Le petit jeu des sondages continue de plus belle et il est évident que les sondeurs en tout genre ont de beaux jours devant eux jusqu’aux présidentielles de 2012.
Tout le monde affirment que les sondages ne valent que ce qu’ils valent, c’est-à-dire pas grand-chose, surtout à dix-huit mois d’un scrutin, mais chacun reconnaît que ces sondages qui ne valent rien ont… une importance considérable. En effet, ils impressionnent l’opinion et font réfléchir les appareils et les éventuels candidats.
Le sondage TNS-Sofres que publie cette semaine de Nouvel Observateur ne va laisser personne indifférent.
Au premier tour, Dominique Strauss-Kahn recueillerait 27% des voix (alors que Martine Aubry n’en recueillerait que 23%, Ségolène Royal 17% et François Hollande 16,5%) devant Nicolas Sarkozy à 24% (François Bayrou à 6%, Jean-Louis Borloo à 5%, Dominique de Villepin à 4%) et Marine Le Pen à 13,5%.
Mais ce sont, évidemment, les résultats du second tour qui retiennent l’attention. DSK l’emporterait triomphalement avec 62% des voix devant Sarkozy à 38%.
Même si on sait que Sarkozy est rejeté aujourd’hui comme ne l’a été aucun de ses prédécesseurs, la chose parait stupéfiante dans un pays qui est, grosso-modo, à 50/50 entre droite et gauche. Si l’on met à part le duel « inattendu » de 2002 entre Chirac et Le Pen, jamais aucun candidat ne l’a emporté avec plus de 60% des voix et, du même coup, jamais aucun candidat n’a été battu avec moins de 40%. Même Poher, face à Pompidou en 1969, avait pu obtenir 42% des suffrages.
Si personne ne va vouloir, à gauche, vendre la peau de l’ours ou, à droite, abandonner la partie, ce sondage qui fait suite à d’autres études d’opinion qui allaient déjà dans le même sens, va, évidemment, influencer les uns et les autres.
Quel sympathisant, militant ou apparatchik de gauche pourrait aujourd’hui, dans des primaires, choisir un autre candidat que DSK donné ainsi gagnant à coup sûr ? A moins de vouloir prendre le risque de faire perdre la gauche. Ce qui ne serait même pas assuré d’ailleurs puisque ce même sondage fait gagner au second tour contre Sarkozy, aussi bien Martine Aubry (55%), que François Hollande (55%) et même que Ségolène Royal (52%).
A droite, ce sondage va, évidemment renforcer tous ceux qui depuis des mois murmurent que Sarkozy n’est « peut-être pas le bon cheval pour 2012 ». La plupart d’entre eux semble avoir fait une croix sur ces prochaines présidentielles et ne déjà plus penser qu’à 2017. Des hommes comme Fillon ou Copé sont convaincus qu’après un quinquennat avec DSK à l’Elysée et Martine Aubry à Matignon, la droite (que chacun des deux pensent incarner) n’aura aucun problème pour revenir au pouvoir.
Mais d’autres ont une vue plus courte. Notamment les parlementaires qui savent parfaitement que si DSK l’emporte dans de telles proportions, les législatives qui s’en suivront seront épouvantables pour les 317 députés UMP dont bien peu auront une chance de retrouver leur siège.
« On peut aller à l’abattoir la fleur au fusil mais ce n’est jamais de gaité de cœur » me disait assez joliment un de ces députés en découvrant ce sondage. Après un silence éloquent, il ajoutait : « Oui, mais qui d’autre ? »
En fait, la gauche a dix-huit mois pour « bousiller » la chance incroyable que lui a donnée Sarkozy. Il lui suffit de refuser DSK, de s’entredéchirer sur le choix d’un autre candidat et de s’étriper sur le programme. Elle en est parfaitement capable.
Et la droite a tout autant de temps pour se trouver une alternative ce qui sera beaucoup plus difficile. Certains imaginent un Fillon claquant dans six mois la porte de Matignon, demandant à Sarkozy qui l’a fait roi et prenant la tête d’une insurrection de parlementaires. D’autres voient déjà Copé faisant un coup d’Etat à la tête de ses troupes de l’UMP. D’autres encore se demandent si, après tout, Villepin ne pourrait pas devenir, au fil des mois et de scandale en scandale, un homme recours si ce n’est providentiel.
La gauche hésite devant une victoire programmée, la droite rêve encore d’une divine surprise.

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