Hier, en nous présentant le nouvel, accord franco-britannique sur la défense, Nicolas Sarkozy nous a répété à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’un texte « sans précédent ». Il semble que cela soit la nouvelle expression passe-partout du président. « Sans précédent ».

Nous allons avoir des laboratoires de recherche nucléaire franco-britanniques. « C’est sans précédent ». Cela fait des années qu’on nous parle de la coopération franco-ceci ou franco-cela en matière de recherche nucléaire ou autres. Nous allons avoir une unité combattante franco-britannique. « C’est sans précédent ». Mais qu’est donc devenue la brigade franco-allemande dont on nous avait rebattu les oreilles il y a quelques mois ?

A lire la presse anglaise d’aujourd’hui qui s’indigne à la seule idée que les soldats d’élite de sa gracieuse majesté pourraient se retrouver sous les ordres d’officiers français, il ne semble pas que l’enthousiasme, « sans précédent » de Sarkozy soit partagé de l’autre coté de la Manche.

Il est évident que de simples raisons économiques devraient inciter Paris et Londres à « mutualiser » leurs efforts en matière d’armement. Mais il est tout aussi évident que les Britanniques n’ont pas une admiration sans bornes pour l’armée française, tout comme il est évident que les liens qui unissent, notamment en matière militaire, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis rendront cet accord signé hier rapidement caduc.

Mais ce qui est intéressant c’est ce nouveau tic verbal du président de la République. Un chef d’Etat devrait savoir à la fois que tout ce qui est plus ou moins nouveau est « sans précédent » et qu’il n’y a jamais rien de très nouveau dans ce bas monde. Comme disait Georges Pompidou « Il faut une bien grande vanité pour s’imaginer qu’en politique on peut écrire sur une plage blanche ».

Certes, on peut dire que la dette de la France et ses déficits sont « sans précédent », que la rapide montée du chômage est « sans précédent », que l’impopularité actuelle du sixième président de la Vème République est « sans précédent ». Mais Sarkozy préférait, sans doute, innover dans d’autres domaines.

Cette obsession de l’innovation n’est pas nouvelle chez lui. Le mot « rupture » qui avait été la clé de sa victoire de 2007 sous-entendait l’innovation, le « vous allez voir ce que vous allez voir », le « un monde meilleur va s’ouvrir », le « sans précédent ». Mais c’est redoutable car cela signifie, en fait et surtout, le « demain on rase gratis », les gadgets, les lapins qu’on sort de son chapeau.

Ce sont les camelots des boulevards qui vantent leur camelote en s’écriant : « C’est tout beau, c’est tout nouveau », « Du jamais vu », « Du sans précédent ». Pour attirer les chalands, rouler les naïfs, épater les gogos.

On n’innove jamais rien en politique parce qu’il y a le poids du passé, les pesanteurs du présent et les exigences de l’avenir, autant dire les réalités qui ont la peau autrement plus dure que toutes les innovations du concours Lépine.

Les rodomontades des hommes politiques, même quand ils sont parfaitement de bonne foi et encore plus de bonne volonté, se heurtent toujours à la dureté de ces réalités. « Yes, we can ! » s’était écrié Barak Obama. Eh bien, « he could not ! ».

Il ne faudrait pas que Sarkozy nous fasse le coup du « sans précédent » tout au cours de sa campagne électorale.

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