L’affaire des sous-marins pakistanais va, évidemment, faire des dégâts considérables et, sans doute, pourrir la campagne présidentielle, du moins pour la droite.
Elle est autrement plus importante que toutes les affaires qui ont jailli ou rejailli, comme par hasard, quelques mois avant toutes nos campagnes précédentes, l’affaire Markovic contre Pompidou, celle de la feuille d’impôts contre Chaban, celle des diamants contre Giscard, celle de la francisque et de l’Observatoire contre Mitterrand, celle des terrains de Bernadette contre Chirac.
Ici, il y a eu onze morts français, les techniciens de la Direction des Constructions Navales, tués dans l’attentat de Karachi et on site, pêle-mêle, l’actuel et l’ancien président de la République, Sarkozy et Chirac, et deux anciens premiers ministres, Balladur et Villepin, sans parler de quelques anciens ministres de la Défense ou des Affaires Etrangères.
Dans les couloirs du pouvoir, tout le monde est convaincu que c’est Villepin ou du moins certains de ses amis qui ont relancé l’affaire pour répliquer à l’acharnement dont Sarkozy fait preuve à l’égard de Villepin dans l’affaire Clearstream et lui faire comprendre qu’il a eu grandement tort de faire appel du jugement qui avait innocenté celui qu’il voulait accrocher à un croc de boucherie.
A l’Elysée, on ne prend plus l’évidente candidature de Villepin en 2012 pour une hypothèse farfelue. Si personne ne veut croire à une élection de Villepin à la présidence, chacun a compris qu’avec 12 ou 13% des voix au premier tour (il est actuellement à 10% dans certains sondages) Villepin pourrait bien compromettre toutes les chances de Sarkozy pour le second tour, et d’autant plus que Borloo et Bayrou pourraient, eux aussi, faire des scores dépassant les 12 ou 13%.
Le pouvoir va donc tout mettre en œuvre pour tenter d’enterrer l’affaire. Guéant s’est déjà étouffé d’indignation à propos de ces « insinuations sur une affaire dans laquelle le président n’est absolument pas concerné ». Or il ne s’agit plus d’« insinuations » mais d’ « accusations » à peine voilées et il est absurde de dire que Nicolas Sarkozy « n’est pas concerné » par cette affaire puisqu’il était ministre du Budget au moment de la signature du fameux contrat qui prévoyait des commissions (et, sans guère de doute, des rétro-commissions) et directeur de la campagne présidentielle de Balladur quand ces rétro-commissions ont vraisemblablement commencé à arriver.
Plus prudent, Sarkozy s’est lui contenté, de Lisbonne où il assistait au Sommet de l’Otan, de dire qu’il ne voulait pas « entrer dans ce genre de polémique » et que « tous les documents sur cette affaire seraient remis à la justice en temps et en heure » Mais il ne s’agit pas d’une « polémique » et cela fait des mois que le juge chargé du dossier demande communication de ces « documents » qui sont, pour les uns, classés « secret défense » et, pour les autres, dans le coffre du Conseil constitutionnel.
Aux yeux des Français qui ont appris, en plus, que le Conseil constitutionnel avait refusé de valider les comptes de campagne de Balladur et qu’il avait fallu que son président de l’époque, Roland Dumas qui n’a jamais été un parangon de vertu, passe outre l’avis de ses collègues pour valider ces comptes, il est désormais évident que la campagne de Balladur a été, en partie, financée par des rétro-commissions venant du Pakistan et de l’Arabie Saoudite.
Tout cela n’a plus grande importance pour Balladur qui n’est plus dans le coup depuis longtemps mais c’est évidemment bien ennuyeux pour Sarkozy, l’apôtre de « la République irréprochable ».
Mais le cabinet noir de l’Elysée a trouvé la riposte. Il fallait oser !
La vraie question, dit-on autour du trône, n’est pas de savoir s’il y a eu, ou non, financement occulte de la campagne de Balladur en 1995 mais bien de savoir « qui est le véritable responsable de la mort de nos onze compatriotes ».
Et de répondre avec un aplomb qui fait froid dans le dos : « Le seul responsable c’est celui qui, en 1995, à peine élu à l’Elysée, a décidé d’arrêter le versement des commissions aux intermédiaires pakistanais, commissions qui étaient autorisées par la loi, pratiquement officielles et, en tous les cas, prévues dans le contrat ».
Selon les avocats de Sarkozy, en « trahissant » ainsi la signature de la France pour mettre un terme à d’éventuelles rétro-commissions et assécher la trésorerie de Balladur, Jacques Chirac mettait en péril la vie de nos compatriotes. Il était évident que nos « partenaires » pakistanais (en fait les services secrets d’Islamabad, ceux-là même qui soutiennent à bout de bras les Talibans et Al Qaïda en Afghanistan) protesteraient, menaceraient et finiraient par s’en prendre à la France.
Les assassins des onze salariés de la DCN ne sont donc pas les terroristes qui ont jeté leur voiture piégée contre le car des Français (ceux-là, on n’en parle plus, c’est oublié) mais Chirac et son bras droit de l’époque, Villepin.
L’Elysée a d’ailleurs réussi à convaincre certains proches des victimes d’attaquer Chirac et Villepin en justice. Or, bien sûr, Chirac n’a pas à répondre devant la justice des décisions qu’il a prises comme président de la République pendant son mandat, dès lors qu’il ne s’agit pas de haute trahison et le secrétaire général de l’Elysée ne peut pas être poursuivi pour des décisions prises par le chef de l’Etat.
Mais la tentative de diversion est habile. On ne reproche plus au couple Balladur-Sarkozy d’avoir ficelé en toute illégalité un contrat de vente d’armement à l’étranger pour financer, d’une manière totalement occulte, leur campagne électorale. On reproche au couple Chirac-Villepin d’avoir mis un terme à cette gigantesque magouille.
Les Français seront-ils dupes ?

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