Nicolas Sarkozy qui a toujours été fasciné par les Etats-Unis et qui, après avoir vénéré la famille Bush, a adoré Obama (sans être payé de retour) a dû passer la matinée à analyser les résultats de ces élections américaines de mi-mandat qui viennent de faire perdre aux démocrates la majorité à la chambre des représentants.

Il est évident qu’Obama a déçu. Il avait trop promis et l’Obama-mania avait été trop délirante. Certes, il a sans doute su éviter que la crise financière ne dégénère encore plus, les troupes américaines ont évacué (en grande partie) l’Irak, il a fermé la prison de Guantanamo, mais le chômage est effroyable, les classes moyennes voient leurs revenus s’effriter, les défavorisés sombrent dans la misère, les GI’s continuent à se faire tuer en Afghanistan, il n’a rien pu faire au Proche-Orient. Et puis, surtout, il a imposé « sa  » grande réforme, celle du système de santé, au forceps alors qu’une grande partie de l’opinion s’y opposait.

Rien n’est comparable, bien sûr, entre la France et les Etats-Unis et pourtant il y a quelques similitudes.

Sans être noir ni nouveau sur la scène politique, Sarkozy a, lui aussi, bénéficié à son arrivée à l’Elysée d’une sarko-mania. Il a, lui aussi, comme les autres, su éviter la catastrophe des banques. Mais lui non plus n’a rien pu faire contre la montée du chômage, l’angoisse des classes moyennes, la précarité et, même si l’opinion française semble ne pas s’en soucier, nos soldats continuent à se faire tuer dans le bourbier afghan. Mais surtout Sarkozy a, lui aussi, imposé « sa » grande réforme, celle des retraites, au forceps en dépit d’innombrables et gigantesques manifestations.

La réforme du système de santé aux Etats-Unis, comme celle des retraites en France, étaient indispensables et tous les prédécesseurs d’Obama comme ceux de Sarkozy y avaient renoncé. On peut naturellement discuter de certains points de ces réformes, mais, pour les opinions des deux cotés de l’Atlantique, ce qui en reste avant tout c’est qu’elles ont été imposées en dépit des protestations. D’où un profond ressentiment contre le pouvoir.

Aux Etats-Unis qui sont, en fait, une fédération d’Etats, ce qu’on oublie trop souvent, il y a toujours eu une défiance, pour ne pas dire une haine, envers Washington. Le succès du Tea party, ce poujadisme qui s’oppose aux élites de la capitale, s’explique par ce rejet des pouvoirs de la Maison Blanche.

En France, on l’a dit et redit, le rejet de la réforme des retraites s’alimentait en grande partie, par le rejet du président de la République lui-même.

Pour l’instant, Obama et Sarkozy ont un avantage. Ils n’ont personne en face d’eux. Les Républicains n’ont pas de leader national incontestable et personne ne peut croire en l’émergence d’un candidat plausible du Tea party pour les prochaines présidentielles. Chez nous, le PS n’est toujours pas en ordre de bataille. A dix-sept mois des présidentielles, il n’a toujours ni programme cohérent ni candidat désigné. Et le suivisme qu’il a pratiqué pendant la crise de la réforme des retraites, en trottinant derrière les syndicats, n’a convaincu personne. D’autant moins que ses deux candidats potentiels, DSK et Martine Aubry, ont, l’une et l’autre, avoué qu’ils étaient plus ou moins d’accord pour faire passer l’âge légal de la retraite à 62 ans.

Ce qui est sûr c’est que, ce matin, Sarkozy a dû comprendre qu’il fallait être prudent avec les réformes. Cela va-t-il l’inciter à prendre Borloo pour mener la réforme de la fiscalité en la déguisant derrière un Grenelle de la fiscalité ? Ou va-t-il décréter la « pause » qu’il avait évoquée pour 2011 ?

En tous les cas, Sarkozy doit se réjouir du quinquennat qui évite désormais d’avoir des élections législatives à mi-mandat.

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