Aussi curieux que cela puisse paraitre, la laïcité reste un très bon filon pour nos politiciens en mal d’imagination.
L’affaire de la burqa a animé notre vie politique pendant de longues semaines. Cette histoire de voile intégral ne concernait pourtant que deux mille bonnes femmes (le plus souvent des Française « de souche » récemment converties) généralement perdues dans des quartiers « pourris » mais elle est devenue « une cause nationale », comme si ces quelques petites pétroleuses de l’Islam mettaient vraiment en péril la République et la Nation.
Du coup, dans une surenchère démagogique (Copé voulant en faire encore plus que Sarkozy) nous n’avons pas hésité à piétiner notre grand principe de liberté –chacun ayant le droit de s’habiller comme il l’entend dès lors qu’il n’y a pas atteinte à la pudeur- en nous drapant dans les oripeaux de cette fameuse laïcité. On va voir ce que donnera cette loi d’interdiction dans les mois à venir et comment les policiers géreront les « délinquantes » qu’on a ainsi, bien maladroitement, transformées en martyres de leur foi.
Marine Le Pen qui est surement plus astucieuse qu’on ne le dit a parfaitement compris que le drapeau vert de l’Islam pouvait servir de chiffon rouge pour réveiller l’électorat. Elle vient de nous sortir « l’affaire des prières dans la rue ».
Sur le fond, elle a raison. Si les bonnes femmes en burqa pouvaient être choquantes à l’oeil, il est totalement inadmissible que nos rues soient coupées à la circulation pour que des fidèles s’y livrent à leurs pratiques.
Certes, on dira qu’il ne s’agit que de quelques cas assez rares (deux ruelles à Paris, trois à Marseille) et que les Musulmans manquent de lieux de culte. Il n’empêche. Faute de mosquées, ils pourraient très bien louer des salles privées pour y faire leurs prières du vendredi. La burqa ne gênait personne, ces démonstrations de foi sur la voie publique gênent tout le monde.
Mais ne soyons pas par trop naïfs. Et même si « le politiquement correct » interdit de le dire, reconnaissons que, comme la burqa, ces prières dans la rue sont, avant tout, une « provocation » des musulmans qui entendent ainsi nous faire bien comprendre qu’« ils sont chez eux chez nous ».
Toute la question est là. Or, qu’on le veuille ou non, dans leur très grande majorité, ces musulmans sont effectivement chez eux en France puisqu’ils sont bel et bien de nationalité française et qu’il est –heureusement- interdit d’établir la moindre discrimination entre les citoyens français en vertu de leurs croyances.
C’est ici que la laïcité, chère à nos vieux Francs-maçons du début du XXème siècle, réapparait. Tous les Français sont égaux devant la loi quelle que soit leur religion, chacun peut pratiquer le culte qu’il souhaite mais la foi personnelle n’a pas à entrer dans le domaine public. Les rues font partie du domaine public.
La « sortie » de Marine Le Pen a, évidemment provoqué des remous dans toute la classe politique. A droite comme à gauche, on a vite compris qu’elle avait touché juste et qu’une grande majorité des Français lui donnait –sur cette affaire- entièrement raison.
Au PS, on a reconnu que ces prières dans la rue n’étaient pas acceptables. Benoit Hamon, le porte-parole du PS, a dit « pas tolérables ». A l’UMP, on a réagi en affirmant qu’il fallait ouvrir « un grand débat sur la laïcité » (Gérard Larcher) ou « sur l’identité nationale » (Jean-François Copé). En clair, après s’être indigné des propos de la fille de Jean-Marie Le Pen (qui, il est vrai, avait été jusqu’à évoquer l’occupation, ce qui était beaucoup) tout le monde lui donne raison, en brandissent le mot laïcité.
Mais nos responsables politiques semblent ignorer une évidence qui gâche tout : la laïcité est incompatible avec l’Islam. Et ceux qui nous rebattent les oreilles, depuis des années, avec leur rêve fumeux d’un « Islam à la française », ne veulent toujours pas savoir que, pour un « bon » musulman, le Coran, avec toutes ses interprétations les plus diverses, sera toujours plus important que tous nos grands principes républicains, nos constitutions, nos lois.
Même français à part entière, le musulman, pour peu qu’il soit vraiment pratiquant, reste « étranger » à notre civilisation des Lumières, à notre culture des Droits de l’homme, de l’égalité entre hommes et femmes, de la démocratie. C’est bien dommage, mais c’est comme çà.
Opposer la laïcité aux fanatiques islamiques et a fortiori « islamistes » (« le fanatisme, c’est la foi de l’autre » disait joliment Bernanos) c’est donc, en fait, ouvrir la porte à la xénophobie puisque celui qui refuse la laïcité ne fait plus partie de la communauté nationale. Il faut faire attention.
Lancer un grand débat sur la laïcité ou l’identité nationale serait absurde et dangereux car tout dégénérerait très rapidement puisque, dans un cas comme dans l’autre, cela consisterait à exclure quelques millions de nos concitoyens. Les tentatives avortées de Besson viennent de le prouver.
Pour mettre un terme au spectacle, en effet, inacceptable de ces fidèles priant Allah dans nos rues, ce n’est pas la peine d’évoquer nos grands principes. Il suffit de faire appliquer au pied de la lettre… les règles de la circulation qui interdisent à n’importe qui de bloquer une rue.
Arrêtons d’évoquer la laïcité dont ne veulent pas entendre parler les pratiquants de « la deuxième religion de France », méfions-nous de toute dérive vers la xénophobie, contentons-nous d’être intransigeants avec… le code de la route.
N’agitons pas le chiffon rouge du drapeau vert.

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