Quelques dizaines de personnes ont encore manifesté hier après-midi, devant le magasin Guerlain, sur les Champs Elysées, pour protester contre les propos de Jean-Paul Guerlain qui, le 15 octobre dernier, au cours du journal télévisé de 13 heures de France 2, avait déclaré qu’il avait « travaillé comme un nègre » en ajoutant qu’il se demandait d’ailleurs « si les nègres avaient jamais travaillé ».
Tout le monde sera d’accord pour reconnaître que ce genre de réflexions, relevant d’un esprit de garçon de bains, n’est pas très heureux. Mais Jean-Paul Guerlain est un vieux monsieur de 73 ans, l’expression « travailler comme un nègre » date de sa jeunesse et il est vrai qu’elle est désormais souvent contrebalancée par un « si tant est que les nègres aient jamais travaillé ».
On peut donc dire que Guerlain, héritier d’un des plus grands noms de la parfumerie française, a manqué de nez, ne sentant pas que ce genre de plaisanteries n’était plus en odeur de sainteté aujourd’hui.
Mais de là à en faire « tout un fromage », à organiser des manifestations de rue, à lancer un appel au boycott des produits Guerlain (qui, rachetés par LVMH, ne lui appartiennent plus depuis longtemps) et à menacer de le poursuivre en justice, il y a un pas que ces organisations antiracistes n’auraient jamais dû franchir.
Autant leur combat paraît légitime quand elles luttent contre les discriminations à l’emploi ou au logement autant elles semblent ridicules et donc, à force, insupportables quand elles s’acharnent sur un pauvre type, d’une autre époque, dont rien ne prouve qu’il soit foncièrement raciste et veuille jeter à la mer tous les « nègres » du pays.
Le racisme est évidemment odieux (parce qu’imbécile) et il faut, dès l’école, extirper ce microbe foncièrement mal sain qui peut s’immiscer en chacun de nous. Mais attention, l’antiracisme peut, lui aussi, avoir des effets dévastateurs quand il devient absurde.
Il faut se souvenir que c’est, en grande partie, grâce à une succession de plaisanteries plus ou moins douteuses et de dérapages de cette sorte, suivis par des tollés d’indignation de ces mêmes associations et des procès médiatisés à outrance que Jean-Marie Le Pen a construit sa notoriété et est arrivé au second tour des présidentielles de 2002.
Jean-Marie Le Pen n’est sans doute pas vraiment raciste (il compte des Juifs et des Arabes dans son entourage) mais, comme Georges Frèche par exemple, il avait compris qu’en provoquant les adeptes de la « pensée unique » et les professionnels de l’antiracisme qui ne manqueraient jamais de tomber dans le piège qu’il leur tendait, il s’attirerait les sympathies d’un certaines nombre d’électeurs excédés par cette dictature imposée par des lobbies qui n’hésitent pas à prôner la « discrimination positive » ce qui n’est rien d’autre qu’une forme de racisme anti-blanc.
Le mot « nègre » a été proscrit de notre vocabulaire, sauf quand on parle de la « négritude » de Senghor ou de Césaire, ou à la rigueur de « l’art nègre ». Mais c’est sans doute à force de l’interdire qu’on en a fait une injure inacceptable. Il faut se méfier. Chacun sait que ceux qui préfèrent parler des « Israélites » plutôt que des « Juifs » sont des antisémites à peine rentrés. On peut se demander si ceux qui évoquent « l’art noir », voire « les arts premiers » ne sont pas des racistes mal dissimulés.
Les Français ne sont (plutôt) pas racistes. Mais ils sont viscéralement attachés à la liberté d’expression. Ils ont été majoritairement scandalisés quand Brice Hortefeux (qui n’est pourtant pas l’homme le plus populaire du pays) a été poursuivi en justice pour une plaisanterie idiote sur les Arabes. Ils seraient évidemment outrés que la justice de leur pays engage des poursuites contre ce vieux monsieur de 73 ans qui, en croyant être drôle, s’est demandé si « les nègres avaient jamais travaillé » ce qui ne faisait jamais que reprendre l’idée du président de la République qui, à Dakar, avait affirmé que « l’homme africain n’était pas entré dans l’histoire ». Il est vrai que son prédécesseur avait parlé de « l’odeur », que celui d’avant avait affirmé qu’il y avait « un seuil de tolérance » et que celui d’encore avant avait parlé de « l’invasion ».
Poursuivre en justice un homme qui a osé utiliser le mot de « nègre », ce n’est pas lutter contre le racisme. C’est rendre l’antiracisme odieux aux yeux de beaucoup de Français.

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