On ne reprochera pas à l’actuel président de la République d’être allé à Colombey-les-deux-Eglises à l’occasion du 40ème anniversaire de la mort du Général. On lui aurait d’ailleurs reproché de ne pas y être allé. Mais pourtant il faut bien dire que cette image de Nicolas Sarkozy devant la tombe de de Gaulle avait tout de même quelque chose d’un peu gênant, d’un peu désagréable. Jamais Sarkozy n’avait paru si petit que devant la tombe du « géant ».
D’abord, bien sûr, devant ce curieux face-à-face, on ne pouvait pas ne pas penser à l’épouvantable dégringolade de notre pays au cours de ces quarante dernières années. La France de Sarkozy, avec son chômage, sa dette, son profond malaise n’a vraiment plus rien à voir avec la France de de Gaulle qui rayonnait à travers le monde, qui connaissait le plein emploi, qui innovait dans tous les domaines et où personne n’aurait eu l’idée de se demander ce que c’était qu’être français.
On dira que les temps ont changé. C’est une banalité. Les temps passent leur temps à changer. C’est vrai qu’on ne connaissait pas encore la mondialisation et que les grands pays émergeants d’aujourd’hui étaient alors des pays du Tiers-monde croupissant dans la misère.
On dira que « le pauvre » Sarkozy a trouvé la France dans un bien triste état et qu’il n’est responsable ni des fermetures d’usine, ni des délocalisations, ni du chômage, ni des déficits, ni de la recrudescence de la délinquance, ni des problèmes de l’immigration, ni de rien…
C’est oublier complètement dans quel état de Gaulle a retrouvé la France en 1958. Elle était exsangue. C’était bien pire que tout ce que nous avons pu connaître depuis. Avec la guerre d’Algérie, 500.000 hommes guerroyant dans les djebels, des militaires putschistes, un Etat totalement en faillite et totalement déconsidéré aux yeux du monde, une vie politique incohérente, une extrême droite menaçante (le poujadisme avait triomphé aux législatives de 1956).
Mais en quelques semaines, celui que Coty avait appelé « le premier des Français » avait tout sauvé, remis l’Etat à sa place, les finances en ordre, l’économie au travail et la France au premier plan sur la scène internationale. Preuve, s’il en était besoin, que la volonté d’un homme peut conjurer les pires catastrophe, pour peu qu’il soit un homme d’Etat et de préférence un personnage historique.
On ne reprochera à aucun des successeurs du Général de ne pas avoir été à « sa »hauteur mais on peut tout de même regretter qu’aucun d’entre eux n’ait été simplement à la hauteur.
Ce qui était gênant aussi aujourd’hui c’était de voir Sarkozy se présenter en héritier du Général. C’était… « Fric-frac à Colombey ».
Le Général ne se retournait pas dans son tombe, il en a vu d’autres, mais en prêtant bien l’oreille on entendait une voix d’outre-tombe qui murmurait : « Dites, petit, qu’avez-vous fait de l’indépendance nationale ? Qu’avez-vous fait de l’honneur de la France ? Qu’avez-vous fait de nos institutions ? Qu’avez-vous fait de la France ? »
Il n’y avait jamais eu autant de policiers dans ce petit village de Colombey. Et pourtant l’usurpateur a pu repartir libre après son petit forfait.

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