pires vilenies, de toutes les combines et d’un bon nombre de magouilles, une merveilleuse occasion de prouver à l’opinion publique qu’ils étaient, en fait, de « braves types » (ce qui est parfois le cas), entièrement dévoués à la cause du pays (ce qui est déjà plus rare), incorruptibles et bien décidés à chasser sans pitié toute brebis galeuse qui aurait réussi à se glisser dans le troupeau.
Eh bien, pas du tout ! Christian Jacob, nouveau président du groupe UMP, a déposé un amendement (en accord avec Jean-François Copé, son prédécesseur et désormais patron de l’UMP elle-même) pour annuler toutes ces sanctions prévues par le texte. On en tombe à la renverse.
En clair, Copé, Jacob et une bonne partie des députés de la majorité (qui ont signé l’amendement) estiment « en leur âme et conscience » ( !) qu’un parlementaire peut parfaitement être une crapule avec un patrimoine douteux et des revenus cachés !
Ne parlons même pas de morale ce qui les ferait, sans doute, rire aux larmes mais faut-il qu’ils soient plus bêtes que nature pour ne pas comprendre qu’avec ce genre d’attitude ils scient la branche sur laquelle ils se gobergent avec tant de délectation. Ont-ils oublié l’effet pour le moins déplorable qu’avait provoqué l’autoamnistie qu’ils s’étaient déjà accordé voici quelques années. Cette fois, c’est mieux encore. C’est de l’amnistie préventive !
Certains de leurs collègues, de droite comme de gauche, ont tout de même compris la monstruosité de l’amendement. Cependant, comme il ne fallait pas faire perdre la face au nouveau président du groupe UMP, on a coupé la poire en deux. Les crapules n’iront pas en prison mais il leur faudra payer une amende et ils encourront des peines d’inéligibilité.
Le texte sera définitivement adopté en janvier prochain. On veut croire que d’ici là, certains auront réussi à ouvrir les yeux de leurs collègues.
Mais quelle honte !

21 déc 2010 | Comments (3)

Un sondage de plus

Encore un sondage de plus mais celui-ci est particulièrement intéressant. BVA a demandé, pour Les Echos, aux Français ce qu’ils pensaient de « l’impact de la politique du gouvernement sur le chômage ».
42% pensent que cet impact est « nul », 34% qu’il est « négatif », 17% qu’il est « positif » (7% ne se prononcent pas). 76% des Français pensent donc que la politique de lutte contre le chômage menée par Sarkozy-Fillon est inefficace, voire néfaste.
Quand on connaît les chiffres du chômage, on comprend ces résultats. Les Français ne sont plus dupes –si tant est qu’ils l’aient jamais été- des déclarations optimistes de nos dirigeants qui nous annoncent depuis des mois la sortie de la crise, la sortie du tunnel et la reprise économique. Ils savent parfaitement que nous en sommes toujours à 10% de chômeurs « officiels » et que si l’on tient compte de toutes les catégories des « demandeurs d’emploi » il y a plus de quatre millions de Français qui sont touchés par ce qu’on appelle pudiquement « la crise de l’emploi » Et toutes les promesses de Sarkozy, de Fillon, de Lagarde, de Wauquiez, de Bertrand et des autres n’y ont rien changé.
Selon ce même sondage, 68% des Français estiment d’ailleurs que, globalement, la politique économique actuelle est « mauvaise ». 25% la trouvent « bonne ». On peut s’étonner que certains de nos compatriotes semblent trouver « bonne » une politique qui pourtant à leurs yeux ne sert à rien pour lutter contre le chômage.
Or, et toujours selon ce sondage, la lutte contre le chômage reste la préoccupation majeure des Français. Avec 64% des réponses, elle arrive loin devant l’amélioration du pouvoir d’achat, 50%, et la réduction des inégalités, 31%. Plusieurs réponses étant possibles. La lutte contre l’insécurité n’arrive qu’à la 4ème place avec 31% des réponses.
S’il veut tenter de l’emporter en 2012, Nicolas Sarkozy ne pourra donc pas recommencer sa campagne de 2007. L’insécurité de fait plus partie des préoccupations essentielles des Français (qui ne sont pas pour autant satisfaits de la politique sécuritaire menée par le gouvernement) et ils ne rêvent plus de « travailler plus pour gagner plus » mais simplement d’avoir un travail.
Il ne fait aucun doute que cette condamnation sans appel de la politique économique du sarkozisme est une chance pour Dominique Strauss-Kahn.
Le directeur du FMI est auréolé d’une réputation de grand économiste. Tout le monde a oublié ses incartades, ses erreurs, ses 35 heures. A gauche, où on se mord encore les doigts d’avoir choisi Ségolène Royal en 2007, on ne se souvient que du brillant (mais éphémère) ministre des Finances de Jospin, à droite, où on regrette souvent d’avoir voté Sarkozy (mais on n’avait guère le choix) on apprécie sa rigueur et on commence à faire de lui un nouveau Delors, voire un nouveau Mendès-France.
La droite française a toujours été fascinée par certains personnages de la gauche auxquels elle attribuait toutes les qualités ne serait-ce que parce que la gauche elle-même les rejetait.
Toujours est-il que si, comme tout le laisse supposer, c’est bien l’économie qui sera au coeur de la campagne présidentielle, DSK aura un avantage considérable sur son adversaire dont les compétences en la matière (et le bilan) sont pour le moins contestables. Reste à savoir si, au préalable, l’économie aura été aussi au cœur des primaires de gauche.

21 déc 2010 | Comments (2)

Gbagbo sur les pas de… Sarkozy

Laurent Gbagbo, l’abominable potentat de Côte d’Ivoire, a été battu aux élections présidentielles auxquelles il ne pouvait plus échapper après avoir réussi à les retarder pendant plus de cinq ans. Les résultats du scrutin sont sans appel. Son adversaire, Alassane Ouattara, a obtenu 54% des voix.
Mais Gbagbo veut se maintenir au pouvoir en contestant ces résultats sous prétexte que Ouattara l’aurait emporté très largement dans les régions favorables à… Ouattara.
C’est évidemment scandaleux et la communauté internationale a parfaitement raison de menacer ce dictateur des tropiques des pires sanctions (notamment celle à laquelle il sera le plus sensible, le gel de tous ses avoirs à l’étranger) s’il continue ainsi à se cramponner au trône.
Cela dit, Nicolas Sarkozy était évidemment le plus mal placé pour lui intimer l’ordre de s’incliner devant la volonté populaire, au nom du respect de la démocratie.
D’abord, parce que la France est l’ancienne puissance coloniale de la Côte d’Ivoire et que, dans ces pays-là, dès que nous nous permettons d’ouvrir la bouche, nous sommes immédiatement taxés de néo-colonialisme. Cinquante ans après les indépendances, la francophobie reste l’une des armes de prédilection de tous ces régimes pour peu qu’ils aient à affronter la moindre difficulté.
De plus, nous avons de très nombreux compatriotes installés en Côte d’Ivoire et il est évident que Gbagbo va essayer de les désigner à la vindicte populaire pour apaiser la colère de ses partisans. Il n’était donc pas très malin de se montrer plus « pointilleux » sur les grands principes que les Nations-Unies, les Etats-Unis ou l’ensemble des pays européens.
Mais ensuite et surtout, parce que Nicolas Sarkozy est sans doute le chef d’Etat le plus mal placé de la planète pour reprocher à un de ses « collègues » de ne pas respecter les résultats d’une élection.
Gbagbo a été rejeté par 54% des Ivoiriens. 54%, c’est exactement le pourcentage des Français qui ont rejeté, en mai 2005, le traité instaurant une constitution européenne.
Or qu’a fait Sarkozy devant ce rejet très net par les Français de ce traité ? Il s’est assis dessus. Il a magouillé un « mini-traité » en tous points semblable à celui dont nous n’avions pas voulu et il l’a fait passer en douce non pas devant les électeurs (ce qui aurait été la moindre des choses) mais devant le Parlement qui lui était totalement acquis.
On peut penser ce qu’on veut de la construction de l’Europe, de la Constitution de Giscard et du mini-traité de Sarkozy mais l’adoption du traité de Lisbonne par le Parlement a été une violation évidente de toutes les règles de la démocratie.
A ceux, bien rares, qui se sont permis de le lui faire remarquer, Sarkozy a toujours répondu que l’Europe était la meilleure chance pour la France et que 54% de « non » ce n’était pas un raz-de-marée. Bagbo affirme aujourd’hui qu’il est la meilleure chance pour la Côte d’Ivoire et que 54%, ça ne veut rien dire.
Personne n’aurait, bien sûr, l’idée (sacrilège) de comparer Nicolas Sarkozy à Laurent Gbagbo. Mais on comprend que le tyranneau ivoirien rigole quand il entend Sarkozy lui donner des leçons de démocratie…

20 déc 2010 | Comments (4)

Le bêtisier de l’année

C’est devenu une tradition. Dès que nous entrons dans ce qu’on appelait autrefois « la trêve des confiseurs », toutes les chaines de télévision nous offrent le même programme, « le bêtisier de l’année ». On y voit des présentateurs pris d’un fou rire malencontreux ou des invités rater une marche en pénétrant sur le plateau. Cela prête à sourire mais c’est un peu répétitif.
Beaucoup plus intéressant serait de nous présenter « un vrai bêtisier de notre personnel politique », c’est-à-dire le rappel de toutes les bourdes, de toutes les âneries, de toutes les absurdités, de toutes les monstruosités qu’ils ont proférées au cours des douze derniers mois. Et on pourrait même –puisqu’on a la manie de ce genre d’enquête d’opinion- demander aux téléspectateurs d’élire celui qui aura été, à leurs yeux, « le plus con de l’année », pour reprendre un terme cher au chef de l’Etat.
La compétition serait, bien sûr, acharnée et l’animateur de l’émission pourrait, cette année, se féliciter du nombre et de la qualité des candidats.
En bas du classement, on trouverait sans doute quelques demi-pointures, Christian Blanc et son cigare, Roselyne Bachelot et son traitement de la grippe, Estrosi et ses voyages en jets privés, Christine Lagarde et ses prévisions optimistes, Morin et ses ambitions présidentielles.
Mieux classés, apparaitraient, au coude à coude, Eric Woerth et Brice Hortefeux. Le premier a tout de même tenu la vedette de l’actualité pendant des mois en jurant ses grands dieux et contre toute évidence qu’il ne connaissait ni Liliane Bettencourt ni Maistre ; le second a multiplié, avec une constance soutenue, les déclarations maladroites ce qui lui vaut d’être aujourd’hui le seul ministre de la République en fonction à avoir été condamné à deux reprises par les tribunaux.
Woerth est, évidemment, indéfendable. Sans parler du racket qu’il avait organisé avec « les généreux bienfaiteurs » de l’UMP, ni de ses magouilles à propos d’un champ de courses ou du ministère de la Marine, l’embauche de son épouse par le conseiller financier de la femme la plus riche de France suffit à prouver que son inconscience atteint les sommets de la pire des bêtises.
Hortefeux, lui, est, il faut bien le reconnaître, victime d’une injustice. Tout le monde réclame aujourd’hui sa démission du gouvernement parce qu’il a été condamné, en juin dernier, pour des propos racistes tenus devant un militant UMP d’origine arabe et, cette semaine, pour avoir porté atteinte à la présomption d’innocence d’un ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie. Or, ce ne sont là que des peccadilles. Les propos racistes relevaient des plaisanteries de garçon de bains, habituelles au régime actuel, et l’innocence du conseiller d’Alliot-Marie est pour le moins sujette à caution.
En fait, Hortefeux aurait dû être viré depuis très longtemps du gouvernement pour son incompétence notoire et son incarnation d’une droite détestable qui a inventé notamment la « présomption de culpabilité » (sic !), la chasse aux Roms et la défense des flics ripoux.
Et puis on arrive à la tête du classement. A tout seigneur, tout honneur. Il ne fait aucun doute -et chacun le regrettera profondément- que cette année 2010, troisième de son règne, Nicolas Sarkozy s’est surpassé.
La gestion du remaniement ministériel restera dans les annales. Annoncé cinq mois à l’avance ce qui a permis de tétaniser le gouvernement pendant d’interminables semaines et d’aviver toutes les haines au sein de l’équipe au pouvoir, il s’est limité au départ de ceux qu’on considérait (peut-être à tort) comme les meilleurs et qui étaient, en tous les cas, les plus populaires, Jean-Louis Borloo, Rama Yade, Kouchner et à l’arrivée d’une « jeune » recrue, Alain Juppé dont on se demande encore ce qu’il vient faire dans cette galère.
Mais le remaniement n’a pas été la seule gestion calamiteuse de l’année. Tout le monde est d’accord, la réforme des retraites était indispensable. Et chacun aurait parfaitement accepté qu’on augmente le nombre d’années nécessaires pour avoir une retraite à taux plein, pour peu qu’on tienne compte de la « pénibilité » et de certains cas particuliers. Cette réforme aurait dû passer avec, tout au plus, un petit baroud d’honneur des syndicats
Mais Sarkozy a voulu faire preuve de « volontarisme » en jouant la provocation et en s’attaquant, bêtement, au tabou des 60 ans. Du coup, des millions de gens sont descendus dans la rue à six reprises.
On pourrait naturellement trouver bien d’autres « bêtises présidentielles » de l’année. On pense à la gestion de l’affaire de Karachi, à l’appel dans l’affaire Clearstream ou aux rodomontades à relents xénophobes du discours de Grenoble, par exemple.
Mais il serait profondément injuste de limiter ce « Top 10 » de la bêtise à nos seuls ténors de droite. Ségolène Royal y a toute sa place, très légitimement. Qu’elle fasse tout pour faire perdre son camp lors des prochaines présidentielles, on peut le comprendre et même l’en remercier. Mais de-là à annoncer sa candidature à la candidature, il y a un pas dans le ridicule qu’elle n’aurait jamais dû franchir.
Il serait intéressant de demander aux Français d’établir le bêtisier politique de leur choix. Nous pouvons toujours nous amuser à le faire sur ce petit blog. Ca donne un peu le cafard mais, en même temps, ça calme…

19 déc 2010 | Comments (2)

Réinstallons la guillotine place de la Concorde!

C’est une « affaire » dont on parlait déjà depuis quelque temps mais que le Nouvel Observateur de cette semaine révèle en détail. Une « affaire » ou plutôt un « scandale ».
On dira qu’il y a plus grave aujourd’hui. Oui et non. Car ce scandale éclaire d’une lumière crue le degré d’inconscience et, plus grave encore, de pourriture dans lequel a sombré notre régime.
En deux mots : le projet consiste à vendre (ou, pour être tout à fait exact, à louer pour… 99 ans) le ministère de la Marine, place de la Concorde, à un homme d’affaires qu’on dit « flamboyant » et qui, avec des capitaux du Golfe (sans doute du Qatar), veut transformer ce bâtiment historique de l’une des plus belles places du monde en… une galerie marchande, avec des magasins de grand luxe, et en un hôtel quatre étoiles, avec suites, piscine et grand restaurant.
C’est comme si l’Etat vendait Versailles à une chaîne de lupanars ou le Louvre à des organisateurs de soirées sadomasochistes. Et personne ne proteste !
Officiellement, on nous dit que le ministère de la Marine doit quitter la place de la Concorde en 2014 pour emménager, avec le ministère de la Défense (qui va quitter la rue Saint Dominique) et le ministère de l’Air (qui va quitter le boulevard Balard) dans une grand ensemble à construire dans la XVème arrondissement et qui regroupera les trois armes.
On peut déjà se demander si, en cette période d’austérité, c’est bien le moment de se construire un « Pentagone à la française ». Mais on nous affirme que la rationalisation permet de réduire les frais. Sans nous préciser toutefois ce que va coûter le dit « Pentagone », quelles seront les commissions, les pots de vin et les dessous-de-table…
On nous raconte aussi que l’Etat a besoin d’argent et que la « privatisation » de certains bâtiments publics (et historiques) permettra de remplir, en partie, des caisses vides. Quand on a 1.500 milliards de dettes, en est-on vraiment réduit à mettre en location nos plus beaux ministères ?
Mais c’est ici qu’on commence à patauger dans les combines, dans les magouilles, dans les scandales.
L’homme d’affaires « flamboyant » qui veut et sans doute va transformer le ministère de la Marine en galerie marchande s’appelle Alexandre Allard. Il a fait fortune « dans le net » (ce qui n’est jamais tout à fait net) mais s’est fait connaître en 2008, quand il a acheté l’hôtel Royal Monceau et qu’il a invité le Tout Paris (frelaté) à « une soirée festive de démolition », chacun des invités, en smoking et robe du soir, recevant une pioche et devant s’amuser, entre deux coupes de champagne, à casser le plus de murs, de meubles, d’installations possible. On voit le bon goût du bonhomme. Depuis, Allard a revendu le Royal Monceau à des Qataris (déjà) pour se lancer dans son projet de la place de la Concorde.
Mais comme il est malin et qu’il pouvait imaginer que son projet risquait de susciter quelques réticences, il s’est offert pour mener « l’opération Concorde » un agent de relations publiques en la personne de Renaud Donnedieu de Vabres dont il a même fait le numéro deux de son groupe.
Tout le monde a oublié que Donnedieu a été le ministre de la Culture de Raffarin et de Villepin ce qui lui a permis de monnayer l’ouverture d’une « annexe » du Louvre à Abu Dhabi (déjà le Golfe !). Mais personne n’ignore qu’il intéresse, en ce moment, particulièrement la justice qui enquête sur l’affaire des sous-marins pakistanais. En effet, en tant que « conseiller » du ministre de la Défense de l’époque, François Léotard, c’était lui, Donnedieu, qui gérait les commissions et peut-être bien les rétro-commissions…
Et ceux qui ont un peu de mémoire se souviennent que ce même Donnedieu a été condamné, en 2004, pour blanchiment d’argent dans le financement du Parti Républicain de ce même François Léotard qui a, lui aussi, été condamné.
Pour Allard, Donnedieu de Vabres était donc l’homme parfait pour mener à bien l’affaire de la place de la Concorde.
Il faut être juste, Donnedieu a bien travaillé. Au départ, ce n’était pas facile. D’abord, parce que, bien sûr, le ministère de la Marine était un monument historique classé. Ensuite, parce Chirac avait obtenu de Bouygues une « convention de mécénat » qui prévoyait que Bouygues finance et réalise la restauration de tous les salons du ministère et de sa façade.
Mais Donnedieu avait de… l’entre-gens. Il a donc obtenu, en 2007, de son copain Eric Woerth, ministre du Budget, une première décision plaçant (en douce) le ministère de la Marine parmi « les bâtiments dont l’Etat pouvait se séparer par mesures d’économie ». Puis, quelques semaines plus tard, il a obtenu que son copain Hervé Morin, devenu ministre de la Défense, (ils avaient été ensemble au cabinet de Léotard) accepte, sans broncher, de faire déménager, au plus tôt, le ministère de la Marine.
Ne restait plus qu’à affiner puis à imposer le projet. Donnedieu a trouvé deux spécialistes de renom : l’architecte Jean Nouvel (qui a imaginé un rez-de-chaussée avec trente boutiques, des salles de ventes pour Sotheby’s et Christie’s, une cour de galeries de tableaux et, dans les étages, 18 appartements, 74 suites, une piscine, un SPA) et le chef cuisinier Ducasse (qui a imaginé, lui, une « brasserie Louis XV » et un « restaurant Marie-Antoinette »). On marche sur la tête !
Puis, Donnedieu a fait jouer à fond son carnet d’adresses car il fallait tout de même faire semblant de l’emporter au moment de « l’appel à projets » que le gouvernement était obligé de lancer.
Et question « lobbying », Donnedieu s’y connaît puisqu’aujourd’hui, parmi les partisans de cette opération stupéfiante, on trouve pêle-mêle : les deux âmes damnées de l’Elysée, Guéant et Guaino, Christine Lagarde, François Pinault, Martin Bouygues, Jacques Séguéla, Pierre Bergé, Claire Chazal, Marc-Olivier Fogiel et même… Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre.
Donnedieu affirme désormais que ce projet « qui va redonner à Paris un cœur qui bat plus fort » (sic !) est soutenu par l’Elysée, c’est-à-dire par « les » Sarkozy, par le ministère de la Culture, c’est-à-dire par Frédéric Mitterrand, et par l’Hôtel de Ville de Paris, c’est-à-dire par Delanoë.
L’idée de transformer ce monument historique, chef d’œuvre de l’architecture du XVIII, en un souk pour milliardaires du Golfe devrait déjà susciter l’indignation. Mais qu’on retrouve, en plus et comme par hasard, dans cette affaire, tous les magouilleurs du régime donne carrément la nausée.
Par moments, on se dit qu’il faudrait vite réinstaller la guillotine place de la Concorde, justement devant ce ministère de la Marine. Et s’en servir…

18 déc 2010 | Comments (11)

En attendant Dodo

Il paraît, si l’on en croit le Figaro d’aujourd’hui, que Nicolas Sarkozy est content. De lui. C’est une bonne nouvelle. Cela fait tout de même quelqu’un de content dans le pays. Et comme on peut, sans doute, ajouter Etienne Mougeotte, le directeur du Figaro, cela fait deux personnes.
On comprend d’ailleurs que le président soit satisfait. Il a joué très fin. Il voulait se débarrasser de Fillon qui commençait à lui faire vraiment trop d’ombre, il voulait amorcer un virage social avec Borloo pour lancer sa campagne électorale de 2012, il voulait sortir de son chapeau une équipe gouvernementale surprenante avec de nouveaux visages et une surreprésentation des familles « cousines » de la majorité…
Finalement, il a gardé Fillon, Borloo est parti en claquant la porte, et pour rajeunir son gouvernement, Sarkozy n’a trouvé que Juppé alors que, pour l’élargir, il n’a pu dénicher que Michel Mercier.
Mais, jouant à la fois de la méthode Coué et de l’autosatisfaction élémentaire, il est content. Il déclare à ses confidents qu’« il vaut mieux avoir Fillon dedans que dehors », que « les Français sont plus préoccupés par l’insécurité que par le social », que « Juppé rassure l’électorat de droite » et qu’« entre les socialistes et le Front national, les centristes seront bien obligés de voter Sarkozy ». Tout va très bien, Madame la Marquise ! Et si les Français n’ont pas de pain qu’on leur donne de la brioche!
Il a beaucoup ri, paraît-il, quand il a appris que Rama Yade (qui fut longtemps le personnage politique le plus populaire de France) avait rejoint les radicaux de Borloo et que Fadela Amara allait, sans doute, en faire tout autant. Là, il a peut-être, tort. Si jamais tous les déçus, tous les dépités, tous les vexés, tous les aigris, tous les désespérés du sarkozisme rejoignent le petit parti de Borloo, ce parti radical pourrait redevenir le plus grand parti de France, comme il le fut, il y a très longtemps.
Mais, en fait, en jouant ainsi l’immobilisme, Sarkozy, grand amateur de cyclisme s’il en est, a changé… de braquet. Il n’est plus le « routier » spécialiste des épreuves de montagne ou contre la montre, il devient le « pistard » condamné à tourner en rond dans le vélodrome. Or, on le sait, le grand art des « pistards » est de rester parfaitement immobile, debout sur leurs pédales, en attendant que l’autre, le concurrent, l’adversaire finisse par démarrer pour se jeter à sa poursuite et le doubler dans le dernier virage, voire dans la dernière ligne droite. Cela fait partie des règles essentielles de l’art des « pistards ».
Sarkozy est donc debout sur ses pédales, maîtrisant un sur-place parfait, et attend que l’autre s’élance. Mais l’autre est toujours… à Washington, tranquille et bien au chaud.
Il est évident que, debout sur ses pédales, Sarkozy risque, un jour ou l’autre, de perdre son équilibre et que le public dans les gradins pourrait bien finir par s’impatienter.
Certains experts nous disent que Dominique Strauss-Kahn a tort de faire ainsi lanterner ses partisans et de jouer les stars qui, à force de se faire désirer, risquent de se faire oublier.
Mais, en fait, DSK joue de main de maître. C’en est même machiavélique.
Tant qu’il ne sera pas descendu sur la piste, personne ne pourra vraiment l’attaquer alors que tous ses éventuels rivaux, aussi bien à l’intérieur du PS qu’à l’extérieur, vont s’étriper et que Sarkozy va continuer à se faire éreinter par toutes les réalités quotidiennes.
Tant qu’il sera le patron du FMI, personne ne pourra rappeler qu’il est un socialiste convaincu, père des 35 heures et d’un bon nombre de « monstruosités » de la Jospinie.
Tant qu’il ne se sera pas prononcé et même si personne ne met une seule seconde en doute qu’il sera bel et bien candidat, c’est lui, et lui seul, qui maîtrise non seulement le calendrier des présidentielles de 2012 mais aussi leur scénario.
Aussi content soit-il de lui-même, Sarkozy sur son vélo et déjà en pré-campagne est obligé de jouer « En attendant Dodo ». On raconte que certains « pistards » sont devenus fous à force d’attendre que l’autre ne démarre…

17 déc 2010 | Comments (3)

Drapeau vert et chiffon rouge

Aussi curieux que cela puisse paraitre, la laïcité reste un très bon filon pour nos politiciens en mal d’imagination.
L’affaire de la burqa a animé notre vie politique pendant de longues semaines. Cette histoire de voile intégral ne concernait pourtant que deux mille bonnes femmes (le plus souvent des Française « de souche » récemment converties) généralement perdues dans des quartiers « pourris » mais elle est devenue « une cause nationale », comme si ces quelques petites pétroleuses de l’Islam mettaient vraiment en péril la République et la Nation.
Du coup, dans une surenchère démagogique (Copé voulant en faire encore plus que Sarkozy) nous n’avons pas hésité à piétiner notre grand principe de liberté –chacun ayant le droit de s’habiller comme il l’entend dès lors qu’il n’y a pas atteinte à la pudeur- en nous drapant dans les oripeaux de cette fameuse laïcité. On va voir ce que donnera cette loi d’interdiction dans les mois à venir et comment les policiers géreront les « délinquantes » qu’on a ainsi, bien maladroitement, transformées en martyres de leur foi.
Marine Le Pen qui est surement plus astucieuse qu’on ne le dit a parfaitement compris que le drapeau vert de l’Islam pouvait servir de chiffon rouge pour réveiller l’électorat. Elle vient de nous sortir « l’affaire des prières dans la rue ».
Sur le fond, elle a raison. Si les bonnes femmes en burqa pouvaient être choquantes à l’oeil, il est totalement inadmissible que nos rues soient coupées à la circulation pour que des fidèles s’y livrent à leurs pratiques.
Certes, on dira qu’il ne s’agit que de quelques cas assez rares (deux ruelles à Paris, trois à Marseille) et que les Musulmans manquent de lieux de culte. Il n’empêche. Faute de mosquées, ils pourraient très bien louer des salles privées pour y faire leurs prières du vendredi. La burqa ne gênait personne, ces démonstrations de foi sur la voie publique gênent tout le monde.
Mais ne soyons pas par trop naïfs. Et même si « le politiquement correct » interdit de le dire, reconnaissons que, comme la burqa, ces prières dans la rue sont, avant tout, une « provocation » des musulmans qui entendent ainsi nous faire bien comprendre qu’« ils sont chez eux chez nous ».
Toute la question est là. Or, qu’on le veuille ou non, dans leur très grande majorité, ces musulmans sont effectivement chez eux en France puisqu’ils sont bel et bien de nationalité française et qu’il est –heureusement- interdit d’établir la moindre discrimination entre les citoyens français en vertu de leurs croyances.
C’est ici que la laïcité, chère à nos vieux Francs-maçons du début du XXème siècle, réapparait. Tous les Français sont égaux devant la loi quelle que soit leur religion, chacun peut pratiquer le culte qu’il souhaite mais la foi personnelle n’a pas à entrer dans le domaine public. Les rues font partie du domaine public.
La « sortie » de Marine Le Pen a, évidemment provoqué des remous dans toute la classe politique. A droite comme à gauche, on a vite compris qu’elle avait touché juste et qu’une grande majorité des Français lui donnait –sur cette affaire- entièrement raison.
Au PS, on a reconnu que ces prières dans la rue n’étaient pas acceptables. Benoit Hamon, le porte-parole du PS, a dit « pas tolérables ». A l’UMP, on a réagi en affirmant qu’il fallait ouvrir « un grand débat sur la laïcité » (Gérard Larcher) ou « sur l’identité nationale » (Jean-François Copé). En clair, après s’être indigné des propos de la fille de Jean-Marie Le Pen (qui, il est vrai, avait été jusqu’à évoquer l’occupation, ce qui était beaucoup) tout le monde lui donne raison, en brandissent le mot laïcité.
Mais nos responsables politiques semblent ignorer une évidence qui gâche tout : la laïcité est incompatible avec l’Islam. Et ceux qui nous rebattent les oreilles, depuis des années, avec leur rêve fumeux d’un « Islam à la française », ne veulent toujours pas savoir que, pour un « bon » musulman, le Coran, avec toutes ses interprétations les plus diverses, sera toujours plus important que tous nos grands principes républicains, nos constitutions, nos lois.
Même français à part entière, le musulman, pour peu qu’il soit vraiment pratiquant, reste « étranger » à notre civilisation des Lumières, à notre culture des Droits de l’homme, de l’égalité entre hommes et femmes, de la démocratie. C’est bien dommage, mais c’est comme çà.
Opposer la laïcité aux fanatiques islamiques et a fortiori « islamistes » (« le fanatisme, c’est la foi de l’autre » disait joliment Bernanos) c’est donc, en fait, ouvrir la porte à la xénophobie puisque celui qui refuse la laïcité ne fait plus partie de la communauté nationale. Il faut faire attention.
Lancer un grand débat sur la laïcité ou l’identité nationale serait absurde et dangereux car tout dégénérerait très rapidement puisque, dans un cas comme dans l’autre, cela consisterait à exclure quelques millions de nos concitoyens. Les tentatives avortées de Besson viennent de le prouver.
Pour mettre un terme au spectacle, en effet, inacceptable de ces fidèles priant Allah dans nos rues, ce n’est pas la peine d’évoquer nos grands principes. Il suffit de faire appliquer au pied de la lettre… les règles de la circulation qui interdisent à n’importe qui de bloquer une rue.
Arrêtons d’évoquer la laïcité dont ne veulent pas entendre parler les pratiquants de « la deuxième religion de France », méfions-nous de toute dérive vers la xénophobie, contentons-nous d’être intransigeants avec… le code de la route.
N’agitons pas le chiffon rouge du drapeau vert.

16 déc 2010 | Comments (4)

Marine Le Pen et l’Occupation

Marine Le Pen s’est lancée dans deux campagnes à la fois. Une première devant les militants du Front National pour se faire élire présidente du FN et succéder à son père. Là, les résultats ne font guère de doute. Au FN, on a le sens de la famille. Et une seconde campagne, cette fois nationale, carrément pour les présidentielles, avec, bien sûr, pour ambition de réitérer l’exploit de son père en 2002, être présent au second tour. Là, les choses seront, peut-être, un peu plus difficiles.
Ces deux campagnes sont évidemment difficiles à mener en parallèle. Pour les militants du FN, Marine Le Pen doit apparaître en « digne fille de son père ». Or, on lui a reproché de vouloir adoucir le FN, arrondir les aspérités, le rendre fréquentable. Pour les vieux Lepenistes, nostalgiques de Pétain et de l’OAS selon les générations, elle est soupçonnée des pires trahisons. Il lui faut donc prouver qu’elle ne fait pas du Le Pen « light » et qu’elle aussi sait manier la provocation en clamant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Mais, en même temps, si elle veut battre les records électoraux de son père sur le plan national, elle doit, effectivement, offrir une image nouvelle, plus respectable de l’extrême-droite, éviter tous les dérapages qui, certes, ont fait la fortune de son père mais qui l’ont fait accuser du pire des racismes et de la pire des xénophobies et l’ont mis au ban de notre vie politique. C’est plus délicat.
La semaine dernière, s’adressant à des militants du FN et, de plus, à Lyon, c’est-à-dire dans le fief de son adversaire pour la présidence du parti, Bruno Gollnisch, elle a évoqué les foules musulmanes qui, le vendredi matin, envahissent les alentours des mosquées (trop petites) pour faire, en pleine rue, leurs prières. Et elle a affirmé que ces scènes ressemblaient à une « occupation ». Tout le monde a compris qu’elle voulait dire que le spectacle de ces musulmans dans nos rues rappelaient l’Occupation nazie. Ce qu’elle n’avait pas dit textuellement. Mais en France le seul mot d’ « occupation » renvoie immédiatement aux années les plus noires de notre Histoire.
Depuis c’est un tollé de protestations, d’indignation.
Autant dire que Marine Le Pen a parfaitement réussi son coup et que tous les autres ont sauté à pieds joints dans le piège qu’elle leur avait tendu.
D’abord, parce qu’ils lui ont donné une publicité inespérée. Grâce à cette petite phrase mais surtout grâce aux réactions scandalisées de toute la classe politique, de l’UMP au PS, Marine Le Pen fait la « une » de l’actualité. Mieux que si Drucker lui avait accordé tout un dimanche après-midi sur la chaîne publique. Notre personnel politique « de bon ton » n’a toujours pas compris qu’en diabolisant le Front National au moindre mot un peu indélicat il le renforçait dans une opinion publique qui ne supporte plus ce que les Le Pen père et fille appellent, assez drôlement, l’UMPS.
Ensuite, parce que personne ne peut contester que ce spectacle de milliers de musulmans priant dans nos rues a, en effet, quelque chose de… dérangeant, même si personne n’ose le dire.
Le mot « occupation » était évidemment de la provocation savamment préparée. Mais il y a plus de trente ans un président de la République qui s’appelait Valéry Giscard d’Estaing avait parlé d’« invasion » à propos de cette même immigration. Son successeur, François Mitterrand avait, lui, affirmé qu’il y avait « un seuil de tolérance » à ne pas dépasser et l’avait fixé à 10%. Seuil très largement dépassé aujourd’hui dans certaines communes françaises. Quant au successeur du successeur, Jacques Chirac, il s’était rendu célèbre pour avoir parlé de « l’odeur » que dégageaient ces immigrés.
Or, ni Giscard, ni Mitterrand, ni même Chirac n’avaient provoqué un tel tollé, même si certaines associations « spécialisées » avaient dénoncé ces « dérapages ». Pourquoi faut-il que notre classe politique unanime fasse ainsi de Marine Le Pen la seule porte-parole d’un problème bel et bien réel, qui se pose à tous et qui inquiète une grande partie de l’opinion française, l’intégration dans notre société du flot des immigrés ?
Laurent Fabius avait eu raison le jour où il avait déclaré : « Le Front National pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses ». Le drame de toute notre classe politique, de la droite à la gauche, c’est que non seulement ils n’ont pas su apporter la moindre réponse à ce problème mais qu’ils n’ont même pas osé poser la question. Et le fiasco des tentatives de Sarkozy, avec son pitoyable débat sur l’identité nationale, a bien prouvé ce manque de courage.
Tant que nos hommes politiques « fréquentables » n’auront pas le courage de dire clairement ce qu’ils comptent faire de nos immigrés, quelle place leur accorder, quels droits leur concéder, quelles obligations leur imposer, le Front National pourra attiser toutes les inquiétudes et les pires sentiments plus ou moins refoulés d’une opinion publique aujourd’hui désemparée par toutes les crises qui l’assaillent.
En lui laissant, comme toujours, par peur du qu’en dira-t-on, de la tyrannie de la pensée unique, le monopole de ce dossier, notre faune politique rouvre un boulevard devant Marine Le Pen.
On comprend que certains imaginent déjà, avec angoisse, un 21 avril « à l’envers » (ou pourquoi pas à l’endroit) en 2012. Mais ils l’auront bien cherché.

14 déc 2010 | Comments (15)

Quand Fillon mouche Hortefeux

En principe, dans une démocratie, la police arrête les délinquants et les criminels puis la justice les punit « au nom du peuple » et selon les lois votées par le Parlement.
Hélas, en France, depuis quelques années et de plus en plus, on a bien l’impression que cette « coopération » entre police et justice pourtant indispensable à la sauvegarde de notre société ne fonctionne plus (si tant est qu’elle ait jamais fonctionné).
Les Français ont le sentiment que, pour « faire du chiffre » comme on le leur demande, les policiers, sûrs de bénéficier de toutes les impunités, en rajoutent, multiplient les « bavures » et dégainent un peu vide alors que, dans le même temps, les magistrats, revendiquant l’indépendance qu’on fait mine de leur attribuer, prennent un malin plaisir à acquitter ou à libérer les malfrats, voire les criminels que les policiers leur ont apportés sur un plateau.
Il suffit d’ailleurs de se rendre dans certains quartiers périphériques et hauts en couleurs pour s’apercevoir très rapidement que tous les policiers n’ont pas reçu la formation « civique » pourtant indispensable pour tout détenteur du pouvoir d’autorité. Certes, leur mission est particulièrement difficile dans ces zones de non-droit mais on remarque bien vite qu’en jouant ainsi aux cow-boys, ils chassent au moins autant « le bougnoule » et « le nègre » que le trafiquant de drogue ou le voleur de voitures.
Mais il suffit aussi de trainer un peu dans n’importe quel palais de justice pour s’étonner aussitôt de la mansuétude dont font preuve certains magistrats à l’égard de voyous notoires auxquels ils trouvent toutes les excuses en évoquant une enfance malheureuse ou un contexte économico-social difficile.
Toutes les enquêtes d’opinions prouvent qu’un grand nombre de policiers vote pour le Front National et qu’une très large majorité de magistrats vote à gauche pour ne pas dire à l’extrême gauche. Ceci explique peut-être cela. Et d’ailleurs on devine aisément quels peuvent être, a priori, les « sentiments politiques » de celui qui a eu « la vocation » d’entrer dans la police et de celui qui a choisi la magistrature. Mais il appartient justement à l’Etat de faire oublier à ses fonctionnaires leurs préférences idéologiques dès l’instant qu’ils ont à remplir leurs missions.
Or, il ne fait aucun doute que l’élection de Nicolas Sarkozy à la magistrature suprême n’a fait qu’aggraver cette guéguerre entre police et magistrats.
Voyant leur ancien ministre accéder à l’Elysée après avoir fait sa campagne sur le thème de la sécurité, les policiers ont cru que tout leur était désormais permis. Apprenant, stupéfaits, la nomination de Rachida Dati comme garde des Sceaux, les magistrats ont compris que le nouveau chef de l’Etat leur déclarait la guerre.
Tout s’est donc encore dégradé ces trois dernières années. Et la goutte d’eau a été, la semaine dernière, la condamnation par le tribunal de Bobigny à des peines de prison ferme de sept policiers.
Il faut dire que pour les magistrats l’occasion de « se payer des flics » (et du même coup le pouvoir incarné par l’ancien « premier flic de France ») était inespérée. Les sept policiers en question avaient, en effet, menti en accusant dans des procès-verbaux, c’est-à-dire sous la foi du serment, un pauvre type d’avoir foncé sur eux alors qu’en réalité c’était un de leurs collègues qui avait provoqué l’accident. Le pauvre type risquait la prison à perpétuité pour avoir tenté de tuer un représentant de l’ordre. De lourdes peines s’imposaient donc avec, bien sûr, la radiation à vie de ces policiers.
La solidarité syndicale jouant, des policiers ont manifesté leur indignation devant ce jugement et, c’était de bonne guerre, ont évoqué la mansuétude dont font preuve si souvent les magistrats à l’égard de vrais délinquants. Mais on aurait pu demander à ces syndiqués si des policiers faisant tout pour envoyer un innocent en prison « à perpette » ne sont pas des délinquants pour ne pas dire des criminels.
Naturellement, Brice Hortefeux qui n’en loupe jamais une a cru de son devoir de « premier flic de France » de se précipiter au secours des sept condamnés et de déclarer publiquement que ce verdict était « disproportionné ».
Le ministre de l’Intérieur ignore donc qu’il est interdit en France de commenter un jugement (a fortiori quand on est membre du gouvernement) et estime sans doute qu’un blâme aurait suffi pour punir ces sept ripoux.
Mais, surprise, Michel Mercier, l’inconnu que Sarkozy vient de caser place Vendôme pour consoler les centristes du départ de Borloo a réagi. Bravo ! Il a simplement rappelé qu’Hortefeux n’était pas ministre de la Justice et donc, en clair, qu’il aurait mieux fait de « fermer sa gueule ». On imagine déjà avec délectation l’ambiance qui va régner mercredi au Conseil des ministres.
Et puis –et c’est là tout le sel de l’histoire- Fillon est sorti du silence dans lequel, plus faussement modeste que jamais, il se terrait depuis sa re-nomination victorieuse à Matignon.
Le félin a d’abord semblé donner raison à Hortefeux (et à l’opinion publique) en rappelant : « La justice doit assurer la cohérence de la chaine pénale » et en poursuivant : « Le travail des policiers doit être suivi de jugements et les peines prononcées doivent être exécutées et prévenir la récidive » (ce même jour s’ouvrait le procès de l’assassin d’une jeune fille, récidiviste libéré avant d’avoir totalement purgé sa peine).
Mais ce que chacun retiendra c’est que le premier ministre a surtout donné raison à la justice en qualifiant lui-même « d’injustifiables » les faits reprochés aux sept policiers et en ajoutant : « L’honneur de la police exige un comportement exemplaire »
Avant de conclure : « J’appelle chacun à la raison, à la modération et au sens des responsabilités » ce qui visait évidemment beaucoup plus Hortefeux que Mercier.
Ce n’est pas la première fois que Fillon fait savoir le mépris dans lequel il tient « le meilleur ami du président ». On attend avec impatience la suite des événements. Sarkozy va-t-il défendre Hortefeux et les « flics » ou se souvenir qu’il est le garant de l’indépendance de la Justice ?
En tout état de cause, on est, hélas, obligé de constater une fois de plus qu’« il y quelque chose de pourri dans le royaume » en ce moment

14 déc 2010 | Comments (4)