Cette fois, Villepin a « lâché le morceau » et y est allé à l’artillerie lourde. Ce matin, au Grand rendez-vous d’Europe 1, il a déclaré froidement et textuellement : « Nicolas Sarkozy est aujourd’hui un des problèmes de la France et il est temps que la parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 soit refermée ».
Naturellement, toute la journée, la camarilla sarkoziste a poussé des cris d’orfraie. Copé qui se voit déjà secrétaire général de l’UMP, s’est écrié : « Ces propos ne sont pas acceptables. Il faudra que Villepin nous dise dans quel camp il est », Hortefeux qui rêve de devenir secrétaire général de l’Elysée, s’est étranglé en hurlant : « Villepin parle comme Mélenchon », Jacques Myard qui aimerait sûrement devenir ministre, a vociféré : « Villepin a pété les plombs », Accoyer qui a bien besoin de Sarkozy pour apaiser le début de mutinerie dont il pourrait être victime sur son perchoir, s’est drapé dans l’indignation : « Ce sont là des propos choquants, scandaleux, disqualifiant, pour faire échouer sa propre famille politique », etc., etc.
Tous ces braves gens ont fait mine d’être stupéfaits par cette attaque en règle de Villepin. Comme s’ils n’avaient pas compris, depuis longtemps déjà et comme tout le monde, que l’ancien premier ministre avait bel et bien décidé de se présenter à la présidentielle en 2012.
Villepin a créé son club, puis son club s’est transformé en parti politique, « République solidaire », avec des groupes de réflexion, des fédérations départementales, un réseau social, puis il a multiplié les déplacements en province et les « petites phrases » (venimeuses) contre Sarkozy. Depuis des mois, il laboure le terrain et est déjà, ostensiblement, en campagne.
Il a très clairement pris position, en s’érigeant en adversaire de Sarkozy, avec l’espoir évident de devenir, dans les mois qui viennent, « l’homme recours » dont la droite a besoin. Il est convaincu que Sarkozy sera battu en 2012, il veut offrir à son camp, la droite, une alternative pour éviter la victoire programmée de la gauche.
C’est, toute proportion gardée, exactement ce qu’avait fait Jacques Chirac qui, convaincu que Giscard serait battu en 1981, avait créé le RPR, multiplié les attaques contre le président (on se souvient du fameux appel de Cochin) et s’était effectivement présenté contre Giscard.
On a oublié sa déclaration de candidature, le 3 février 1981 : « La France est riche d’histoire et de culture. Elle a les moyens de la grandeur et du progrès et pourtant elle s’affaiblit. Son économie vacille, ses positions dans le monde s’effritent, la lassitude et le doute s’insinuent au cœur des Français. Il faut arrêter ce processus de dégradation (…) J’appelle tous ceux qui veulent rester fiers d’être français à se rassembler pour relever les défis du monde qui vient J’appelle toutes les Françaises et tous les Français à l’ardeur de l’espérance et au sursaut de la volonté ».
Villepin a déclaré ce matin : « Il faut refermer cette parenthèse parce que les résultats ne sont pas là, parce que notre pays est amoindri, parce que nous sommes divisés, parce que nos principes sont affectés. Nous avons besoin de remettre ce pays à l’endroit or nous sommes à l’envers. Nous n’avons pas de vision de là où nous devons aller et nous prenons l’eau ».
Villepin contre Sarkozy, c’est Chirac contre Giscard, à trente ans de distance. Certes, Villepin ne possède pas l’appareil qu’avait Chirac avec le RPR, certes Villepin n’est ni député de Corrèze ni surtout maire de Paris, mais, comme Chirac en 1981, Villepin sait que le président « sortant » n’a guère de chance d’être réélu. On peut d’ailleurs ajouter que Giscard n’avait pas atteint les records d’impopularité que connaît aujourd’hui Sarkozy.
Seulement voilà, on connaît l’histoire : Chirac a été battu au premier tour de 81 et a, sans doute, facilité la victoire de Mitterrand.
Villepin peut-il espérer autre chose que de contribuer à la défaite de Sarkozy ? Comme Chirac en 81 avait récupéré les déçus de Giscard, il va récupérer tous les déçus de Sarkozy. Mais Chirac n’avait recueilli que 5.225.000 voix, soit 17,99% des suffrages. Les déçus de Sarkozy seront-ils plus nombreux que n’ont été les déçus de Giscard ? Tout est là.

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