C’est amusant. La même semaine, le pape a fini par admettre que le préservatif pouvait être utilisé « dans certaines conditions » et Nicolas Sarkozy a fini par reconnaître que le bouler fiscal pouvait être remis en cause. Les durs se ramollissent !
Personne n’aurait, bien sûr, l’idée (sacrilège) de comparer Sa Sainteté avec notre président, mais tout de même…
Depuis leur couronnement respectif, Benoit XVI avait fait de son refus du préservatif le symbole de sa rigidité avec les grands principes et Sarkozy nous avait toujours présenté le bouclier fiscal (dont il n’était pas l’inventeur) comme la marque majeure de sa politique économique. Et voilà qu’ils cèdent, l’un et l’autre.
Il est évident que, pour ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Diable, l’attitude du pape était incompréhensible, voire criminelle, en face des ravages considérables que fait le Sida, notamment en Afrique. Mais il est tout aussi évident que, pour les plus fidèles des fidèles, ceux qui croient en leur âme si ce n’est leur conscience que Dieu est à l’origine de la vie, la régulation des naissances, tout comme celle de la mort, est totalement inadmissible.
Idem pour le bouclier fiscal. La gauche, les classes défavorisée (qui ne paient généralement pas l’impôt sur le revenu) sont scandalisées à l’idée que les plus riches des plus riches puissent être épargnés en se protégeant derrière ce bouclier fiscal. Mais le cœur de l’électorat de Sarkozy, et notamment le fameux « premier cercle » de ses amis, est indigné quand on lui laisse entendre qu’on pourrait, de nouveau, imposer à plus de 50% de leurs revenus ceux qui, à leurs yeux, font la richesse de ce pays.
Un vrai papiste ne peut que refuser, avec l’énergie du désespoir, le préservatif, tout comme un vrai sarkoziste se doit de défendre bec et ongles, le bouclier fiscal.
Pourquoi alors l’un et l’autre viennent-ils de capituler ainsi sur un point clé de leur dogme ?
Tout simplement parce qu’ils essayent, l’un et l’autre, de corriger leur image détestable, parce qu’ils tentent, l’un et l’autre, de récupérer les fidèles qui ont déserté leur chapelle, parce qu’ils sont, l’un et l’autre, persécutés par leurs « centristes » et parce qu’ils ont, l’un et l’autre, été chahutés par des scandales qui ont fait vaciller leur trône.
Tout le monde considère « le pape allemand » comme un affreux réactionnaire coupé de toutes les réalités d’aujourd’hui et Sarkozy comme de « la graine de fasciste ». Les églises du premier sont désertées et les sondages du second épouvantables. Les évêques, notamment ceux du Tiers-monde qui, loin du confort luxueux du Vatican, sont confrontés chaque jour à toutes les misères de l’humanité ruent dans les brancards et Jean-Louis Borloo tente d’organiser autour de lui les centristes. Le scandale de la pédophilie a éclaboussé toute la hiérarchie de l’église catholique, tout comme celui de l’affaire Woerth-Bettencourt et bientôt celui de l’affaire de Karachi ont donné au régime sarkoziste l’image d’une piètre oligarchie.
En cédant, l’un sur le préservatif, l’autre sur le bouclier fiscal, les deux souverains, l’un pontife, l’autre républicain, espèrent que ces trahisons du dogme changeront leur image, feront revenir au bercail les brebis égarées, apaiseront les mécontents et feront oublier les scandales.
Ils oublient, l’un et l’autre, une règle immuable. Quand on fait la politique de ses adversaires, on ne gagne jamais une voix chez eux et on perd les dernières voix de ses partisans.
Benoit XVI vient de faire plaisir à tous les incroyants de la terre. Ils ne vont pas être touchés par la grâce pour autant. Sarkozy a donné satisfaction à tous ceux qui réclamaient la suppression du bouclier fiscal. Ils ne vont pas voter pour lui pour autant.

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