Sur le coup, on ne l’avait pas noté, mais en se séparant de Jean-Louis Borloo, en lui refusant Matignon qu’il lui avait fait miroiter et en le contraignant donc à quitter le gouvernement, Nicolas Sarkozy a perdu un pan de son électorat : les Francs-maçons.
Il est difficile de savoir ce que représente aujourd’hui la Franc-maçonnerie dans la société française. Sûrement moins que sous le IIIème ou la IVème République, mais sûrement plus qu’on ne le dit et ce malgré son aspect désuet de secte clandestine et ses traditions d’antan qui dépassent souvent le ridicule.
Sans verser dans les fantasmes qui affirment « qu’ils sont encore partout et qu’ils tirent toutes les ficelles », on est bien obligé de constater qu’un certain nombre d’affaires récentes, souvent douteuses, ont clairement démontré que « les frères » étaient toujours puissants, notamment, dans le monde des affaires, dans la magistrature, dans l’armée, dans l’administration et dans le personnel politique.
Hier, « à l’occasion de l’anniversaire de la Loi de 1905 sur la Séparation des Eglises et de l’Etat » (sic), l’ancien numéro 2 du gouvernement Fillon a fait son retour sur la scène en organisant un « dîner de la République » (re-sic). Difficile de faire plus franc-maçon dans le genre. Et il y avait là tout « le gotha des loges », de l’ineffable Bernard Tapie à Gérard Larcher, président du Sénat, en passant par Jean-Michel Baylet, Xavier Bertrand, ministre du Travail, Alain Bauer, proche de Sarkozy et ancien grand maître, Jean-Pierre Chevènement et Henri Guaino, plume du président de la République.
Contrairement à ce qu’on nous avait raconté, il ne s’agissait pas d’un premier pas vers une réorganisation des centristes (ni Chevènement, ni Bertrand, ni Guaino ne peuvent être considérés comme des centristes) mais bel et bien d’une mobilisation des Francs-maçons.
Le discours de Borloo était d’ailleurs clair. L’ancien ministre d’Etat veut faire basculer la Franc-maçonnerie dans l’opposition, au nom des grands principes (parfaitement respectables) de la Franc-maçonnerie.
Après avoir attaqué « les conservateurs qui ont l’air raisonnable, sérieux et bien coiffé » (ce qui était peu aimable pour Fillon de la part de cet ébouriffé) et avoir affirmé qu’il avait « retrouvé (son) indépendance et (sa) liberté de pensée et de parole » (les avait-il perdues quand il était ministre ?) Borloo a annoncé qu’il voulait « refonder le pacte républicain » et s’est écrié : « Est-ce encore la République quand on a des écoles de riches et des écoles de pauvres ? Est-ce encore la République quand il y a tant d’écart entre les communes pauvres et les communes riches ? Est-ce encore la République quand on laisse la fiscalité aux seuls techniciens ? »
Et avant de lancer un appel à « toutes les obédiences » (re-re-sic) Borloo a conclu : « Je ne me résous pas au déclassement de la République ». Les choses sont claires, pour Borloo, Sarkozy et le gouvernement dont il faisait lui-même partie il y a encore trois semaines «déclassent la République »
La République a, évidemment, bon dos mais il est vrai que le sarkozisme a bafoué certains grands principes de liberté, d’égalité et de fraternité, chers non seulement aux Francs-maçons mais aussi à une très grande majorité des Français et qu’en pataugeant dans ses concepts fumeux de « discrimination positive », de « laïcité positive », d’« identité nationale », de « politique de civilisation », Sarkozy ne pouvait que finir par se mettre à dos les Francs-maçons. A fortiori en, virant Borloo.
Reste la fameuse question de Staline à propos du Vatican : les Francs-maçons, combien de divisions ?

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