Qu’on soit croyant ou non, le soir de Noël n’est pas seulement l’occasion d’un plantureux repas de famille et d’une généreuse distribution de cadeaux. Il y a ceux qui célèbrent la naissance du « Fils de Dieu » dans une crèche misérable du Proche-Orient il y a plus de deux mille ans, mais pour les autres, sans doute infiniment plus nombreux, cette soirée est aussi un peu particulière.
Même pour les esprits qui se croient les plus forts, sans Dieu ni Diable, Noël est forcément un instant de répit, une sorte de parenthèse pendant laquelle des mots qui semblent avoir perdu toute signification depuis bien longtemps remontent à la surface.
La « charité », l’ « amour de son prochain », la « solidarité », la « pitié » sont des termes qui font rigoler à longueur d’année tant ils ont été galvaudés, maltraités, piétinés, ridiculisés par notre société de consommation, de profits, de politicards véreux et d’escrocs de tout poil. Mais la nuit de Noël, pour peu qu’il neige un peu et qu’on entende sonner les cloches d’une église voisine, on retrouve inévitablement ses souvenirs d’enfance, quand on croyait encore, bien naïvement, que la vie n’était pas une jungle sans pitié et ces mots que personne n’ose plus prononcer reprennent alors un sens.
Ne versons pas dans « le mélo » facile ni dans « le prêchi-prêcha », mais, ce soir, on ne regarde pas de la même façon les SDF blottis sur une bouche de métro, la file d’attente d’immigrés qui grelottent encore devant la préfecture de police, on n’entend pas avec la même indifférence les informations sur le choléra à Haïti, les tueries en Côte d’Ivoire, la dictature en Birmanie, les bruits de bottes entre les deux Corée et qu’il y a quatre millions de chômeurs en France.
On nous parle beaucoup de « la crise de conscience » que connaît (depuis longtemps) notre pays et du rejet dont est victime aujourd’hui le régime de Sarkozy.
Noël permet de mieux comprendre pourquoi « rien ne va plus » chez nous et pourquoi le chef de l’Etat a fini par se faire détester même par ceux qui avaient été ses partisans.
Nous avons besoin d’un peu d’humanité, de chaleur, de gentillesse. Pourquoi Chirac est-il l’homme politique le plus populaire de France ? Parce que les Français avaient compris qu’au-delà de tous ses défauts et de toutes ses erreurs, il était « un brave type », « un type sympa ».
Sarkozy est une caricature de la société que nous ne supportons plus. C’est la victoire impudique, arrogante du fric, du CAC40, des PDG, des bonus, des magouilles et des pires combines entre copains. C’est un Etat qui n’est plus au service de la Nation, c’est à dire de tous et notamment des plus faibles, mais qui veut imposer son ordre, son système, ses interdits. Au nom du réalisme, c’est-à-dire de la loi du plus fort.
Sarkozy n’a rien compris aux Français. Certes, nous voulons tous, plus ou moins, nous enrichir et nous exigeons de l’Etat qu’il assure notre sécurité. Mais nous détestons « les nouveaux riches » et ne supportons pas « les descentes de police », « les opérations coup de poing », « les chasses au faciès ». Nous haïssons tout autant l’oligarchie que le régime policier. Or, il faut bien dire que, depuis trois ans, nous balançons de l’un à l’autre, d’une soirée au Fouquet’s au discours de Grenoble, en passant par l’affaire Bettencourt-Woerth, l’expulsion des Roms, les rétro-commissions de Karachi et les coups de sifflets d’Hortefeux.
Nous ne croyons plus depuis longtemps au Père Noël mais nous sommes tous, et quelles que soient nos origines ou nos croyances, marqués par ce qu’on appelle depuis deux millénaires « le message de Noël ».
Un peu d’humanisme, Bon Dieu !
Bon Noël à tous.

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