« Mais qu’a-t-il bien pu lui promettre pour qu’elle annonce brutalement sa candidature ? » C’est la question que se posaient, en souriant, ce lundi soir, un certain nombre d’observateurs en apprenant que Ségolène Royal faisait soudain acte de candidature à la candidature.
Personne n’ayant oublié que Sarkozy avait facilité la nomination de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI croyant ainsi s’en débarrasser à tout jamais, on était, en effet, (presque) en droit de se demander si le président de la République avait, cette fois, promis à la présidente de la région Poitou-Charentes un poste à l’OMS, à l’Unesco ou à la tête d’une vague organisation charitable pour qu’elle tente de compromettre le parcours de DSK donné, actuellement, vainqueur du second tour de la présidentielle avec 62% des voix.
En tous les cas, le « pacte » -qui n’était peut-être qu’un « accord »- entre Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal vient de voler en éclats.
Rares, même au PS, étaient d’ailleurs ceux qui s’imaginaient que la guerre des ego était terminée rue Solferino.
Ces pactes-accords sont comme les mariages. Ca peut, éventuellement, marcher à deux, jamais à trois. Et là tout le monde avait compris que Martine laissait l’Elysée à Dominique à condition d’avoir elle-même Matignon. Ne restait plus pour Ségolène qu’un vague ministère, sans doute aux affaires sociales, ou, au mieux, le perchoir de l’Assemblée. Elle était le dindon de la farce, la cocue de l’histoire. Et, comme souvent, la cocue se rebiffe, quitte à faire des dégâts considérables dans l’appartement. Feydeau a merveilleusement raconté la scène.
Naturellement, Ségolène Royal peut estimer en son âme et conscience qu’elle a toute la légitimité nécessaire pour être candidate. Elle est la « candidate sortante », son score en 2007 n’a pas été aussi ridicule qu’on l’a dit et elle a donc une revanche personnelle à prendre.
Elle pense, peut-être aussi, que les primaires lui ayant réussi la dernière fois, contre Strauss-Kahn (déjà) et Fabius, les prochaines primaires pourraient, aussi, lui être favorables d’autant plus qu’elles seront élargies à tout « le peuple de gauche », que certains reprochent encore à Martine Aubry de lui avoir volé, lors du congrès de Reims, la place de première secrétaire du PS et qu’elle peut compter sur un bon nombre de ses petits camarades du parti pour fusiller le directeur général du FMI, au nom d’une idéologie à laquelle plus personne ne croit.
Là, elle oublie une seule chose importante : si les militants du parti l’ont choisie en 2007 c’était parce qu’elle était donnée favorite dans tous les sondages. Par définition, et on ne peut guère le leur reprocher, les électeurs à une primaire choisissent celui (ou celle) que les sondages donnent vainqueur à l’élection. Aujourd’hui, c’est Strauss-Kahn, très haut la main.
Ségolène pourra-t-elle renverser les sondages d’ici à septembre 2011, date prévue pour ces primaires ? On ne voit pas ce qu’elle pourrait faire contre « le grand absent de Washington ».
Mais elle peut toujours espérer qu’à partir de juin, quand DSK aura bien été obligé d’abandonner le FMI pour faire acte de candidature à la candidature et contraint, du coup, de sortir de son mutisme élégant, les Français (de gauche) s’apercevront que l’ancien meilleur économiste du PS n’est qu’un suppôt du grand capitalisme, apôtre de la rigueur et chevalier blanc de toutes les austérités.
Il ne lui resterait plus alors qu’à vaincre Martine Aubry, le père de ses quatre enfants François Hollande et quelques figurants du genre Valls ou Montebourg. Personne, pas même elle, n’a pour l’instant la moindre idée du programme qu’elle pourrait alors présenter. Mais çà n’a aucune importance.
On imagine volontiers que dans ses nuits agitées, Sarkozy rêve d’un tel scénario.
Ce qui est sûr c’est que cette candidature surprise et pour le moins prématurée de « Madame Chabichou » ne manque peut-être pas de « bravitude » mais ne va pas, c’est une certitude, donner une très bonne image de la « camaraditude » qui règne au sein du PS et que les socialistes ne pourront plus guère ironiser sur les petites guéguerres que se livrent à l’UMP MM. Fillon, Copé et Bertrand.
Et nous ne sommes encore à dix-sept mois de l’échéance…

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