Très curieusement et comme si l’actualité ne nous offrait pas, en ce moment, d’autres sujets de préoccupation plus urgents, deux débats récurrents et dits « de société » viennent de se rouvrir en France. Faut-il rouvrir les maisons closes ? Faut-il légaliser l’euthanasie ?
Une série télévisée a remis la première question à l’ordre du jour, un sondage (affirmant que 95% des Français étaient favorables à l’euthanasie) a fait ressurgir la seconde.
Il est frappant de voir que, pour ces deux sujets qui semblent pourtant bien différents, les arguments des uns et des autres sont identiques.
Ceux qui sont partisans de la réouverture des « maisons » affirment que « chacun a le droit de vendre son corps s’il le souhaite » et, comme ils sont aussi défenseurs de l’euthanasie, ils déclarent sur le même ton que « chacun a le droit d’avoir une mort décente ».
En face, ce sont les mêmes qui refusent que la République accepte à la fois d’« officialiser le trafic des êtres humains » et d’organiser ce qu’il faut bien, à leurs yeux, appeler « un assassinat ».
Les uns brandissent le drapeau de la liberté, de toutes les libertés, et notamment des libertés individuelles, pour se faire les avocats des bordels et de l’euthanasie. Les autres nous parlent du respect de la personne humaine pour refuser une institutionnalisation de la prostitution et de l’euthanasie.
Les uns et les autres sont, bien sûr, d’une totale mauvaise foi. Parler de la liberté des prostituées c’est vouloir ignorer le proxénétisme, les réseaux maffieux, le recours à la drogue et à toutes les violences pour contraindre les filles à se vendre. Parler du respect de la personne humaine pour refuser l’euthanasie c’est n’avoir jamais assisté à l’agonie épouvantable de grands malades incurables souffrant le martyr.
En réalité, le vrai débat sur ces deux sujets oppose ceux qui refusent l’hypocrisie et ceux qui veulent rester fermes sur les grands principes.
Tout le monde sait parfaitement que les maisons closes existent et prospèrent dans toutes nos villes. Tout le monde sait également que, dans nos hôpitaux, les médecins, conscients des souffrances insupportables et inutiles des cas désespérés, pratiquent l’euthanasie.
Pourquoi alors ne pas reconnaître officiellement ces deux évidences et ne pas tout encadrer par des lois ? demandent les uns. Parce que la République ne peut admettre officiellement ni qu’un être humain vende son corps ni qu’un médecin donne la mort, répondent les autres.
Le débat qui dure depuis des décennies est donc sans fin.
Sauf que certains sont en droit de se demander si c’est bien à l’Etat, à la République de légiférer sur tous les sujets et donc d’être bien souvent amené à trahir ses grands principes au nom du réalisme et du refus de l’hypocrisie.
Aujourd’hui, la police surveille la prostitution, traque et poursuit le proxénétisme, démantèle des réseaux. On ne peut guère demander plus à l’Etat, sauf à vouloir qu’il se transforme lui-même en proxénète, en capitulant totalement.
Pour ce qui est de l’euthanasie, tout se passe généralement avec des non-dits entre l’équipe médicale et la famille de l’agonisant. Officialiser la chose serait impossible. Imagine-t-on un médecin demandant à une femme en larmes de lui signer une décharge avant de couper le tuyau ? Quel proche oserait dire « oui » à une telle question ?
L’un des problèmes de notre société d’aujourd’hui est qu’on veut voir l’Etat intervenir dans tous les domaines avec des lois, des décrets, des règlements, des contrôleurs, des inspecteurs. Ces deux débats du jour sont particulièrement révélateurs. Or, la République n’a ni à organiser le crime, elle doit le combattre, ni à légiférer sur la mort.
Mais il est vrai que, pour mieux lutter contre la toxicomanie, certains en sont arrivés à proposer l’ouverture de… « salles de shoot ».
Un Etat qui organiserait les bordels, les distributions de drogues et la mort des grands malades serait bien pire que tout ce qu’avait pu imaginer Orwell dans « 1984 ». Mais nous en prenons le chemin.

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