Cette histoire de tempête de neige sur la région parisienne, de routes bloquées et d’automobilistes passant des heures dans leur voiture qui fait maintenant « la une » de toute la presse française depuis plus de trois jours est parfaitement grotesque.
Ce n’est pas au président de la République, chef de l’Etat, garant de la Constitution, chef des armées, etc. de s’occuper des intempéries et de leurs conséquences. Une fois de plus, Sarkozy n’a pas su rester à sa place. Il n’avait pas à se mêler de cette histoire. Pas plus d’ailleurs que le premier ministre. Et Fillon a été totalement ridicule en s’en prenant à la météo. Quant à Ségolène Royal, elle aurait évidemment, une fois de plus, mieux fait de se taire.
Il ne fait aucun doute que les services de l’Etat n’ont pas réagi à temps, l’autre soir. Mais, dans un pays « normal », un incident de ce genre se termine par le limogeage de deux ou responsables, le préfet de région, par exemple, le directeur de l’équipement de la région et le chef de service des chasse-neige.
Cette folle polémique est cependant tout à fait intéressante à observer.
Nous sommes en novembre et il neige. Rien d’extraordinaire. La météo l’avait d’ailleurs annoncé. Il neige beaucoup. Beaucoup plus que d’habitude et beaucoup plus que la météo ne l’avait annoncé. Les routes de toute la région parisienne sont donc bloquées. Les voitures dérapent dans les fossés, les camions se mettent en travers des routes. Toute la région est paralysée, à l’heure du grand retour chez eux des banlieusards. C’est « la barbe » pour des centaines de milliers de gens. Et ça va durer des heures, pratiquement toute la nuit.
C’est « la barbe », mais ce n’est pas « une catastrophe nationale », ce n’est pas « un drame ». Il n’y a pas eu de morts, ni même de blessés.
Or, très curieusement, la presse (populaire) et l’opinion s’en sont pris aussitôt à l’Etat, au gouvernement, à l’administration. Comme si vraiment l’Etat, le gouvernement et l’administration faisaient effectivement « la pluie et le beau temps ».
Cet Etat, ce gouvernement et cette administration sont incapables de lutter contre le chômage, contre la pauvreté, contre les déficits, contre la délinquance, contre l’immigration clandestine et on leur reproche de n’avoir pas pu empêcher… la neige de tomber.
On nous dit que dans certains pays nordiques, le sablage, les chasse-neige interviennent immédiatement et même préventivement. C’est peut-être vrai. Mais que dirait-on si, dans notre beau pays au climat généralement tempéré, nous entretenions à longueur d’année, aux frais de la République, des équipes et du matériel pour dégager illico les congères sur nos routes, des brise-glace pour libérer nos péniches.
On peut reprocher bien des choses –autrement plus graves- à tous nos responsables mais il faudrait sans doute que les Français arrêtent de se tourner vers l’Etat à tout propos. Et personne ne m’accusera d’être particulièrement indulgent avec ceux qui nous gouvernent en ce moment. L’Etat-providence a fait perdre la tête à nos concitoyens au point qu’ils n’hésitent plus à rendre l’Etat responsable des canicules, des inondations et des chutes de neige.
Il y a assez de choses à reprocher à l’Etat, à son incurie, à son inertie, à son incompétence. Mais que, tous les trente ans, nos routes soient coupées par la neige pendant 24 ou même 36 heures n’est pas un drame national.
Cela dit, on peut parfaitement reprocher à Sarkozy de nous avoir, comme à son habitude, affirmé qu’il allait prendre les choses en main et trouver les solutions qui s’imposent.

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