Par moments, on comprendrait presque les anarchistes qui veulent tout faire sauter. En tous les cas, on comprend que les citoyens lambda soient de plus en plus écoeurés par le personnel politique en général, toutes tendances confondues.
Ce matin, deux informations se percutent étrangement.
En gros titre, à la une de toute la presse, on nous apprend que l’Europe a décidé d’apporter une aide d’urgence à Dublin pour sauver les banques irlandaises. 90 milliards d’€. Même en trois ans, ça fait tout de même beaucoup d’argent.
En page intérieure, en tout petit, ces mêmes journaux nous font savoir qu’à Haïti le choléra a déjà fait 1.250 morts, qu’on a désormais recensé plus de 52.000 cas de l’épouvantable maladie et que bien entendu l’épidémie ne fait que se développer, faute de médecins, faute de médicaments et en raison des conditions d’hygiène épouvantables dans lesquelles vivent les survivants du séisme du 12 janvier dernier. On avait déjà oublié que ce tremblement de terre avait fait 250.000 morts, 300.000 blessés graves et 1,2 million de sans-abris qui vivent depuis et toujours dans des camps de fortune balayés régulièrement par des cyclones.
Que nos dirigeants européens s’affolent en voyant l’Irlande au bord de la banqueroute, on peut le comprendre. Nous sommes tous embarqués dans la même galère et si, après la Grèce, c’est au tour de l’Irlande, ce sera demain le Portugal et l’Espagne, puis l’Italie et sans doute la France qui seront déclarés en faillite. C’est ce qu’on appelle la règle des dominos.
L’Europe devait nous protéger contre le chômage, l’euro contre les risques de dévaluation… Les Européens vont commencer à se demander si on ne leur a pas raconté des histoires. Ils s’aperçoivent surtout aujourd’hui que quand on leur avait affirmé, au lendemain de la crise grecque (qui est loin d’être terminée) que toutes les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux « incidents » du même genre avaient été prises, on leur avait encore et une fois de plus menti.
Ils ont beau tenter de colmater en catastrophe des brèches, coller ici ou là à la va-vite des rustines, injecter à tour de bras des milliards (dont on se demande où ils les trouvent) nos dirigeants sont parfaitement incapables de faire face au cataclysme qui balaie l’économie occidentale. Et on attend avec curiosité mais inquiétude de voir ce que va faire le nouveau président du G20 et du G8 en face de ce déferlement de catastrophes prévisibles. Il va sans doute demander l’aide… du directeur général du FMI. Ces deux-là ne vont plus se quitter jusqu’au jour où il leur faudra bien s’étriper.
L’incompétence de nos dirigeants qui réussissent l’exploit de rester les bras ballants devant toutes les crises tout en faisant des moulinets du haut de toutes les tribunes devient insupportable. Et d’autant plus qu’à cette incurie s’ajoute l’inertie.
Le séisme du 12 janvier dernier qui a totalement dévasté Haïti avait bouleversé (pendant quelques jours) le monde entier. Ce pays martyr qui avait déjà été saigné par les Duvalier père et fils et leurs fameux tontons macoutes, un curé corrompu, des famines, des cyclones et qui était l’un des plus pauvres de la planète était, cette fois, réduit en ruines.
Sur tous les écrans de télévision du monde, tous les dirigeants nous ont alors, des sanglots dans la voix mais le regard déterminé, affirmé que la mobilisation allait être générale, que les ponts aériens allaient être immédiatement organisés, que les milliards allaient être envoyés pour apporter une aide urgente et qui s’imposait aux centaines de milliers de sinistrés et vite, très vite, reconstruire ce malheureux pays. En France, on en a même rajouté en rappelant que les Haïtiens parlaient français.
Et puis, on a tout oublié. La mobilisation générale n’avait été que médiatique. Les centaines de milliers de survivants n’ont pas vu arriver le moindre kopeck, ni le moindre dollar, ni le moindre euro. Ils sont toujours sous leurs tentes d’infortune à crever de faim et de soif et maintenant du choléra.
On nous dit que l’argent envoyé a sans doute été détourné. Mais quand on envoie des milliards dans un pays qui n’a plus d’Etat, la moindre des choses serait de contrôler l’usage de ces fonds.
Ce qui devait arriver, ce que toutes les ONG débordées annonçaient est arrivé. Après les ruines, les deuils, la faim, toutes les violences, le choléra a explosé dans cet immense cloaque. 20 morts, 50 morts, 200 morts, 1.000 morts, les grandes capitales se sont contentées de tenir à jour la comptabilité du drame. Alors pourtant que le choléra se soigne facilement, il faut simplement hydrater les malades ! Quelques milliers d’hommes entraînés et trois cargos suffiraient pour arrêter l’épidémie.
Mais tout le monde s’en fout. Des milliers d’Haïtiens vont agoniser sous l’œil indifférent des dernières caméras encore présentes là-bas.
Entre la peste irlandaise et le choléra haïtien, nos dirigeants ont choisi. L’opinion publique, « les braves gens », pourraient bien le leur reprocher un jour.

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