Les Français étaient en droit, hier soir, devant leur téléviseur, d’attendre quelques explications de la part de Nicolas Sarkozy.
Ils pensaient qu’en une heure et demie (ce qui est bien long) le président de la République leur dirait
-pourquoi il lui avait fallu cinq mois pour procéder à un remaniement ministériel qu’il leur avait annoncé au lendemain de la déroute des régionales,
-pourquoi, après avoir évoqué un « virage social » et l’arrivée de Jean-Louis Borloo à Matignon, il avait finalement gardé Fillon,
-pourquoi il avait éliminé sans ménagement les centristes, les ralliés venus de gauche et les incarnations de la diversité,
-pourquoi il avait ostensiblement « RPR-isé » ce gouvernement en faisant revenir de son exil bordelais Alain Juppé et en promouvant Michèle Alliot-Marie aux Affaires Etrangères
et qu’il leur annoncerait comment il avait l’intention de gérer les dix-sept mois qui lui restent jusqu’aux présidentielles de 2012.
Les Français ont sans doute été déçus. Nicolas Sarkozy ne leur a pas expliqué l’inexplicable. Et pour les projets, rien de bien nouveau. On savait déjà qu’au cours de ces quelques mois de précampagne on parlerait du chômage des jeunes, de celui des vieux, de la dépendance et de la fiscalité. Peut-être a-t-il fait, hier, un petit pas de plus vers la suppression de l’ISF et du bouclier fiscal.
Ce que les téléspectateurs retiendront sans doute c’est la curieuse posture qu’a cru devoir adopter le président. Ce fut la seule nouveauté de la soirée.
Il nous a indéfiniment répété qu’il savait parfaitement qu’il n’était… pas populaire, qu’il avait pris des mesures… impopulaires et qu’il avait bien l’intention d’en prendre encore de nouvelles et toutes aussi… impopulaires.
Belle lucidité de la part d’un chef d’Etat qui est à plus de 70% d’impopularité dans tous les sondages et dont la grande réforme vient de faire descendre, à sept reprises, deux ou trois millions de gens dans les rues.
Hier soir, Sarkozy se vantait carrément de cette impopularité en nous déclarant en substance : ma politique est indispensable, il n’y en a pas d’autre et tant pis si les Français ne sont pas contents, je fais mon devoir de chef d’Etat.
On peut naturellement se réjouir que Sarkozy abandonne ses penchants pour la démagogie. Oublié le « Ensemble tout devient possible », oublié le « Travailler plus pour gagner plus » de la campagne de 2007 et même le discours racoleur de Grenoble qui voulait séduire l’extrême droite. Il ne cherche plus à séduire l’opinion. Il est prêt à se faire lyncher par les Français pour sauver la France. Il fait… « à la France le sacrifice de sa personne ».
Certains seront peut-être sensibles à ce « sacrifice » sur la place publique. D’autres trouveront étonnant qu’un candidat commence sa campagne électorale en se targuant d’être impopulaire.
Mais il est vraisemblable que la grande majorité des Français, ceux qui justement rejettent le président, se souviendra qu’en démocratie un chef d’Etat qui joue l’impopularité perd toute légitimité et que les réformes, aussi indispensables soient-elles, ne peuvent être acceptées que si elles recueillent un minimum de consensus.
C’est très bien de refuser la démagogie, de ne plus chercher à caresser dans le sens du poil tel ou tel électorat, de ne penser qu’à l’intérêt supérieur de la Nation, mais, en démocratie, on ne peut pas mépriser ainsi l’opinion. On ne fait pas le bonheur du peuple malgré lui. Et on a d’ailleurs rarement raison, seul contre lui.

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