Le billet dans lequel je reprochais à Claude Goasguen de vouloir supprimer la gratuité des soins aux immigrés clandestins a provoqué un petit débat.
Les uns approuvent ce qu’ils appellent « une attitude humaniste », les autres s’indignent qu’on puisse défendre une disposition en faveur de gens qui sont dans l’illégalité.
Que les choses soient claires. L’Aide Médicale d’Etat n’a rien à voir avec les problèmes de l’immigration. Cette AME a pour but de permettre de soigner tous ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des soins indispensables. Qu’ils soient « français de souche », « de fraîche date », étrangers, immigrés ou clandestins.
Dans un pays civilisé, on ne soigne pas les blancs, les noirs, les riches, les pauvres. On soigne… les malades. Un médecin n’a pas à procéder à un contrôle d’identité avant de faire un diagnostic. Dans un pays de droit, on peut expulser les clandestins mais on doit les soigner s’ils sont malades.
Ajoutons –mais Goasguen l’ignore peut-être- que, non seulement les clandestins ont accès aux soins gratuits dans nos hôpitaux mais qu’en plus leurs enfants sont scolarisés gratuitement dans nos écoles tout simplement parce que « tout enfant en âge scolaire doit être scolarisé ».
Il est évident qu’il y a là quelques incohérences. Ces gens sont dans l’illégalité la plus totale mais on les soigne et on éduque leurs enfants. On le soigne par humanisme, certes, mais aussi tout simplement pour éviter la propagation des épidémies et donc pour de simples raisons de salubrité publique. On éduque leurs enfants par humanisme, aussi, mais surtout pour ne pas avoir, dans les années à venir, des masses de jeunes sans aucune formation et qui deviendraient inévitablement des dangers pour notre société. Humanisme et réalisme se confondent.
Il est de bon ton aujourd’hui d’ironiser sur « l’humanisme ». Il nous a fait commettre bien des erreurs et notamment dans le domaine de l’immigration, à commencer par le regroupement familial qui a transformé une immigration passagère de travailleurs en implantation définitive de familles étrangères sans que rien n’ait été préparé pour accueillir ou contrôler cette « invasion » (pour reprendre le mot de Giscard, responsable de ce regroupement familial).
Cela dit si l’humanisme a, en effet, bien souvent dérapé en conduisant certains à prôner des monstruosités comme« la discrimination positive », « le droit à la différence » (qui mène à la différence du droit) ou « le devoir de repentance », il demeure une exigence fondamentale pour la survie d’un pays comme la France.
Que resterait-il de notre grandeur, de notre prestige, de nous-mêmes si nous perdions notre âme au point d’oublier que nous avons été le pays des Droits de l’Homme ? Et cet humanisme n’est pas seulement « la marque de fabrique » de notre pays à l’étranger, il est aussi le ciment qui a permis aux Français, pendant des décennies, d’être fiers d’appartenir à cette communauté nationale.
Il ne fait aucun doute que la redoutable crise de conscience que connaît notre pays aujourd’hui vient de cette perte de toutes nos « valeurs », même si le mot « valeurs » fait désormais rigoler. On en est arrivé à un point où le chef de l’Etat lui-même fait organiser un sondage national pour tenter de savoir « ce que c’est que d’être français », avec un gouvernement qui multiplie les textes sur la nationalité !
Mais « être français » n’est-ce pas -on serait tenté de dire n’était-ce pas- croire en cet humanisme qui veut, notamment, qu’on soigne les malades, qu’on éduque les enfants, qu’on soit solidaires et qu’on respecte encore (un peu) les trois mots gravés sur nos bâtiments officiels : liberté, égalité, fraternité ?
Il est vrai que le régime d’aujourd’hui ne semble guère marqué par un humanisme virulent. C’est, peut-être, là l’une des raisons de son rejet. « Gagner plus » n’est sans doute pas un idéal suffisant pour réveiller une nation en déclin, surtout si elle gagne de moins en moins.
Il nous faudrait sans doute retrouver un petit « supplément d’âme ». Mais là on est bien loin des préoccupations de Goasguen.

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