Archives par moisdécembre 2010



Voeux, pieux et laïcs…

Les blogs sont une invention merveilleuse. Ils permettent à chacun de dire ce qu’il a sur le cœur. C’est un défouloir indispensable par les temps qui courent. Ils ont remplacé avantageusement les bistrots de nos villages d’antan où nos aïeux pouvaient râler en toute impunité.
Ils permettent aussi de se faire des amis. Inconnus, cachés derrière des pseudonymes, mais qu’on retrouve régulièrement avec plaisir. Sur ce bien modeste blog (4 à 500 lecteurs, me dit-on) il y a maintenant quelques fidèles qui jouent le jeu, Houzi, Drazig, Dugas, Infraniouzes, Wassal, Massilian, Ravel, Jallas, Roqueplo et d’autres. Ce qui est bien c’est que nous ne sommes pratiquement d’accord sur rien si ce n’est sur une exigence absolue, celle de nous insurger contre l’intolérable. Cela crée le plus fort des liens.
Le drame de notre pays aujourd’hui est, sans doute, l’indifférence, la résignation, la soumission devant l’inacceptable. Le troupeau accepte sans broncher de se faire tondre, de se faire mener par des chiens de garde, d’aller droit vers l’abattoir.
Nous nous inclinons docilement devant ce que nos gardes-chiourmes nous présentent comme « le réalisme », « les lois des temps modernes », « les règles de la mondialisation » inévitable, la sacro-sainte « volonté des marchés ». Sans nous rendre compte que le « volontarisme » dont s’enorgueillissent nos bons maîtres n’est qu’un triste faux nez dont ils s’affublent pour cacher leur incompétence et leur ignorance, voire leur mépris des réalités.
Nous avons oublié que nous avions le droit, le devoir même, de tordre le cou aux mensonges, aux alibis, aux prétextes et même aux réalités quand elles sont trop insupportables et qu’il suffirait, précisément, d’un peu de volontarisme pour leur faire rendre gorge.
La bonne nouvelle de cette fin d’année c’est le succès que remporte depuis plusieurs semaines un petit livre sorti presque clandestinement et signé par Stéphane Hessel, ancien résistant, ancien ambassadeur mais entré dans l’oubli depuis longtemps. Le titre du petit bouquin explique à lui seul qu’il se soit vendu à plus de 500.000 exemplaires et soit en tête de toutes les ventes en librairies : « Indignez-vous ».
On peut ne pas être d’accord avec tout ce qu’écrit Hessel, incorrigible homme de gauche, mais que ce vieux monsieur de 93 ans, couvert d’honneurs après avoir connu toutes les horreurs du siècle passé, nous lance ce mot d’ordre et nous rappelle notre devoir d’indignation devant toutes les injustices, toutes les saloperies, toutes les trahisons qui massacrent, depuis si longtemps, notre République, notre Nation, notre civilisation est réjouissant.
C’est le jour des vœux. Nous allons entendre tout à l’heure, d’une oreille forcément incrédule, ceux du président de la République. Pour la quatrième fois, il va nous promettre une année de réformes, de baisse du chômage, de baisse de la délinquance, d’amélioration du pouvoir d’achat de chacun, d’amélioration de la compétitivité de notre économie. Des vœux « pieux » en forme de parjures dans la bouche de cet homme qui ne croit ni en Dieu, ni au Diable, ni même à l’Homme.
Le vrai vœu, « laïc » cette fois, que chacun devrait formuler ce soir pour notre pays n’est rien d’autre que le titre du livre de Stéphane Hessel, « Indignez-vous »
Indignons-nous ! A force, cela finira, peut-être, par réveiller le troupeau.
J’ajoute, bien sûr, pour tous les amis de ce blog des vœux plus personnels car cela fait bien longtemps que, nous, nous nous indignons. En vain jusqu’à présent, c’est vrai, mais sait-on jamais, à la longue…

31 Déc 2010 | Comments (10)

Tous pareils! Tous à Marrakech!

Bien sûr, il ne faut pas verser dans la démagogie facile, dans le populisme le plus primaire, ou dans le « tous pourris ». Mais tout de même…
Par moments, on comprend ceux qui ont résolument choisi l’abstentionnisme et même ceux qui, totalement écoeurés, ont décidé de quitter le pays et de partir tenter leur chance au bout du monde.
Ce ne sont que quelques lignes (discrètes) dans la presse mais on apprend que Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ont passé les fêtes à Marrakech, que Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair ont passé les fêtes… à Marrakech, que Jean-Louis Borloo et Béatrice Schonberg ont passé les fêtes… à Marrakech, que les Balkany, les Hortefeux et même Cécilia (ex Sarkozy) et son nouveau mari Attias ont passé les fêtes… à Marrakech… alors que Ségolène Royal passait les fêtes à Ouarzazate.
Personne, bien sûr, ne reprochera jamais à personne de prendre quelques jours de repos et d’aller passer Noël au soleil. Mais là, qu’on le veuille ou non, il y a quelque chose d’indécent.
Marrakech (qui était une ville merveilleuse) est devenue le symbole même le plus odieux du fric, des nouveaux riches, de la pire des jets-sets, du show-business le plus faisandé, l’endroit où il faut se montrer derrière ses Ray Ban quand on a une Rolex au poignet et des Berlutti aux pieds. C’est pire encore que… le Fouquet’s !
Comment nos hommes politiques n’ont-ils pas compris que c’était pour eux, précisément, le dernier endroit où il fallait être vu, avec Saint-Tropez ou Saint-Barth l’été, Morzine ou Gstaad, l’hiver ?
Quand il y a 4 millions de Français au chômage, 8 millions de Français qui survivent sous la ligne de pauvreté et qu’on veut se présenter ou participer à la campagne des prochaines présidentielles, on a un minimum de pudeur, de décence, de respect du « peuple », même si, quand on est entre soi, on l’appelle « la populace ».
Ce qu’il y a de fabuleux et de particulièrement choquant c’est qu’ils s’y soient tous retrouvés, Sarkozy, DSK, Borloo, Ségolène, droite, gauche, centre, pas de jaloux, tous les vacances de milliardaires. Faut pas se gêner !
Sarkozy au palais royal, DSK dans le riad qu’il possède et on veut croire que les autres ne sont pas descendus dans des « bouis-bouis » pouilleux. Si j’ai bonne mémoire, la Mamounia était très convenable. Je viens de regarder, on y trouve des chambres, les plus modestes, à partir de 600€ la nuit.
Ils sont inconvenants, incorrigibles mais surtout inconscients

30 Déc 2010 | Comments (4)

Sarko, Bongo et les secrets de Polichinelle

On l’a déjà dit et redit, les « fameux secrets d’Etat » révélés par le site Wikileaks ne sont que des secrets de Polichinelle. Les rapports confidentiels adressés par les ambassadeurs des Etats-Unis de la planète entière au Département d’Etat ne nous apprennent rien.
Nous savions déjà que Nicolas Sarkozy était « susceptible », « colérique » et « admirateur inconditionnel » de l’Amérique. Comme tous les diplomates de tous les pays, les ambassadeurs des Etats-Unis se contentent de faire savoir à Washington ce qu’ils ont lu dans la presse et ce qu’ils ont entendu dans les cocktails à la mode et les dîners mondains.
C’est d’ailleurs plutôt rassurant. Nous nous imaginons qu’on nous cache tout, qu’il se passe mille choses -et généralement des horreurs- dans les coulisses du pouvoir et quand, par hasard, nous avons accès à ce qui se trame dans notre dos, nous nous apercevons que nous le savions déjà ou du moins que nous nous en doutions.
Aujourd’hui, nous apprenons grâce à Wikileaks que, selon les diplomates américains, Omar Bongo, l’ancien potentat gabonais décédé il y a quelques mois, a détourné 30 millions d’€ de la Banque des Etats d’Afrique Centrale pour ses petits plaisirs personnels et pour arroser ses amis français et notamment Nicolas Sarkozy.
Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas un scoop.
Tout le monde sait depuis des décennies (en fait, depuis les indépendances des années 60) que tous « les rois nègres » au pouvoir en Afrique piquent sans vergogne dans la caisse, se construisent des palais fabuleux, s’achètent des hôtels particuliers dans le XVIème et à Neuilly, des châteaux en Sologne et des résidences de (très) grand luxe sur la Côte d’Azur ou en Suisse.
Il suffit d’ailleurs de voir dans quel état se trouvent ces pays où le chômage, la misère, la famine et les épidémies s’aggravent d’année en année pour comprendre que les milliards d’aide qu’ils ont reçus depuis cinquante ans ont été détournés.
Si ces roitelets de pacotille (qui n’hésitent jamais à se transformer en tyrans sanguinaires) sont évidemment les premiers coupables de ce gigantesque scandale à l’échelle du continent noir, les « généreux donateurs » que nous sommes sont tout aussi responsables.
Non seulement nous n’avons jamais exigé que ces pays mettent en valeur les richesses naturelles parfois considérables qu’ils ont la chance de posséder et qui auraient dû leur permettre de développer rapidement leurs économies et d’offrir une vie descente à leurs populations, non seulement nous n’avons jamais contrôlé l’utilisation qu’ils faisaient des fonds que nous leur versions, mais nous avons installé, toléré et soutenu à bout de bras des régimes odieux qui laissaient croupir leurs citoyens dans le sous-développement, bafouaient ouvertement les Droits de l’Homme et toutes les règles de la démocratie et allaient même, parfois, jusqu’à nous cracher à la gueule en nous reprochant à la fois le colonialisme d’hier et le néocolonialisme d’aujourd’hui.
Mais nous n’étions pas totalement dupes. Qui dit « commissions » dit « rétro-commissions », qui dit « assistance aux pays en voie de développement » dit « rétro-assistance aux partis politiques des pays donateurs ».
« Au nom de la solidarité internationale et de l’amitié indéfectible qui unit nos deux pays, je te donne dix milliards pour développer ton malheureux pays, construire des routes, des hôpitaux, une industrie, tu en gardes trois pour toi et ta nombreuse famille, deux pour ton armée et ta police, un pour élever des statues à ta gloire et le reste tu me le renvoies, discrètement, en petites coupures et dans des valises, de préférence diplomatiques »
Cela fait cinquante ans que les « Messieurs Afrique » qui se sont succédé à l’Elysée, de droite comme de gauche, de Jacques Foccard, jadis, à Claude Guéant et Robert Bourgi aujourd’hui, en passant par le fils Mitterrand, ont ce genre de conversation avec nos « amis » africains.
La coopération c’est du donnant-donnant ou plutôt du donnant-rendant. Certains seront sans doute satisfaits d’apprendre qu’une partie des sommes folles que nous avons englouties à fonds perdu dans le développement de l’Afrique est revenue dans nos caisses ou du moins dans celles de nos partis politiques. D’autres trouveront peut-être que cette gigantesque escroquerie est insupportable.
L’Elysée va, évidemment, démentir que Sarkozy ait touché un sou de Bongo pour sa campagne présidentielle. Comme il a démenti que les rétro-commission du Pakistan aient servi à alimenter la campagne présidentielle de Balladur.
Mais alors, une seule question se pose : comment expliquer la politique africaine de la France ?

30 Déc 2010 | Comments (2)

Le classement des… « agaçants »

Voici un sondage qui sort un peu de l’ordinaire. Harris a demandé aux Français, pour l’hebdomadaire VSD, quelles étaient les personnalités qui… les « agaçaient » le plus.
A première vue, cela ressemble à un petit jeu de fin d’année. En fait, l’idée est beaucoup plus intéressante qu’il n’y parait. On sait, en effet, qu’aujourd’hui, plutôt que de choisir un candidat qui les séduirait, les Français rejettent ceux qu’ils ne peuvent pas souffrir. On ne vote plus par adhésion à des idées, à un programme ou à tel ou tel bonhomme (voire à telle ou telle bonne femme) mais parce qu’on déteste les autres. On ne choisit plus, on élimine. On vote par défaut. Non plus pour le meilleur mais pour « le moins pire ». Et certains électeurs qui trouvent que tous les candidats sont « pires les uns que les autres » en sont réduits à choisir l’abstention.
Du coup, l’idée de VSD était excellente. On peut naturellement contester le mot « agacer ». Il aurait sans doute mieux valu demander aux Français quels étaient ceux qu’ils « détestaient » le plus. On peut être « agacé » par quelqu’un sans pour autant le vouer aux gémonies et lui refuser à tout jamais sa voix. Mais VSD se veut « modéré ».
Les résultats de ce sondage n’apportent qu’une seule véritable surprise. On s’attendait à voir Nicolas Sarkozy caracoler loin en tête de ce classement. Il le méritait amplement. Même ses plus fidèles « amis », que ce soit François Fillon, Jean-François Copé ou Jean-Louis Borloo, ne nous ont jamais caché qu’ils le trouvaient, par moments et même bien souvent, « agaçant ».
Eh bien, pas du tout ! Le président de la République n’arrive qu’en 4ème position. Il n’« agace » que 63% des Français. Loin derrière Ségolène Royal qui « agace » 73% de nos compatriotes et Brice Hortefeux, 70%, et juste derrière Marine Le Pen, 64%.
Ensuite, on trouve Martine Aubry, 54%, François Bayrou, 52%, Jean-François Copé, 47%, et, tout en bas du classement, François Fillon, 39%, et Dominique Strauss-Kahn avec un bien modeste 30%.
Que Ségolène Royal fasse un superbe score, personne ne s’en étonnera même s’il semble qu’elle « horripile » plus qu’elle n’« agace », notamment les membres du PS. Hortefeux, lui, n’« agace » que ses collègues du gouvernement avec ses dérapages incontrôlables. L’inventeur de la « présomption de culpabilité », condamné par la justice pour propos racistes et violation de la présomption d’innocence, soulève carrément le cœur des Français et notamment des Français de droite qui lui reprochent de donner une image détestable de leur camp. Quant à Marine Le Pen, ce qu’elle a sans doute de plus « agaçant » c’est qu’elle est parvenue, contre toute attente, à redonner vie à un Front National qu’on nous annonçait agonissant et qu’on voyait déjà disparaitre après le retrait de son père.
Les experts en politique ne retiendront, bien sûr, que deux chiffres : les 63% de Sarkozy et les 30% de DSK. A peu de choses près, ils correspondent aux résultats de certains sondages qui prédisent un second tour des présidentielles de 2012 où DSK l’emporterait sur Sarkozy avec 60% des voix.
Mais on peut tout de même s’étonner car s’il y a bien quelqu’un d’« agaçant » aujourd’hui dans notre personnel politique, c’est évidemment le directeur du FMI qui a réussi le tour de force de devenir le « vainqueur évident de 2012 » en étant simplement absent et silencieux, tout en jouant les « coquettes » qui se font supplier par leur fan club.
Il ne reste plus aujourd’hui que Christian Jacob, nouveau patron des députés UMP à l’Assemblée et qui n’est sûrement pas « une flèche », à croire que « Strauss-Kahn n’osera pas se présenter ». Si, d’après ce sondage, DSK n’est pas « agaçant », Jacob devrait comprendre qu’il n’en est que plus redoutable.

29 Déc 2010 | Comments (4)

Sarkozy osera-t-il nous parler du chômage ?

Nicolas Sarkozy est actuellement au Maroc où il prend quelques jours de vacances au soleil, loin du froid et de la neige que nous connaissons. Personne ne le lui reprochera. Nous sommes même rassurés d’apprendre ainsi que les pistes de Villacoublay ont pu être déneigées à temps et que le bel avion que le président vient de s’offrir n’a pas eu de problème de dégivrage.
Nous ne savons pas où se trouve Henri Guaino. Or, c’est lui qui prépare le discours de vœux que le chef de l’Etat va, conformément à la tradition, nous adresser vendredi soir. Où qu’il soit, Guaino doit moins rigoler que son patron car l’exercice auquel il lui faut se livrer n’est pas de tout repos.
Les vœux d’un président consistent à dresser un bilan de l’année écoulée et à annoncer des projets pour l’année à venir. En clair, à faire de l’autosatisfaction et à lancer quelques promesses en l’air. Deux domaines dans lesquels, il faut le lui accorder, Nicolas Sarkozy est passé maître depuis longtemps.
Mais cette année, les choses vont être tout de même particulièrement difficiles. Pauvre Guaino, il doit ramer sur sa feuille blanche !
2010 a été « une année horrible » pour Sarkozy. Il a dégringolé dans tous les sondages tout au fil des mois, il a perdu les élections régionales, il a été « infoutu » de procéder au remaniement ministériel qu’il nous avait fait miroiter pendant des mois, il a dû capituler devant Fillon, en le laissant à Matignon, et devant Copé, en lui donnant l’UMP, il a été obligé de renoncer à sa grande idée de « l’ouverture », en virant les Kouchner, Bockel, Fadela Amara et autres, et à celle de « la diversité », en virant Rama Yade, il s’est même fâché avec les centristes qui vont maintenant entrer en dissidence ouverte autour de Borloo.
Sur le plan, politique, celui qui nous annonçait « la rupture » se retrouve avec l’entourage… de Chirac : Michèle Alliot-Marie, Alain Juppé, Baroin, etc. Ca nous a rajeunis de quelques années, mais ça lui a donné un sérieux coup de vieux. Pas de quoi pavoiser.
Mais les Français retiendront surtout de cette année qu’elle a été celle de tous les scandales : affaire Clearstream, affaire Bettencourt-Woerth, affaire de Karachi et même affaire du Médiator. Nous les avons accumulées.
Pour la première, la justice a donné raison à Villepin en l’innocentant totalement et l’opinion a donné tort à Sarkozy en apprenant qu’il y avait appel de ce jugement. Pour la deuxième, les Français ont bien vite oublié les démêlés familiaux des Bettencourt mère et fille pour ne plus se passionner que du cas de Woerth, « le caissier » de l’UMP, c’est-à-dire de Sarkozy. Pour la troisième, tout le monde a bien vite été convaincu que le ministre du budget-porte-parole de Balladur en 1995, Sarkozy lui-même, avait bel et bien monté une vaste opération de rétro-commissions pour financer la campagne présidentielle de son candidat. Et pour la quatrième chacun s’étonne des lenteurs qu’il a fallu à notre administration pour interdire ce médicament alors qu’il provoquait des morts par centaines et nombreux sont ceux qui n’y voient qu’une seule explication : l’avocat du laboratoire Servier n’était autre que Sarkozy lui-même.
Bref, dans les quatre affaires qui ont pourri toute l’actualité de cette année, le président de la République apparaît en accusé pour ne pas dire en coupable, lui qui nous avait pourtant promis « une République irréprochable ». Jamais aucun président de la République n’a été « mouillé » dans autant de scandales. On voit donc mal Guaino les faire apparaître dans l’intervention présidentielle.
Restent la politique sécuritaire et la réforme des retraites. « La spécialité du chef » et « le succès de l’année ». Guaino va sans doute en faire « des tartines ».
Mais « le chef » en a trop rajouté dans sa spécialité et le plat qu’il aime tant nous servir et nous resservir est devenu totalement indigeste. Avec son discours de Grenoble, il voulait rassurer son électorat et faire des « risettes » à l’extrême-droite. En dérapant dans la xénophobie, dans la chasse aux Roms, dans les menaces aux Français « de fraîche date », il a soulevé le cœur d’une grande majorité des Français qui avaient déjà été scandalisés par l’odieuse (et absurde) opération sur « l’identité nationale ».
Guaino va donc marcher sur des œufs en évoquant le sujet et d’autant plus que les Français savent parfaitement que la délinquance et la criminalité n’ont fait qu’augmenter tout au cours de l’année, en dépit des fanfaronnades présidentielles.
La réforme des retraites a été adoptée, c’est un fait. Mais peut-on vraiment parler de « succès ». Que le parlement ait approuvé le texte ne peut pas être considéré comme un succès. « Les godillots », de droite comme de gauche, votent toujours les textes que leur soumettent leurs gouvernements. Il y va de leur survie personnelle.
Le succès aurait été qu’un véritable « consensus national » se fasse autour de cette réforme qui s’imposait. Or, par idéologie, Sarkozy a préféré s’attaquer au mythe des 60 ans plutôt que de proposer une augmentation du nombre des années de cotisation nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein que tout le monde aurait acceptée. Du coup la réforme est apparue comme foncièrement injuste et des millions de Français sont descendus dans la rue à six reprises, en moins de deux mois, ce qui ne s’était encore jamais vu dans l’histoire de la République.
Il faudra que Sarkozy ait le triomphe modeste.
Avec un tel bilan pour 2010, Guaino va, sans guère de doute, préférer que le président développe les promesses pour 2011. On aura sûrement droit à de grandes envolées lyriques sur le G8, le G20, sur la France qui va sauver la planète en imposant une gouvernance économique mondiale, une gestion commune des matières premières, une politique écologique mondiale, etc., etc.
Les Français « s’en foutent » parce qu’ils n’y croient pas. Ils savent parfaitement que Sarkozy est totalement ignoré, voire méprisé par les vrais « Grands », Washington, Pékin, Delhi, Brasilia qui considèrent ses idées comme des fariboles et qui ne l’écoutent même plus les proférer.
Et puis, nous aurons évidemment droit à un grand développement sur la dépendance et la réforme de la fiscalité. « Les deux mamelles » de l’année qui vient. Deux sujets essentiels, certes mais qui exigeraient des mois et des mois de concertation, de discussion, de réflexion. Ce sont-là des thèmes qu’on aborde en début de mandat. Pas quand commence déjà la campagne électorale pour une éventuelle réélection.
Aujourd’hui, le seul problème qui intéresse les Français est tout autre. C’est le chômage et, en face de ce drame qui ne fait que s’aggraver quels que soient tous les mensonges dont on nous gratifie, tout le reste est insignifiant. Or, les chiffres viennent de tomber. C’est épouvantable.
2.698.100 chômeurs de catégorie A + 1.321.000 chômeurs des catégories B et C + 599.500 chômeurs des catégories D et E + 253.100 chômeurs dans les DOM. Total : 4.871.700 !
Les chômeurs des catégories A, B et C ont augmenté de 5% en un an, ceux des catégories D et C de 16%. Les chômeurs de plus de 50 ans ont augmenté de 16%, pour atteindre le chiffre de 750.000, et les chômeurs inscrits depuis plus d’an ont augmenté de 21% et sont désormais 1,5 million.
Pendant sa campagne, Sarkozy s’était engagé à ramener le nombre des chômeurs à « moins de 700.000 ». Certes, il y a eu la crise. Mais, au début de cette année 2010, il nous avait affirmé « le chômage va baisser dans les semaines qui viennent ». Il s’était trompé. Incompétence ou mensonge délibéré ?
Osera-t-il nous le redire vendredi soir ? Le chômage est la seule question qui intéresse aujourd’hui les Français.

28 Déc 2010 | Comments (5)

Le quinquennat des « affaires »

Un avocat ne peut, évidemment, pas être rendu responsable et encore moins coupable des délits ou des crimes de ses clients. Il peut même tout faire pour que ses clients n’aient pas d’ennuis, passent au travers des mailles du filet de la justice. Ce n’est pas tout à fait légal mais c’est admis. Il est payé pour ça.
Où tout se complique c’est quand cet avocat est aussi un responsable politique et qu’on peut alors se demander s’il ne se sert pas de son pouvoir pour arranger les affaires de ses clients. C’est ce qu’on appelait autrefois « le mélange des genres », qu’on appelle désormais « le conflit d’intérêt » mais qui a toujours été scandaleux même si l’opinion, habituée à toutes les turpitudes de nos dirigeants, n’y a guère attaché d’importance pendant bien longtemps.
Nous avons eu, sous la IVème République, un président du Conseil qui était, en même temps, l’avocat du roi du Maroc et personne ne lui en a jamais voulu. Plus récemment, personne ne s’est jamais indigné que Jean-Louis Borloo soit l’avocat d’une étonnante brochette de mis en examen (et parfois en tôle) composée notamment de MM. Tapie, Noir, Carrignon et Mouillot.
Mais les mœurs évoluent, parfois dans le bon sens, au point même que, par exemple, Jean-François Copé vient d’être obligé d’annoncer publiquement qu’il allait prendre un certain recul avec ses activités d’avocat d’affaires.
Or, ne voilà-t-il pas qu’on apprend, que le président de la République a été, pendant des années, l’avocat de Jacques Servier, fondateur et patron du laboratoire du même nom lequel produisait et commercialisait le Médiator, médicament pour diabétiques obèses mais que certains médecins prescrivaient (à tort) comme coupe-faim et qui fit en France entre 500 et 2.000 morts, entre 1976, date de son lancement, et 2009, quand il fut enfin retiré de la vente.
Naturellement, personne ne peut reprocher à Nicolas Sarkozy d’être à l’origine de ce médicament, de n’avoir rien su de sa dangerosité ou de l’avoir prescrit aux cinq millions de Français qui l’ont utilisé pendant ces trente-trois ans. Pas plus qu’on ne peut lui reprocher d’avoir été l’avocat de Jacques Servier dont les bureaux se trouvaient à Neuilly, c’est-à-dire dans la commune dont il était le maire. Il ne faisait que son métier d’avocat en tentant d’arranger au mieux les problèmes de Servier et du laboratoire.
Tout au plus peut-on s’étonner que le président de la République ait éprouvé le besoin d’élever à la dignité (suprême) de Grand-Croix de la Légion d’Honneur ce vieux pharmacien de Jacques Servier, devenu milliardaire. On ne sait pas pourquoi mais, depuis que Sarkozy est à l’Elysée, les récipiendaires de notre ordre national sont toujours un peu suspects. Le vieux monsieur fait sans doute partie, comme Maistre (de l’affaire Bettencourt-Woerth) ou Wildenstein (de l’affaire éponyme), du « premier cercle » des généreux donateurs de l’UMP.
L’ennui c’est que le drame du Médiator est totalement incompréhensible. En 2003, s’apercevant -déjà bien tardivement- des dangers (mortels) du médicament de Servier, l’Espagne et l’Italie l’interdirent à la vente. Mais il faudra attendre six ans pour que la France en fasse autant. Pourquoi ces six années de perdues qui auront, évidemment, causé de nouveaux morts ?
La France est le pays au monde où il y a le plus d’autorisations nécessaires à obtenir pour mettre en vente des médicaments, le plus de contrôles sur les effets de ces produits pharmaceutiques, le plus de commissions de ceci, le plus d’organismes « de veille sanitaire » de cela, le plus de fonctionnaires, de scientifiques, de spécialistes chargés de la sécurité des produits sanitaires.
Comment Servier a-t-il pu faire trainer les choses aussi longtemps, six ans de plus, pour pouvoir vendre encore ses produits mortels au grand public ?
Entre 2003 et 2009, son ancien avocat fut successivement ministre de l’Intérieur, puis ministre des Finances, puis de nouveau ministre de l’Intérieur, tout en étant président du parti majoritaire, avant d’être élu président de la République.
A qui fera-t-on croire que le client d’un tel avocat pourrait ne pas bénéficier d’une certaine « indulgence » de la part d’une administration souvent tatillonne avec les petits mais toujours très respectueuse des puissants ?
Nicolas Sarkozy exige maintenant « une totale transparence » dans l’enquête sur ce drame du Médiator. Il est évident qu’il faut absolument savoir si une quelconque autorité politique a, entre 2003 et 2009, donné à un de ces innombrables services de contrôle ordre de ne pas ennuyer le laboratoire Servier. Bien sûr, au nom de la réputation de l’industrie pharmaceutique française ou au nom de la sauvegarde de l’emploi
Malheureusement, depuis quelque temps, quand l’Elysée exige « la transparence la plus totale », certains magistrats zélés comprennent qu’on leur donne ordre d’écraser totalement l’affaire. Les affaires deviennent transparentes… au point de disparaitre.
Mais l’affaire Servier pourrait bien s’ajouter à l’affaire Karachi, laquelle s’est déjà ajoutée à l’affaire Bettencourt-Woerth. Ca commencerait à faire beaucoup pour un seul homme. Fut-il avocat…
Le quinquennat des affaires !

26 Déc 2010 | Comments (2)

Ah, les femmes !

Jusqu’à présent nous étions tous d’accord pour dire qu’il n’y avait pas assez de femmes en politique. « Un homme sur deux étant une femme », selon la fameuse formule, il n’y avait, en effet, aucune raison pour que le sexe dit « faible » ne soit pas mieux représenté parmi nos dirigeants.
Les femmes ont souvent une sensibilité et une expérience de la vie différentes de celles des hommes, a fortiori quand la gente masculine est essentiellement composée de technocrates ambitieux ne s’étant jamais confrontés avec les difficultés de l’existence.
On a donc pris un certain nombre de dispositions en faveur de la « parité » afin d’inciter les partis politiques à promouvoir la femme. Même si ces « quotas » avaient quelque chose de choquant (on comparait les femmes à des handicapés) et même si les partis ont pour le moins trainé des pieds, il ne fait aucun doute que les choses ont un peu évolué et plutôt dans le bon sens.
Mais, si nous savions, depuis que Mitterrand avait imposé sa bonne amie Edith Cresson à Matignon, qu’une femme pouvait être aussi nulle qu’un homme, nous nous apercevons aujourd’hui que les femmes peuvent être bien pires.
Rachida Dati veut la mairie de Paris, Chantal Jouanno aussi, Anne Hidalgo aussi, Eva Joly, Ségolène Royal, Marine Le Pen veulent l’Elysée. C’est fou !
La nomination de Rachida Dati comme garde des Sceaux avait été présentée comme « un gadget de la diversité ». C’était, en fait, « un gag ». La malheureuse s’est totalement ridiculisée place Vendôme, par son ignorance des dossiers, ses maladresses, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses robes du soir et ses bijoux qui n’étaient même pas de pacotille. Exilée au parlement de Strasbourg avec, comme lot de consolation, la mairie du VIIème arrondissement de Paris, elle a continué à accumuler les bourdes et les gaffes avec une arrogance dépassant l’entendement qui l’a rendue odieuse même aux lecteurs de la presse people.
Et aujourd’hui, voilà qu’elle revendique non seulement un siège de député (lors des législatives de 2012), mais aussi carrément la mairie de Paris (lors des municipales de 2014) et qu’elle affirme à qui veut l’entendre qu’elle a la bénédiction du président de la République pour tenter de succéder à Bertrand Delanoë qui a juré de ne pas se représenter pour un troisième mandat.
Il n’est pas nécessaire d’être « machiste » pour savoir : 1) qu’il sera difficile à la droite de reprendre la mairie de Paris puisque, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, une grande majorité de la population de la capitale a apprécié le règne de Delanoë avec Paris-Plage, les Vélo-lib’, la Nuit blanche, ses amis militants homosexuels, les embouteillages et la flambée des prix de l’immobilier. 2) que la candidature de Rachida Dati permettrait à Anne Hidalgo, héritière désignée de Delanoë, d’avoir une élection triomphale.
Chantal Jouanno, la sous-ministre judoka qui se sent, elle aussi, pousser des ailes, rêve, elle, d’un siège de sénateur de Paris dès l’année prochaine et de la mairie en 2014. Plus prudente que l’autre, elle évoque, pour l’instant, un « ticket » qu’elle formerait avec François Fillon. Mais personne ne peut croire que le sage premier ministre abandonnera la proie sarthoise pour l’ombre parisienne (il n’a oublié ni Seguin abandonnant Epinal, ni Lang abandonnant Blois) et il est donc évident que « le coup du ticket » n’est qu’un leurre.
Quand on interroge les entourages de ces deux candidates virtuelles sur leur programme, les idées qu’elles pourraient avoir sur l’avenir de la capitale, la réponse est la même : « C’est une femme ! » C’est tout de même un peu court.
La candidature d’Eva Joly est, elle aussi, stupéfiante. Qui peut imaginer un seul instant que cette ancienne pétroleuse de la magistrature à l’accent scandinave à couper au couteau ait, même sous les couleurs de l’écologie, la moindre chance de faire un score honorable aux présidentielles de 2012 ? « Oui, mais c’est une femme », nous disent ses amis.
Les « ségolénistes » pour ne pas dire les « royalistes » évoquent eux aussi la… « féminitude » pour expliquer (si ce n’est excuser) la nouvelle poussée d’ambition de leur héroïne. « C’est une femme » révèlent-ils, ajoutant perfidement : « Et en plus elle est jolie » ce qui ne peut être qu’une amabilité à l’égard de Martine Aubry.
Ségolène Royal, Martine Aubry, Eva Joly, Marine Le Pen candidates pour l’Elysée, Rachida Dati, Chantal Jouanno, Anne Hidalgo, candidates pour la mairie de Paris, ce n’est plus de la parité. C’est de la discrimination positive, comme dirait Sarkozy.
Les Français votaient déjà « à la gueule du client », vont-ils voter maintenant selon le sexe des candidats ? En tous les cas, on peut être sûr qu’elles vont savoir se crêper le chignon beaucoup mieux encore que les hommes.

26 Déc 2010 | Comment (1)

Bon Noël !

Qu’on soit croyant ou non, le soir de Noël n’est pas seulement l’occasion d’un plantureux repas de famille et d’une généreuse distribution de cadeaux. Il y a ceux qui célèbrent la naissance du « Fils de Dieu » dans une crèche misérable du Proche-Orient il y a plus de deux mille ans, mais pour les autres, sans doute infiniment plus nombreux, cette soirée est aussi un peu particulière.
Même pour les esprits qui se croient les plus forts, sans Dieu ni Diable, Noël est forcément un instant de répit, une sorte de parenthèse pendant laquelle des mots qui semblent avoir perdu toute signification depuis bien longtemps remontent à la surface.
La « charité », l’ « amour de son prochain », la « solidarité », la « pitié » sont des termes qui font rigoler à longueur d’année tant ils ont été galvaudés, maltraités, piétinés, ridiculisés par notre société de consommation, de profits, de politicards véreux et d’escrocs de tout poil. Mais la nuit de Noël, pour peu qu’il neige un peu et qu’on entende sonner les cloches d’une église voisine, on retrouve inévitablement ses souvenirs d’enfance, quand on croyait encore, bien naïvement, que la vie n’était pas une jungle sans pitié et ces mots que personne n’ose plus prononcer reprennent alors un sens.
Ne versons pas dans « le mélo » facile ni dans « le prêchi-prêcha », mais, ce soir, on ne regarde pas de la même façon les SDF blottis sur une bouche de métro, la file d’attente d’immigrés qui grelottent encore devant la préfecture de police, on n’entend pas avec la même indifférence les informations sur le choléra à Haïti, les tueries en Côte d’Ivoire, la dictature en Birmanie, les bruits de bottes entre les deux Corée et qu’il y a quatre millions de chômeurs en France.
On nous parle beaucoup de « la crise de conscience » que connaît (depuis longtemps) notre pays et du rejet dont est victime aujourd’hui le régime de Sarkozy.
Noël permet de mieux comprendre pourquoi « rien ne va plus » chez nous et pourquoi le chef de l’Etat a fini par se faire détester même par ceux qui avaient été ses partisans.
Nous avons besoin d’un peu d’humanité, de chaleur, de gentillesse. Pourquoi Chirac est-il l’homme politique le plus populaire de France ? Parce que les Français avaient compris qu’au-delà de tous ses défauts et de toutes ses erreurs, il était « un brave type », « un type sympa ».
Sarkozy est une caricature de la société que nous ne supportons plus. C’est la victoire impudique, arrogante du fric, du CAC40, des PDG, des bonus, des magouilles et des pires combines entre copains. C’est un Etat qui n’est plus au service de la Nation, c’est à dire de tous et notamment des plus faibles, mais qui veut imposer son ordre, son système, ses interdits. Au nom du réalisme, c’est-à-dire de la loi du plus fort.
Sarkozy n’a rien compris aux Français. Certes, nous voulons tous, plus ou moins, nous enrichir et nous exigeons de l’Etat qu’il assure notre sécurité. Mais nous détestons « les nouveaux riches » et ne supportons pas « les descentes de police », « les opérations coup de poing », « les chasses au faciès ». Nous haïssons tout autant l’oligarchie que le régime policier. Or, il faut bien dire que, depuis trois ans, nous balançons de l’un à l’autre, d’une soirée au Fouquet’s au discours de Grenoble, en passant par l’affaire Bettencourt-Woerth, l’expulsion des Roms, les rétro-commissions de Karachi et les coups de sifflets d’Hortefeux.
Nous ne croyons plus depuis longtemps au Père Noël mais nous sommes tous, et quelles que soient nos origines ou nos croyances, marqués par ce qu’on appelle depuis deux millénaires « le message de Noël ».
Un peu d’humanisme, Bon Dieu !
Bon Noël à tous.

24 Déc 2010 | Comments (5)

Karachi: l’étau se resserre

Certains amis de ce petit blog vont trouver que ça commence à tourner à l’obsession chez moi. Mais je suis de plus en plus convaincu que l’affaire de Karachi va jouer un rôle important dans la campagne présidentielle qui commence. Cela fait des mois que je le clame et le proclame.
Et aujourd’hui, on est bien obligé de constater que… l’étau se resserre, comme on dit dans les romans policiers.
Jusqu’à présent, à l’Elysée, on se contentait de hausser les épaules et de s’indigner des « suspicions malveillantes » que certains « colportaient ».
A entendre Sarkozy et ses proches, rien ne prouvait que l’attentat qui, à Karachi, en 2002, avait fait quinze morts (dont onze Français salariés de la Direction des Constructions navales) ait eu le moindre rapport avec l’arrêt, en 1995, des commissions versées à des intermédiaires dans le cadre de la vente par la France au Pakistan de deux sous-marins en 1994.
D’ailleurs, en tout état de cause, répétait-on dans l’entourage du président, cet arrêt de versement avait été décidé par Jacques Chirac quand il était devenu président de la République. Donc, dans le cas (improbable, selon l’Elysée) où l’attentat aurait été une vengeance contre l’arrêt du versement de ces commissions, le seul responsable de la mort des quinze victimes ne pouvait être que Chirac lui-même.
Circulez, il n’y a rien à voir.
Malheureusement pour Sarkozy et les siens, quand, dans les affaires de contrats d’armement, on parle de commissions versées à des intermédiaires locaux, on pense tout de suite à des rétro-commissions qui auraient, elles, été versées en retour à des Français. Auxquels ? Forcément à ceux qui ont négocié le contrat.
Qui a négocié ce fameux contrat ? Des sous-fifres, comme toujours. Mais il est évident qu’en 1993 et 1994, tout a été dirigé, géré, surveillé par Matignon (Edouard Balladur), par Bercy (Nicolas Sarkozy), par la rue Saint Dominique (François Léotard) et par le Quai d’Orsay (Alain Juppé). On ne vend pas des sous-marins comme on vend du matériel agricole. A fortiori à un pays clé de toute une région, le Pakistan, qui possède l’arme atomique et qui, depuis quarante ans, est en guerre larvée avec son voisin, l’Inde.
Naturellement que Balladur, Sarkozy, Léotard et Juppé aient été au courant de ce contrat, de ces commissions (parfaitement légales) et même de ces rétro-commissions (totalement interdites) ne signifie pas qu’ils aient été les bénéficiaires de ces rétro-commissions.
Circulez, il n’y a rien à voir.
Sauf que… les comptes de la campagne présidentielle de Balladur en 1995 n’étaient pas nets (pas plus d’ailleurs que ceux de la campagne de Chirac), qu’on sait maintenant que le Conseil constitutionnel, alors présidé par Roland Dumas, les a certifiés en violant totalement toutes les lois et que tout le monde avait, dès 1995, compris que si Chirac avait fait arrêter le versement des commissions aux intermédiaires pakistanais c’était surtout pour mettre un terme aux rétro-commissions dont il était convaincu qu’elles renflouaient les comptes de Balladur.
Jusqu’à présent, le juge Renaud van Ruymbeke qui instruit l’affaire avait de sérieux soupçons mais il manquait cruellement de la moindre preuve. On ne signe pas de reçu quand on touche des rétro-commissions.
Il avait tout de même pu apprendre que c’était le ministre du Budget en personne, Sarkozy, qui avait mis sur pied deux sociétés (au Luxembourg), Heine et Eurolux, pour faire transiter discrètement les commissions. Certes, cela commençait à sentir mauvais pour l’ancien ministre du Budget, mais il pouvait toujours affirmer (sans vraiment convaincre) qu’il n’avait jamais entendu parler de rétro-commissions.
Or, et c’est ici que l’étau se resserre sérieusement, van Ruymbeke vient d’interroger Alain Juillet qui lui a carrément avoué que l’Elysée lui avait demandé, en 2008, de « faire quelque chose » pour étouffer l’affaire.
Alain Juillet n’est pas n’importe qui. Il est, d’abord, le neveu de Pierre Juillet, le fameux « père Joseph » de Pompidou qui, pendant des années, joua avec sa complice Marie-France Garaud, un rôle essentiel au sommet de l’Etat. Pendant des années, Alain Juillet a travaillé chez Ricard (comme Charles Pasqua). En 2002, il est devenu, officiellement, directeur du renseignement à la DGSE. Puis, il a pris la direction de « l’intelligence économique » au Secrétariat général du gouvernement et à Matignon. Il s’agit donc d’un de nos meilleurs « James Bond en col blanc ».
Or, c’est lui que l’Elysée charge, en 2008, de prendre contact avec Jean-Marie Boivin, l’ancien mandataire de Heine et d’Eurolux, les deux sociétés luxembourgeoises créées par Sarkozy, et par lesquelles transitaient les commissions.
Pourquoi ? Parce que Boivin, furieux de ne pas avoir touché sa part de commissions jusqu’au bout, a fait savoir à qui de droit qu’il possédait des documents importants et compromettants et que, si on ne se montrait pas généreux à son égard, il n’hésiterait pas à les rendre publics. Le mandataire se transformait en maître-chanteur. C’est, paraît-il, un grand classique dans le monde des marchands de canon.
Première question : pourquoi diable l’Elysée avait-il quelque chose à redouter des documents détenus par Boivin ?
Juillet a rencontré Boivin à trois reprises, à Londres. Mais, et toujours d’après le témoignage de l’homme de la DGSE devant van Ruymbeke, l’affaire, c’est-à-dire le rachat des documents compromettants, ne s’est pas faite. Boivin demandait trop cher et Juillet n’était pas sûr de l’authenticité des documents.
Cela dit, Juillet a appris depuis que Boivin avait finalement remis ses documents aux « autorités françaises » et reçu en échange, en janvier 2009, la coquette somme de 8 millions d’€.
Deuxième question : quelles sont les « autorités françaises » qui ont récupéré les documents et qui ont payé ces 8 millions d’€ ?
Le juge van Ruymbeke n’a toujours pas de preuves mais il commence à avoir des aveux.
Sans vouloir maltraiter la présomption d’innocence, si l’Elysée a bel et bien payé 8 millions d’€ à un maître-chanteur, ancien personnage clé du contrat de la vente des sous-marins, pour récupérer des documents cela pourrait laisser supposer que les soupçons qui circulent depuis des années en laissant entendre que l’ancien porte-parole (et ministre du Budget) de Balladur, devenu depuis président de la République, n’ignorait pas tout de ce qu’il faudra bien finir par appeler « un scandale d’Etat » ne sont pas dénués de tout fondement…
On dit que Dominique de Villepin attend sereinement la venue en appel, en main prochain, du procès Clearstream. Il doit surtout attendre avec délectation la suite de ce roman-feuilleton de l’affaire de Karachi, lui qui était, à l’époque, directeur de cabinet d’Alain Juppé, au quai d’Orsay, c’est-à-dire parfaitement au courant du contrat, avant de se retrouver secrétaire général de l’Elysée aux cotés de Chirac, c’est-à-dire parfaitement au courant des raisons qui avaient poussé Chirac à interrompre le versement des commissions.
Il paraît qu’on va faire un film sur l’affaire Bettencourt. Mais c’est sur cette affaire de Karachi qu’il faut faire un film !

23 Déc 2010 | Comments (2)

L’embarras du choix

Ce qui est bien par les temps qui courent, c’est qu’on a l’embarras du choix pour s’indigner, s’insurger et gueuler (dans le désert). Qu’il pleuve ou qu’il neige à gros flocons comme en ce moment, « ils » innovent chaque jour dans la provocation, dans l’impudeur, dans le mépris du « bon peuple ».
La nomination de Rama Yade comme ambassadeur de France auprès de l’Unesco est, évidemment, scandaleuse. Etre ambassadeur c’est déjà bien, question salaire, résidence et notes de frais (on dit dans ce cas-là « frais de représentation »), mais l’être à Paris c’est encore mieux. On n’est pas dépaysé et, tout en se faisant appeler « excellence », on peut parfaitement continuer à voir ses copains.
En plus, on ne doit pas être débordé de travail. Personne n’a jamais su à quoi pouvait bien servir ce « machin du machin » qu’est l’Unesco si ce n’est à permettre à quelques milliers de fonctionnaires du monde entier de se goberger aux frais de la communauté internationale dans la plus belle ville du monde.
Quand on connaît le nombre d’illettrés de la planète, on se dit que ce « truc », créé en 1945 et dont le but officiel est de « contribuer au maintien de la paix en resserrant par l’éducation la collaboration entre les pays », pourrait être supprimé sans grand dommage. Surtout quand on sait qu’il absorbe goulument 70% de son budget pour sa propre administration, ne consacrant que 7% à la lutte contre l’illettrisme.
Ne soyons cependant pas totalement injustes. La dernière grande initiative de l’Unesco mérite, sans conteste, d’entrer dans une anthologie de l’absurdité. L’organisation internationale a, en effet, décidé d’inscrire… « le repas gastronomique à la française, avec ses rituels et ses présentations » (sic) au « patrimoine culturel immatériel de l’Humanité » (re-sic !) Avec, il est vrai, la dentelle au point d’Alençon.
Même si cela flatte notre fierté nationale et même si l’on apprécie à sa juste valeur la gastronomie française (et le point d’Alençon), on peut tout de même s’étonner que ces diplomates du monde entier, chargés de « contribuer au maintien de la paix » n’aient rien trouvé d’autre à faire que de comparer les différentes gastronomies de la planète. Quand on vous disait qu’ils se gobergeaient !
Rama Yade ne va donc pas crever de faim. Cela dit, sa nomination est effectivement scandaleuse. Mais qui pourrait s’en indigner. L’ambassade France à l’Unesco est, depuis bien longtemps, le « fromage » qui sert de lot de consolation aux ministres virés. Elle succède à Catherine Colonna qui avait été virée du ministère des Affaires européennes (sans que l’on ait jamais su qu’elle en avait été la ministre déléguée) et on a oublié depuis longtemps que Françoise de Panafieu avait, elle aussi, été casée à l’Unesco quand, « petite jupette », elle avait été virée du ministère du Tourisme.
Personnellement, j’aurais préféré être nommé ambassadeur à Rome, pour habiter le palais Farnèse. Ou patron des chasses présidentielles pour vivre entre Rambouillet et Chambord. Mais là n’est pas le problème. Le problème est de savoir si, dans un Etat de droit –et « irréprochable », selon le mot de Nicolas Sarkozy lui-même- les postes de la haute administration sont attribués aux plus compétents ou aux meilleurs copains.
Dans un autre domaine, on pourrait aussi s’indigner de l’idée du jour d’abaisser l’âge de l’éligibilité à 18 ans. Pourquoi pas, dira-t-on puisque Giscard a abaissé l’âge du droit à vote à 18 ans ? Oui, mais imagine-t-on un parlement composé uniquement de « gosses » vivant encore chez leurs parents, essayant encore de passer le bac et n’ayant toujours pas la moindre idée de ce qu’est le monde du travail ? « Le jeunisme, ça commence à bien faire ! » comme a dit Sarkozy à propos de cet autre fléau à la mode qu’est l’écologisme fanatique.
A propos de l’écologie d’ailleurs, cette nouvelle lubie de vouloir interdire les véhicules « polluants » dans les grandes villes mérite aussi un coup de gueule. Il faudrait arrêter de tout nous interdire, de fumer (même dans les bureaux de tabac), de boire (un peu, même le soir de Noël), de promener nos chiens sans laisse (même dans les parcs publics), etc. Jadis pays de toutes les libertés, la France est en train de devenir celui de tous les interdits, sous la tyrannie de quelques lobbies à la mode.
Quand on a visité les zones industrielles chinoises, indiennes ou américaines, on ne pense pas que ce soient vraiment les quelques 4×4 de nos « frimeurs des villes » qui mettent en péril la planète. Et a-t-on pensé aux malheureux banlieusards qui cherchent du travail à bord de vieilles voitures diesel et qui n’ont pas eu les moyens de profiter de la prime à la casse ?
Mais non. « Ils » s’en foutent. Copinage et démagogie semblent être, plus que jamais, les deux mamelles du pouvoir.

23 Déc 2010 | Comment (1)

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