Il y a des gens qui ne savent vraiment pas quoi faire de leurs journées. Prenez, par exemple, François Fillon.
On nous raconte que, depuis le remaniement et son maintien inattendu à Matignon, il a acquis une certaine « existence » et qu’il va enfin pouvoir remplir son rôle de premier ministre devant un président qui se lance en campagne électorale et qui aurait compris (le conditionnel s’impose) qu’il était suicidaire de toujours vouloir être seul sur scène.
Or, qu’a-t-il fait depuis que « les experts » nous ont affirmé qu’il devenait un « hyper premier ministre » ? Il a mouché son ministre de l’Intérieur qui avait, scandaleusement, pris la défense de flics ripoux condamnés par la justice pour avoir menti en accusant un pauvre type qui risquait, du coup, la prison à vie.
C’était très bien. Certains ont même dit que c’était là l’éveil d’un « courage » insoupçonné, vu que le ministre de l’Intérieur en question est le meilleur ami du président de la République et, à bien des égards, son porte-parole. En volant au secours de son garde des Sceaux (et de la Justice), Fillon était dans son rôle et défiait le chef de l’Etat par personne interposée.
Mais à part ça qu’a-t-il fait ? Eh bien, hier, il a annoncé quelle serait « la grande cause nationale » pour l’année 2011. C’est désormais la mode. On a des « journées » de ceci, des « journées » de cela, de la femme, du sida, de l’enfant, de la faim dans le monde, du vélo, des maladies incurables, de la biodiversité. Et des « années » de ceci ou de cela. Ca ne sert, bien sûr, à rien. En principe, ça devrait « éveiller les consciences » et « mobiliser » l’opinion sur un problème important. En fait, ça permet tout au plus à quelques associations de faire un peu parler d’elles.
Les grandes causes nationales ne manquent pas. Le chômage, la pauvreté, l’illettrisme, la compétitivité de notre économie, le logement, etc. Or, que nous a choisi Fillon ? La lutte contre… la solitude.
Certes, Gilbert Bécaud avait tort quand il chantait « La solitude, ça n’existe pas ». La solitude, ça existe bien et c’est un mal qui ronge de plus en plus notre société individualiste et égoïste. Dans les grands immeubles de nos grandes villes, on ignore jusqu’au nom de ses voisins qui peuvent mourir dans l’ignorance de tous. On l’a bien vu lors de la canicule et on pourrait le revoir par les grands froids d’aujourd’hui.
Mais quand un gouvernement décide de choisir une « grande cause nationale » c’est qu’il a en tête des solutions pour s’attaquer au problème. En 2010, la « grande cause nationale » fut « la violence faite aux femmes ». L’idée était bonne. Cela a permis de prendre quelques dispositions législatives contre les brutes qui maltraitent en toute impunité leur compagne.
Mais que peut donc faire le gouvernement contre la solitude ? Va-t-il subventionner les agences matrimoniales, les soirées de rencontres organisées dans certains dancings, les petites annonces un peu douteuses publiées dans une certaine presse ?
La solitude, c’est le résultat du mépris des autres, des faibles, des pauvres. Les milliardaires ont rarement à souffrir de la solitude. Leurs héritiers ne les abandonnent pas à l’indifférence.
La solitude des pauvres, des exclus, des laissés-pour-compte c’est le résultat du capitalisme devenu fou, diront certains. Le capitalisme a bon dos. Mais la solitude est, en tous les cas, le mal généré par une société où l’argent, le « gagner plus », le « toujours plus », le « fric » est devenu roi.
Or, qu’on le reconnaisse ou non, le règne de Sarkozy qui a commencé au Fouquet’s et qui se terminera par la « dolce vita » a été le triomphe de tous les égoïsmes. Le vieux (et un rien hypocrite) « aimez-vous les uns les autres » de notre culture judéo-chrétienne d’antan a été remplacé par le (bien maladroit) « travailler plus pour gagner plus » et, après Bolloré et son yacht, c’est Liliane Bettencourt et son île qui a été la vedette du quinquennat.
Le pauvre Fillon est un peu ridicule avec ses bonnes intentions.

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