On peut penser ce qu’on veut des sondages et s’étonner que, parfois, sur une même question, les résultats soient si différents d’un institut à l’autre.
On peut, aussi, se demander si le journal, l’hebdomadaire ou la chaîne de télévision qui a commandé le dit sondage n’a pas eu une sorte d’influence sur les résultats. Bien souvent, l’opinion des Français « sondés » –pourtant, en principe, toujours « représentatifs », précisons-le bien- n’est pas tout à fait la même dans les études publiées par le Nouvel Observateur ou Le Figaro.
Mais le plus drôle reste, bien sûr, la manière dont ces journaux présentent leurs sondages.
La campagne pour les présidentielles étant désormais ouverte, certains estiment sans doute qu’il n’y a vraiment plus de raison de se gêner. Si tant est qu’ils se soient jamais gênés.
Le pompon revient aujourd’hui au Figaro. Le quotidien de Serge Dassault titre en effet : « La cote de popularité de Nicolas Sarkozy reste stable dans la tempête »
On a envie de s’écrier « Bravo l’artiste ! ». L’artiste en question n’étant pas le président de la République mais le « journaliste » (les guillemets s’imposent) qui a eu le culot de prendre ses lecteurs à ce point pour des imbéciles.
Et, dans son article, il va encore plus loin, écrivant textuellement : « Nicolas Sarkozy a réussi un exploit ». On croit rêver ! Mais c’est un cauchemar. Où en est tombée la presse française ! Le type qui a publié çà a-t-il vraiment sa carte de presse ? Attend-il de Serge Dassault une prime exceptionnelle en fin d’année ? Il l’aurait amplement méritée.
Il précise d’ailleurs ce qu’il entend par « l’exploit » de Nicolas Sarkozy : « Des millions de Français ont eu beau défiler dans les rues, crier haut et fort leur sentiment d’amertume et d’injustice, la popularité du chef de l’Etat est restée inchangée ». Visiblement à contrecœur, il ajoute « Basse, certes, mais intacte »
Et c’est comme à regret qu’il est bien obligé d’avouer que cette cote de popularité du président de la République « stable, inchangée et intacte » est de… 26% d’avis favorables, contre 72% d’avis défavorables. C’est le record absolu d’impopularité d’un président de la République depuis les débuts de la Vème République. Trois quarts des Français le rejettent. Stable et inchangée !
Cette stabilité est d’ailleurs toute relative puisque Sarkozy a perdu quatre points depuis septembre et… quarante points depuis le début de son quinquennat, il y a trois ans et demi.
Le pire c’est que la plupart des éditorialistes du même journal nous avaient affirmé, ces dernières semaines, qu’avec le discours de Grenoble et la fermeté dont il faisait preuve pour cette réforme des retraites, Sarkozy regagnerait, évidemment, l’électorat de droite qu’il a perdu.
Il n’a rien gagné du tout. Il est stable dans le refus des Français. En continuant à perdre dix points par an, il sera à… 10, 11% d’opinions favorables au moment des présidentielles. Stable !
C’est Le Figaro qui a réussi un « exploit » en présentant ainsi ce sondage. Mais on ne peut pas dire que l’ancien journal de Pierre Brisson et de Raymond Aron soit « inchangé » ni surtout « intact ».

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