Il n’aura pas fallu bien longtemps. Il y a quinze jours, Bernard Kouchner se faisait virer du ministère des Affaires Etrangères qu’il occupait indûment depuis trois ans et voici déjà qu’on nous raconte que sa compagne officielle, Christine Ockrent, n’est rien d’autre qu’… une espionne. Mort aux virés !
D’après le magazine Marianne (qu’elle veut poursuivre pour diffamation), « la belle Christine », numéro deux de l’Audiovisuel Extérieur Français, serait mouillée dans une sombre affaire de piratage de fichiers informatiques. Une modeste collaboratrice de cet Audiovisuel Extérieur Français serait déjà poursuivie pour avoir détourné deux millions de fichiers plus ou moins secrets qu’on a découverts sur son ordinateur.
L’affaire est compliquée et il faut bien reconnaître que Marianne n’apporte pas de preuves convaincantes de la culpabilité d’Ockrent. Ce qui est amusant c’est de voir, une fois de plus, qu’il suffit d’être à terre pour se faire piétiner. Jamais personne n’aurait osé s’en prendre à Christine tant que Bernard était ministre. Voilà qui est très révélateur de nos mœurs.
Or, s’il est encore trop tôt pour savoir si Christine Ockrent est impliquée dans cette sombre affaire d’espionnage, cela fait très longtemps que la presse et l’opinion auraient dû s’insurger contre la situation de la brave dame.
La France entière s’est indignée –à juste titre- parce que Christian Blanc se faisait payer ses cigares par la République et parce que Eric Woerth avait fait obtenir à Maistre, embaucheur de se femme, la Légion d’Honneur. Mais personne ne s’était étonné que Christine Ockrent soit nommée, avec un salaire mirifique, numéro deux de cet AEF (regroupant France 24, RFI et une partie de TV5 Monde) qui dépend du… ministère des Affaires Etrangères. Cette nomination de Christine par Bernard était un scandale absolu.
Sur le coup, on nous avait raconté qu’il fallait réorganiser l’audiovisuel français à l’étranger afin que la voix de la France se fasse mieux entendre. Et il est vrai que dans cette guerre mondiale du petit écran, en face de CNN, de la BBC ou même d’Al Djezira, nous étions –et nous sommes toujours- totalement inexistants. Mais la France compte plus de 30.000 journalistes. Fallait-il vraiment choisir cette ancienne vedette du petit écran sous prétexte qu’elle était la mère des enfants du ministre ?
Personne n’a rien dit. Le couple faisait partie des « amis du président », c’est-à-dire du Tout Paris frelaté, de ces « peoples » qui n’hésitent jamais à se vautrer à la « une » des magazines sur papier glacé et de préférence dans leur résidence de l’Ile de beauté.
L’impunité dont a bénéficié ce couple people est d’ailleurs stupéfiante. Kouchner était encore, il y a quelques semaines, parmi « les personnalités préférées des Français » (liste dans laquelle il avait longtemps côtoyé l’Abbé Pierre et Sœur Emmanuelle !) et Ockrent était considérée comme « l’une des meilleures journalistes de la planète ».
Or, un livre épouvantable écrit par Péan avait révélé au grand public l’appât du gain et les compromissions du « French docteur » avec des laboratoires pharmaceutiques et tout le monde savait qu’il s’était fait payer (par Total) pour affirmer, dans un rapport stupéfiant, que l’épouvantable dictature birmane ne violait pas les Droits de l’Homme les plus élémentaires en utilisant des prisonniers politiques pour construire dans la jungle des pipe-lines. En principe, cela aurait dû discréditer à tout jamais Kouchner
Quant aux qualités journalistiques de celle qu’on avait appelée à l’époque de sa splendeur « la Reine Christine », elles étaient pour le moins contestées par les journalistes qui s’étaient trouvés à Téhéran lors de la Révolution islamique. Aucun d’entre nous n’avait oublié la honteuse interview qu’elle avait cru pouvoir faire de Hoveida, l’ancien premier ministre du Chah, dans sa cellule, à la demande des gardiens de la Révolution, et quelques instants avant son exécution. En principe, cela durait dû déconsidérer à tout jamais Ockrent.
Mais ils étaient, l’un et l’autre, à la mode. On leur pardonnait tout.
La roue vient de tourner. Le « french docteur » et la « reine Christine » n’étant plus en cour, on va pouvoir les lapider. C’est un peu tard.

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