Tout le monde, du moins à droite, semble déçu aujourd’hui. Il parait que le « nouveau » premier ministre ressemble comme deux gouttes d’eau à… l’ancien.
Son grand discours de politique générale, hier, devant l’Assemblée, n’a rien appris à personne.
Certes, il y a eu quelques envolées lyriques un peu inhabituelles chez ce jeune homme bien élevé de province : « Contre vents et marées, dans le calme et la tempête, contre le conservatisme et pour vaincre les peurs, l’élan de la réforme est intact » ou « Quand on sert l’intérêt général l’impopularité d’un jour peut devenir l’estime de demain » ou, mieux encore, et cette fois en citant Péguy lui-même : « Le triomphe de la démagogie est passager mais les ruines sont éternelles ». On sentait que Guaino, la plume de Sarkozy, avait relu le texte initial et y avait mis son grain de sel.
Certes, il y a eu aussi quelques petites précisions. La grande concertation prévue sur le problème de la dépendance ne se limitera pas au seul sort de « nos aînés ». On abordera, « avec tous », « toutes les protections sociales ». Histoire de noyer le poisson et d’ouvrir un débat sans fin qui permettra d’atteindre le terme du quinquennat sans faire descendre trop de monde dans les rues. Pour l’entrée de nouveaux jurys populaires dans nos tribunaux, plus rien ne presse et « on verra ». Pour la suppression du bouclier fiscal et de l’ISF, là encore, on replacera ces dossiers délicats au sein d’« une vaste réforme de l’ensemble de la fiscalité ». Pourquoi essayer de faire simple quand on est sûr de ne rien faire en faisant compliqué ? Ce n’est pas du Péguy mais çà pourrait être du Sapeur Camembert.
En fait, hier, François Fillon nous a offert, comme d’habitude, du… « Sarkozy bien tempéré » en reprenant à sa façon le discours de politique générale dont nous avait gratifié, la semaine dernière à la télévision, son patron qui n’a donc toujours pas relu la Constitution et qui s’imagine toujours qu’il est à la fois président et premier ministre.
Cela dit, les gens ne sont jamais contents. Personne ne voulait de Borloo, trop brouillon, trop sale et surtout trop centriste, personne ne voulait des « jeunes » Baroin, Chatel, Le Maire, trop immatures, tout le monde voulait Fillon. Sarkozy l’a gardé et voilà qu’on le trouve bien palot. Ce n’est pas parce qu’il est resté tapi dans l’ombre du président et que çà lui a si bien réussi qu’il va maintenant se mettre à faire de l’ombre à son bienfaiteur. Fillon attend son heure et elle n’a pas encore sonné.
Mais en observant, hier, les travées de l’hémicycle, on s’apercevait soudain d’une évidence qui a échappé à tous les experts qui, pendant des mois se sont demandé pourquoi Sarkozy n’arrivait pas à former son gouvernement et qui, depuis la re-nomination de Fillon à Matignon, échafaudent des explications.
Pourtant, tout est simple. Nicolas Sarkozy est le premier président de la République à n’avoir personne avec lui, autour de lui, derrière lui.
Tous ses prédécesseurs avaient des amis (plus ou moins sûrs, parfois), des fidèles (souvent inconditionnels), des lieutenants ou des maréchaux qui leur servaient de gardes du corps dans toutes les batailles et qu’ils pouvaient toujours envoyer au feu.
Chirac avait ou avait eu Juppé, Balladur, Villepin, Toubon, Pasqua, Debré, Allio-Marie, par exemple. Mitterrand avait eu Mauroy, Fabius, Bérégovoy, Dumas, Jospin, Charasse, etc. Des « pointures », de différentes tailles mais auxquelles ils pouvaient confier des ministères, voire même des missions importantes sans être totalement ridicules et sans avoir besoin d’aller piocher, au hasard, chez les gens d’en face.
Quels sont les maréchaux de Sarkozy ? On cherche et on trouve : Hortefeux, Frédéric Lefebvre, Nadine Morano !
Fabius et Juppé étaient les fils (naturels !) de Mitterrand et de Chirac. Fillon et Copé qui ne sont même pas des enfants putatifs de Sarkozy ne rêvent que de tuer le père et s’entredéchirent déjà pour l’héritage.
Cette absence de « famille », cette solitude explique évidemment l’attitude de Sarkozy. Mais elle s’explique elle-même, sans doute aussi, par le tempérament du président. Il a pu séduire les foules, il n’a jamais attiré les sympathies, les attachements, les fidélités.
Cela va sans doute lui coûter cher pour cette campagne qui s’annonce difficile pour lui.

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