C’est devenu une tradition. Dès que nous entrons dans ce qu’on appelait autrefois « la trêve des confiseurs », toutes les chaines de télévision nous offrent le même programme, « le bêtisier de l’année ». On y voit des présentateurs pris d’un fou rire malencontreux ou des invités rater une marche en pénétrant sur le plateau. Cela prête à sourire mais c’est un peu répétitif.
Beaucoup plus intéressant serait de nous présenter « un vrai bêtisier de notre personnel politique », c’est-à-dire le rappel de toutes les bourdes, de toutes les âneries, de toutes les absurdités, de toutes les monstruosités qu’ils ont proférées au cours des douze derniers mois. Et on pourrait même –puisqu’on a la manie de ce genre d’enquête d’opinion- demander aux téléspectateurs d’élire celui qui aura été, à leurs yeux, « le plus con de l’année », pour reprendre un terme cher au chef de l’Etat.
La compétition serait, bien sûr, acharnée et l’animateur de l’émission pourrait, cette année, se féliciter du nombre et de la qualité des candidats.
En bas du classement, on trouverait sans doute quelques demi-pointures, Christian Blanc et son cigare, Roselyne Bachelot et son traitement de la grippe, Estrosi et ses voyages en jets privés, Christine Lagarde et ses prévisions optimistes, Morin et ses ambitions présidentielles.
Mieux classés, apparaitraient, au coude à coude, Eric Woerth et Brice Hortefeux. Le premier a tout de même tenu la vedette de l’actualité pendant des mois en jurant ses grands dieux et contre toute évidence qu’il ne connaissait ni Liliane Bettencourt ni Maistre ; le second a multiplié, avec une constance soutenue, les déclarations maladroites ce qui lui vaut d’être aujourd’hui le seul ministre de la République en fonction à avoir été condamné à deux reprises par les tribunaux.
Woerth est, évidemment, indéfendable. Sans parler du racket qu’il avait organisé avec « les généreux bienfaiteurs » de l’UMP, ni de ses magouilles à propos d’un champ de courses ou du ministère de la Marine, l’embauche de son épouse par le conseiller financier de la femme la plus riche de France suffit à prouver que son inconscience atteint les sommets de la pire des bêtises.
Hortefeux, lui, est, il faut bien le reconnaître, victime d’une injustice. Tout le monde réclame aujourd’hui sa démission du gouvernement parce qu’il a été condamné, en juin dernier, pour des propos racistes tenus devant un militant UMP d’origine arabe et, cette semaine, pour avoir porté atteinte à la présomption d’innocence d’un ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie. Or, ce ne sont là que des peccadilles. Les propos racistes relevaient des plaisanteries de garçon de bains, habituelles au régime actuel, et l’innocence du conseiller d’Alliot-Marie est pour le moins sujette à caution.
En fait, Hortefeux aurait dû être viré depuis très longtemps du gouvernement pour son incompétence notoire et son incarnation d’une droite détestable qui a inventé notamment la « présomption de culpabilité » (sic !), la chasse aux Roms et la défense des flics ripoux.
Et puis on arrive à la tête du classement. A tout seigneur, tout honneur. Il ne fait aucun doute -et chacun le regrettera profondément- que cette année 2010, troisième de son règne, Nicolas Sarkozy s’est surpassé.
La gestion du remaniement ministériel restera dans les annales. Annoncé cinq mois à l’avance ce qui a permis de tétaniser le gouvernement pendant d’interminables semaines et d’aviver toutes les haines au sein de l’équipe au pouvoir, il s’est limité au départ de ceux qu’on considérait (peut-être à tort) comme les meilleurs et qui étaient, en tous les cas, les plus populaires, Jean-Louis Borloo, Rama Yade, Kouchner et à l’arrivée d’une « jeune » recrue, Alain Juppé dont on se demande encore ce qu’il vient faire dans cette galère.
Mais le remaniement n’a pas été la seule gestion calamiteuse de l’année. Tout le monde est d’accord, la réforme des retraites était indispensable. Et chacun aurait parfaitement accepté qu’on augmente le nombre d’années nécessaires pour avoir une retraite à taux plein, pour peu qu’on tienne compte de la « pénibilité » et de certains cas particuliers. Cette réforme aurait dû passer avec, tout au plus, un petit baroud d’honneur des syndicats
Mais Sarkozy a voulu faire preuve de « volontarisme » en jouant la provocation et en s’attaquant, bêtement, au tabou des 60 ans. Du coup, des millions de gens sont descendus dans la rue à six reprises.
On pourrait naturellement trouver bien d’autres « bêtises présidentielles » de l’année. On pense à la gestion de l’affaire de Karachi, à l’appel dans l’affaire Clearstream ou aux rodomontades à relents xénophobes du discours de Grenoble, par exemple.
Mais il serait profondément injuste de limiter ce « Top 10 » de la bêtise à nos seuls ténors de droite. Ségolène Royal y a toute sa place, très légitimement. Qu’elle fasse tout pour faire perdre son camp lors des prochaines présidentielles, on peut le comprendre et même l’en remercier. Mais de-là à annoncer sa candidature à la candidature, il y a un pas dans le ridicule qu’elle n’aurait jamais dû franchir.
Il serait intéressant de demander aux Français d’établir le bêtisier politique de leur choix. Nous pouvons toujours nous amuser à le faire sur ce petit blog. Ca donne un peu le cafard mais, en même temps, ça calme…

Mots-clefs : , , ,