Ca y est. Ils sont déjà un certain nombre à être prêts pour les présidentielles. Pas pour les prochaines, celles de 2012, non, pour celles de 2017.
Jean-François Copé s’installe à la tête de l’UMP. Théoriquement pour tout mettre en œuvre afin d’assurer la réélection de Sarkozy. En fait, comme il n’est pas un imbécile, il n’y croit pas un seul instant et ne veut faire du parti qu’une machine de guerre pour le conduire, lui, Copé, à l’Elysée en 2017. Il a d’ailleurs le culot provocateur de ne même pas faire mine de s’en cacher.
Il va donc « copéïser » à outrance le mouvement qui n’ose plus guère se référer au gaullisme, encore moins au chiraquisme et de moins en moins au sarkozisme. Comme personne, pas même lui, ne sait ce qu’est le « copéïsme », la « copéïsation » de l’UMP va simplement consister pour lui à placer des hommes sûrs aux postes clés et à éliminer les rivaux éventuels, les centristes mous, les nostalgiques du passé et tous ceux qui pourraient avoir des états d’âme.
Ayant bien étudié le parcours de ses idoles d’autrefois, Copé va jouer les bulldozers à la Chirac et manier le Karcher à la Sarkozy. Pendant les dix-huit mois qui viennent, il sera à la tête du parti majoritaire, en face de Sarkozy, comme l’avait été Chirac en face de Giscard ou Sarkozy lui-même en face de Chirac. Derrière lui, une mitraillette à la main. Copé a toujours réclamé un « retour aux fondamentaux » Mais les « fondamentaux » de Copé ne sont pas tout en finesse.
Le « programme » de Copé est évident : conduire l’UMP à l’abattoir de 2012 mais en lui promettant des après-demain triomphants.
Copé est un malin. S’il avait accepté d’entrer au gouvernement comme le lui a proposé avec insistance Sarkozy, il aurait lié son sort à une équipe qu’il sait vaincue d’avance. En prenant la tête de l’UMP, c’est-à-dire de tous ceux qui reprochent déjà à Sarkozy de mener la droite à la défaite, il pense devenir –encore mieux qu’il ne l’a été à la tête du groupe parlementaire de l’Assemblée- l’homme recours pour l’avenir, le sauveur pour l’après-déroute.
Fillon, lui aussi, se prépare et, lui aussi, pour 2017. Il vient de remporter une belle victoire en imposant son maintien à Matignon mais il ne se fait aucune illusion. Il sait parfaitement que, contrairement à ce qu’on a affirmé, Sarkozy ne va pas changer d’un poil et ne va pas partager avec lui la moindre once du pouvoir. C’est d’ailleurs précisément parce qu’il n’avait pas l’intention de changer que Sarkozy n’a pas voulu de Borloo et qu’il a préféré garder son « collaborateur ».
Le collaborateur va donc continuer à faire de la figuration à Matignon. Le rôle est un peu ingrat mais, somme toute, très confortable. Plus le figurant est silencieux, effacé, alors que « la star » s’agite sur le devant de la scène, se contredit, se prend les pieds dans le tapis et même se ridiculise, et plus le public applaudit le figurant qui, pour que les applaudissements redoublent encore, se contente, par moments, de froncer les sourcils ou de faire une petite moue de dégoût.
Fillon a beaucoup plus de troupes derrière lui que Copé. Plébiscité par les parlementaires qui n’apprécient guère l’ambition démesurée de Copé, le premier ministre-figurant a acquis, grâce à l’antisarkozisme national, une véritable popularité dans l’opinion, ce qui n’est, bien sûr, pas le cas de Copé. Et, pas plus qu’à Copé, personne ne pourra lui imputer la défaite de 2012.
Les deux hommes attendent donc, sans doute avec impatience, l’exécution de Sarkozy par le suffrage universel pour reprendre le flambeau de la droite et devenir le chef incontesté d’une opposition impitoyable contre le (ou la) socialiste qui règnera à l’Elysée.
C’est sans doute la première fois qu’on a un président de la République dont le premier ministre et le chef du parti majoritaire souhaitent, à peine secrètement, l’échec. Car, évidemment, si d’aventure Sarkozy était réélu l’horizon de 2017 se boucherait pour tous les deux, après 22 ans de présidence de droite.
Les deux hommes qui, en principe, devraient animer la campagne électorale de Sarkozy vont donc se regarder en chiens de faïence et multiplier les coups fourrés à la fois l’un contre l’autre et, bien sûr, contre Sarkozy lui-même.
A gauche, au PS, les « jeunes » se préparent aussi pour 2017. Valls et Montebourg ont déjà fait officiellement acte de candidature (pour 2012) mais Hamon, Moscovici et quelques autres ne cachent pas qu’ils seraient prêts à faire, eux aussi, immédiatement le sacrifice de leur personne à la France.
Ils savent tous, bien sûr, qu’il ne s’agit que d’un jeu. Aucun d’entre eux ne se fait la moindre illusion. Ils ont tous compris que ce sera ou Strauss-Kahn ou Martine Aubry qui portera les couleurs de la gauche.
Mais en se portant candidats, ils s’échauffent, se font connaître (pour 2017) et puis surtout, comme ils sont convaincus que la gauche va l’emporter, ils pensent qu’une bonne campagne puis un retrait bien négocié leur garantiront un poste de ministre dès 2012. Montebourg se verrait bien à la Justice, Valls à la Ville ou pourquoi pas à l’Intérieur. Car on commence déjà à se distribuer les dépouilles du pouvoir, pour ne pas dire les lambeaux de la peau de l’ours.
La campagne 2017 s’annonce donc déjà plus ouverte que celle de 2012.
Car 2012 s’annonce déjà bien tristement. A droite, on semble avoir déjà fait le deuil de la victoire. La campagne pourrait bien ressembler à une simple fin de règne avec, comme toujours dans ces cas-là, une multitude de candidats ressortant tous les scandales qui ont pu pourrir le règne du souverain déjà déchu.
A gauche, pour l’instant ce n’est pas mieux. On est convaincu que la victoire est « inévitable » tant le président sortant est rejeté. Mais, on ne sait toujours pas sur quel pied danser pour ne pas faire un faux pas. Faut-il jouer à « gauche toute » pour se donner bonne conscience et éliminer tous les petits donneurs de leçon façon Mélenchon ou faut-il, sans pudeur, oublier ses grands principes et jouer un centre-gauche à la mode, de bon aloi et prometteur ?
D’un coté, on se prépare à la défaite et certains s’en réjouissent d’avance. De l’autre, on a peur de monter sur le ring et certains redoutent presque une victoire qui leur ferait perdre le peu d’âme qui leur reste.

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