Imaginez un petit royaume féodal du bout du monde où le souverain tout puissant exigerait de ses eunuques qu’ils lui fassent, pendant des mois, la danse du ventre (et des voiles) pour finalement confier un jour à celui qu’il aura trouvé le meilleur les clés de son harem. Le spectacle serait rigolo, bien sûr, mais tout de même un peu ridicule et, en tous les cas, très archaïque.
Eh bien c’est pourtant ce spectacle auquel nous avons droit depuis des mois dans un pays qui se prétend démocratique et qu’on dit être la quatrième, ou cinquième, ou sixième (on ne sait plus très bien) puissance du monde.
Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy est à Troyes. Du coup, puisque le souverain daigne ainsi honorer de sa visite le fief de François Baroin, la Cour et les arrière-cours nous expliquent le plus sérieusement du monde qu’il pourrait bien avoir envie de faire « le grand saut générationnel » en nommant à Matignon cet éphèbe (de 45 ans tout de même) aux allures d’Harry Potter. Pourquoi pas ?
Baroin a une « belle gueule », il s’en est plutôt bien sorti pendant les dernières turbulences, il partage ses nuits avec une actrice populaire, il est le fils d’un ancien grand patron de la franc-maçonnerie, il est étiqueté comme « chiraquien », il a tout pour plaire.
Oui, mais Sarkozy est accompagné à Troyes par Jean-Louis Borloo et faire ainsi partie de la suite du monarque est un privilège aux lourdes significations. Il faut donc faire attention. Le favori d’hier n’est peut-être pas encore déchu même si, par moments, on a eu l’impression que le président était moins attentif aux cabrioles respectueuses de celui qu’on appelle, paraît-il, au château, « le fou du roi ».
Le président n’a peut-être pas apprécié ses dernières bouffonnades. Notamment quand il a cru pouvoir se permettre de laisser entendre que, s’il devenait vizir, le calife serait prié de changer de ton avec les syndicats et de ne plus s’amuser à faire sauter, de son cimeterre, les têtes des mécontents.
Ce qui est drôle c’est que le premier grand eunuque du royaume qu’on croyait assoupi par des mois de soumission et résigné à retourner dans ses terres lointaines a non seulement rouvert un œil mais qu’il s’est même levé de son sofa pour énoncer quelques vérités. Il veut rester. A croire que la place n’est pas si mauvaise.
Non seulement François Fillon s’est payé à demi-mots celui qu’on a présenté, peut-être un peu vite, comme son successeur, qui est encore son numéro deux au gouvernement et qu’il appelle « le zozo », mais il s’est surtout offert le luxe de donner publiquement une véritable leçon de politique puérile et honnête à Sarkozy.
« Ce n’est pas en reniant ce que nous avons fait ou en nous excusant d’avoir réformé que nous convaincrons nos concitoyens… Je crois à la continuité de notre politique réformiste parce qu’on ne gagne rien à changer de cap au milieu de l’action et parce que le redressement de la France réclame la durée… Rien n’est plus injuste que de dire que les liens avec les partenaires sociaux ont été négligés… Cette politique est mesurée et ce n’est pas en la faisant basculer à gauche ou à droite qu’on obtiendra des résultats… Nous avons des défis à relever qui ne se prêtent nullement à des virages tacticiens »
Reniement, repentance, changement de cap, basculement, virages tacticiens ! Il y va fort. Pas un membre de l’opposition ne s’est jusqu’à présent permis d’utiliser de tels mots pour définir les velléités de Sarkozy de changer de gouvernement.
Cà ce n’est pas de la danse des voiles, c’est la danse du feu.
Le plus étonnant est qu’ils soient si nombreux à vouloir être à Matignon. A croire qu’ils n’ont pas remarqué que, depuis mai 2007, le poste de premier ministre n’était plus qu’honorifique (et guère honorable puisqu’on s’y fait traiter plus bas que terre) et qu’ils n’ont pas compris qu’à dix-sept mois des présidentielles, celui que l’article 21 de la Constitution, charge de « diriger l’action du gouvernement » n’aura qu’un rôle d’aboyeur dans une campagne électorale qui n’est pas forcément gagnée d’avance.

Mots-clefs : , , ,