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Le président a disjoncté !

Ce n’est pas la première fois qu’un président de la République inquiète ses collaborateurs. En septembre 1920, on avait déjà retrouvé Paul Deschanel dans un arbre au fond du jardin de l’Elysée.
Ce soir, l’entourage de Nicolas Sarkozy s’est affolé et on le comprend. Recevant à l’Elysée des élus UMP, le chef de l’Etat leur a froidement déclaré : « Je suis ici, à l’Elysée, pour deux mandats. Pas plus. Après, ce sera… la dolce vita ».
On imagine la stupeur de tous ceux qui ont entendu çà de leurs propres oreilles, leurs regards, leur gêne, peut-être même leurs sourires. Depuis, ils se demandent si le président était « bourré », si c’était au deuxième, voire au troisième degré ou si c’était un « coup » politique pour couper l’herbe sous le pied à on ne sait qui.
Naturellement, personne ne se faisait d’illusion. Tout le monde savait depuis très longtemps, autant dire depuis toujours, que Sarkozy se représenterait en 2012. Même Fillon, même Copé, dans leurs rêves les plus fous, ne pouvaient rien imaginer d’autre.
Seul de tout le personnel politique, Dominique de Villepin aimait à répéter inlassablement que « rien ne dit que Nicolas Sarkozy sera candidat à sa réélection », laissant ainsi entendre, assez perfidement, que les scandales, comme par exemple l’affaire de Karachi, pourraient bien finir par contraindre « le président sortant » à penser à autre chose qu’à se représenter quand il se regardera dans une glace, en se rasant tous les matins.
Mais pour les autres, aussi bien dans l’actuelle majorité que dans l’opposition, personne ne mettait en doute une seule seconde la volonté de Sarkozy d’être candidat, sa conviction d’être réélu et sa volonté de réussir un second mandat mieux que le premier.
Ce qui est curieux –pour ne pas dire stupéfiant- c’est que Sarkozy ait choisi une rencontre plus ou moins informelle avec des parlementaires UMP pour « officialiser » le secret de Polichinelle. Il avait lui-même déclaré qu’il annoncerait sa décision, de se représenter ou pas, au cours de l’automne 2011 et que, pour l’instant, il avait d’autres soucis en tête.
On se perd donc en conjectures. Le président veut-il faire comprendre à Fillon et à Copé qu’ils n’ont vraiment rien à espérer pour 2012 ? Veut-il interdire à Jean-Louis Borloo et, occasionnellement, à Morin et à d’autres centristes de se lancer dans une précampagne ? A-t-il été surpris par la candidature prématurée de Ségolène Royal et veut-il lui aussi prendre tout le monde à contrepied pour partir (avec elle) en campagne ? Aucune réponse ne semble satisfaisante.
Le service de presse de l’Elysée va passer la nuit à chercher des arguties pour tenter de désamorcer la bombinette. Le pauvre Franck Louvrier nous dira sans doute, demain dès l’aube, que les parlementaires UMP n’ont rien compris et que le président n’a jamais dit çà. Claude Guéant va, peut-être, se fendre, dans l’après-midi, d’un commentaire alambiqué et venimeux contre « la presse de caniveau ».
Le plus embêtant ce sont les termes mêmes employés par Sarkozy et qui font, en effet, penser à Deschanel. Il ne s’est pas contenté d’annoncer sa candidature pour 2012, ce qui aurait déjà été une évidente maladresse politique. Il a déclaré qu’il était « là pour deux mandats ». Comment, dans une démocratie, un chef de l’Etat peut-il ainsi préjuger d’une élection, surtout quand tous les sondages le mettent à 30% d’opinions favorables, ou même moins.
Pire, il a déclaré « deux mandats, pas plus ». A-t-il déjà oublié qu’il avait lui-même fait modifier l’article 6 de la Constitution qui précise désormais « Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ». Voulait-il rassurer les élus UMP en leur affirmant ainsi qu’il ne ferait pas un coup d’Etat en 2017 ?
Mais c’est, bien sûr, l’envolée finale qui est la plus effrayante. « Après, ce sera la dolce vita ». Louvrier et Guéant pourront toujours nous raconter que c’était, comme les journalistes « pédophiles », une plaisanterie. Les Français ne les croiront jamais. Même à supposer que le président ait bu un verre de trop, ce cri du cœur empeste la vérité à plein nez.
L’homme qui a fêté son accession à la plus haute fonction de l’Etat avec ses amis du show-business (et du Cac40) au Fouquet’s et qui a épousé un ancien top-modèle n’a, en effet, visiblement qu’un rêve dans la vie : faire la dolce vita !
Le « casse-toi pauv’con » avait choqué la France entière. Cet « après, ce sera la dolce vita » est bien pire. Infiniment plus révélateur encore d’une profonde vulgarité.
Il est vraisemblable que, ce soir, un certain nombre de Français vont souhaiter qu’il puisse faire la dolce vita… dès 2012

30 Nov 2010 | Comments (7)

Ségolène, la cocue qui se rebiffe

« Mais qu’a-t-il bien pu lui promettre pour qu’elle annonce brutalement sa candidature ? » C’est la question que se posaient, en souriant, ce lundi soir, un certain nombre d’observateurs en apprenant que Ségolène Royal faisait soudain acte de candidature à la candidature.
Personne n’ayant oublié que Sarkozy avait facilité la nomination de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI croyant ainsi s’en débarrasser à tout jamais, on était, en effet, (presque) en droit de se demander si le président de la République avait, cette fois, promis à la présidente de la région Poitou-Charentes un poste à l’OMS, à l’Unesco ou à la tête d’une vague organisation charitable pour qu’elle tente de compromettre le parcours de DSK donné, actuellement, vainqueur du second tour de la présidentielle avec 62% des voix.
En tous les cas, le « pacte » -qui n’était peut-être qu’un « accord »- entre Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal vient de voler en éclats.
Rares, même au PS, étaient d’ailleurs ceux qui s’imaginaient que la guerre des ego était terminée rue Solferino.
Ces pactes-accords sont comme les mariages. Ca peut, éventuellement, marcher à deux, jamais à trois. Et là tout le monde avait compris que Martine laissait l’Elysée à Dominique à condition d’avoir elle-même Matignon. Ne restait plus pour Ségolène qu’un vague ministère, sans doute aux affaires sociales, ou, au mieux, le perchoir de l’Assemblée. Elle était le dindon de la farce, la cocue de l’histoire. Et, comme souvent, la cocue se rebiffe, quitte à faire des dégâts considérables dans l’appartement. Feydeau a merveilleusement raconté la scène.
Naturellement, Ségolène Royal peut estimer en son âme et conscience qu’elle a toute la légitimité nécessaire pour être candidate. Elle est la « candidate sortante », son score en 2007 n’a pas été aussi ridicule qu’on l’a dit et elle a donc une revanche personnelle à prendre.
Elle pense, peut-être aussi, que les primaires lui ayant réussi la dernière fois, contre Strauss-Kahn (déjà) et Fabius, les prochaines primaires pourraient, aussi, lui être favorables d’autant plus qu’elles seront élargies à tout « le peuple de gauche », que certains reprochent encore à Martine Aubry de lui avoir volé, lors du congrès de Reims, la place de première secrétaire du PS et qu’elle peut compter sur un bon nombre de ses petits camarades du parti pour fusiller le directeur général du FMI, au nom d’une idéologie à laquelle plus personne ne croit.
Là, elle oublie une seule chose importante : si les militants du parti l’ont choisie en 2007 c’était parce qu’elle était donnée favorite dans tous les sondages. Par définition, et on ne peut guère le leur reprocher, les électeurs à une primaire choisissent celui (ou celle) que les sondages donnent vainqueur à l’élection. Aujourd’hui, c’est Strauss-Kahn, très haut la main.
Ségolène pourra-t-elle renverser les sondages d’ici à septembre 2011, date prévue pour ces primaires ? On ne voit pas ce qu’elle pourrait faire contre « le grand absent de Washington ».
Mais elle peut toujours espérer qu’à partir de juin, quand DSK aura bien été obligé d’abandonner le FMI pour faire acte de candidature à la candidature et contraint, du coup, de sortir de son mutisme élégant, les Français (de gauche) s’apercevront que l’ancien meilleur économiste du PS n’est qu’un suppôt du grand capitalisme, apôtre de la rigueur et chevalier blanc de toutes les austérités.
Il ne lui resterait plus alors qu’à vaincre Martine Aubry, le père de ses quatre enfants François Hollande et quelques figurants du genre Valls ou Montebourg. Personne, pas même elle, n’a pour l’instant la moindre idée du programme qu’elle pourrait alors présenter. Mais çà n’a aucune importance.
On imagine volontiers que dans ses nuits agitées, Sarkozy rêve d’un tel scénario.
Ce qui est sûr c’est que cette candidature surprise et pour le moins prématurée de « Madame Chabichou » ne manque peut-être pas de « bravitude » mais ne va pas, c’est une certitude, donner une très bonne image de la « camaraditude » qui règne au sein du PS et que les socialistes ne pourront plus guère ironiser sur les petites guéguerres que se livrent à l’UMP MM. Fillon, Copé et Bertrand.
Et nous ne sommes encore à dix-sept mois de l’échéance…

29 Nov 2010 | Comment (1)

La crise et la présidentielle

La crise économique dans laquelle s’enfonce le pays depuis des mois, quoi que nous en dise le pouvoir, ne va pas seulement avoir des conséquences économiques dramatiques. Elle va aussi redistribuer les cartes politiques.
On ne voit déjà à gauche. Ceux qui rêvent du Grand soir et de balayer tout ce qui pourrait être le capitalisme relèvent la tête. A leurs yeux, la crise leur a donné raison, le capitalisme avec ses bulles qui explosent les unes après les autres, les faillites de ses banques, ses pays en banqueroute, les catastrophes sociales qu’il provoque, ses scandales en tout genre, vit son agonie et il suffirait de lui donner le coup de grâce.
Ces extrémistes de gauche recrutent à tour de bras. Il ne s’agit plus de groupuscules regroupant quelques poignées de soixante-huitards attardés, nostalgiques de Trotski, de Guevara ou de Mao. Besancenot est dépassé. C’est Mélanchon qui a repris en main l’étendard de la Révolution. Certes, il compte encore sur les doigts d’une seule main ses pourcentages dans tous les sondages mais il séduit visiblement à gauche, chez les derniers communistes, bien sûr, mais surtout maintenant chez bien des militants et sympathisants socialistes fatigués des querelles internes du PS et inquiets de voir que le parti de Jaurès et de Blum va se choisir comme héraut (et candidat à la présidentielle) le directeur général du FMI, l’homme de la rigueur, de l’austérité et de l’équilibre des comptes.
Hamon et Emmanuelli, pour ne citer qu’eux, se sentent visiblement plus proches de leur ancien camarade Mélanchon que de ce DSK que la popularité dans les sondages voudrait leur imposer. Le « projet de projet » présenté par le porte-parole officiel du PS souligne d’ailleurs, avec toutes ses aberrations, le fossé qui sépare ces socialistes pur jus de la ligne réformiste que veut adopter Martine Aubry, avec Strauss-Kahn, pour ne pas laisser échapper une victoire qui leur tend les bras.
Il ne fait guère de doute qu’à ce train-là le PS va perdre, du moins au premier tour de 2012, une bonne partie de son électorat qui, pour crier son désarroi, sa désespérance, sa colère, ira vers ceux qui veulent tout casser d’un système qui les a jetés dans la précarité et parfois à la rue.
Pour ceux qu’on pourrait appeler « les nouveaux défavorisé », même s’ils font encore parfois partie des classes dites moyennes, la crise qui les concerne ne se résoudra pas avec un retour aux équilibres.
La crise a donc brisé la gauche plus qu’elle ne l’a jamais été.
Mais elle a aussi brisé la droite. Nombreux sont ceux qui avaient applaudi à toutes les promesses de rupture et de réformes de Sarkozy (et qui avaient voté pour lui) qui, aujourd’hui, se posent des questions. Certes, d’un coté, ils reprochent à Sarkozy de ne pas avoir tenu ses promesses, mais, de l’autre, la crise leur a fait comprendre que le fameux « système français » de protection et d’assistanat généralisé que ce même Sarkozy voulait détruire sans pitié est bien utile pour leur propre survie, dans certains cas.
Ces électeurs qui étaient d’accord en 2007 pour travailler plus (et gagner plus) afin qu’on puisse diminuer les déficits, ont compris qu’il y avait de moins en moins de travail, que les réformes promises n’y changeraient rien et que cette chasse aux déficits conduisait inévitablement à une augmentation des prélèvements à une réduction drastique de toutes les aides sociales et donc à une aggravation de la précarité.
Ceux qui se disent « centristes » aujourd’hui –les Borloo, Bayrou, Morin, voire Villepin et autres- ont bien senti que le mot « rigueur » devenait un épouvantail pour tous ceux, au centre et à droite, qui voient leurs revenus baisser et que la crise a déséquilibrés.
La « sarkophobie » va, bien sûr, provoquer une fracture dans l’électorat de droite mais il est évident qu’un fossé est en train de se creuser entre ceux qui, comme Sarkozy et Fillon, ne jurent que par la rigueur et ceux qui regrettent maintenant ouvertement que, face à la crise, le président se soit refusé à amorcer un virage social.
La crise a bel et bien cassé la droite et la gauche.

29 Nov 2010 | Comment (1)

Le nombrilisme national

Nous sommes décidemment un drôle de pays. Il y a des bruits de bottes inquiétants entre les deux Corée, une épidémie épouvantable à Haïti, une déroute annoncée en Afghanistan, des Iraniens qui peaufinent leur bombe atomique, une banqueroute programmée en Irlande et peut-être au Portugal, puis en Espagne, des élections à hauts risques en Côte d’Ivoire et, sans doute, mille autres sujets d’inquiétude de par le monde, mais nous nous en « foutons » complètement. Nous ne nous intéressons qu’à notre élection présidentielle qui aura lieu dans dix-huit mois et pour laquelle nous ignorons encore officiellement quels seront les candidats et quels seront les programmes.
Ce nombrilisme national a tout de même quelque chose d’inquiétant à une époque où le destin de chacun d’entre nous dépend des mésaventures de l’Europe et des aléas de la mondialisation.
Cela dit, mais qu’il fallait dire, notre petit Landerneau politique continue à commenter le sondage Sofres publié par le Nouvel Observateur et qui prédit une victoire par KO de Dominique Strauss-Kahn, avec 62% des suffrages, sur un Nicolas Sarkozy écrabouillé, avec un tout petit 38%.
A gauche plus personne ne fait mine de croire que DSK pourrait encore, un seul instant, refuser de se présenter. Certes, la direction générale du FMI est un poste intéressant, mais quel militant du PS hésiterait entre Washington et Paris alors qu’on le donne si largement vainqueur, avant même qu’il ne se soit déclaré candidat et qu’il ait ouvert la bouche ? Quand on est socialiste depuis sa plus tendre jeunesse, on ne refuse pas de s’installer dans le bureau élyséen de François Mitterrand.
Bien sûr, Strauss-Kahn sait parfaitement que s’il est donné ainsi grandissime favori c’est précisément parce qu’il ne s’est pas déclaré, qu’on ne sait rien de son éventuel programme, qu’il est au bout du monde, loin des marigots parisiens de la rue Solferino, et surtout parce qu’il a toujours été le socialiste préféré… de la droite.
Il faudra bien qu’avant d’être élu triomphalement il soit, un jour, candidat. C’est la règle, elle est formelle et c’est un peu ennuyeux pour lui.
Il va devoir descendre de son Olympe lointain pour patauger dans la boue électorale. Et ceux qui en font aujourd’hui leur héros vont inévitablement apprendre que le grand économiste est le véritable père des 35 heures, que l’austère incorruptible a été mis en examen, que le gentil mari d’Anne Sinclair mène une vie de patachon et, pire encore, que, tout socialiste qu’il soit, le patron du FMI est une brute qui a toujours préféré voir les mécontents défiler dans les rues plutôt que de laisser filer les déficits.
DSK a, évidemment, tout intérêt à rester silencieux jusqu’au tout dernier moment puisqu’il perdra sans doute des dizaines de milliers de voix chaque fois qu’il ouvrira la bouche pour préciser (même vaguement) son programme.
Rue de Solferino, il semble de plus en plus que l’affaire soit entendue. Même si « ces dames », Ségolène et Martine, jouent avec coquetterie sur les mots « pacte » et « accord » et même si certains ont encore le culot de se dire candidats à des primaires, les jeux sont faits. On fête déjà le retour de la gauche à l’Elysée. Après dix-sept ans de purgatoire (et même d’enfer, par moments) cela fait du bien. On se lèche les babines avec gourmandise.
Personne ne le dit, mais maintenant que le problème du choix du candidat est réglé (par les sondages), pas un responsable ne veut aborder le problème du programme. Inutile de s’écharper pour un texte que les Français ne liront pas, sur lequel pourraient ironiser tous les adversaires et qu’en tous les cas Strauss-Kahn n’appliquera pas, même s’il l’a cautionné du bout des lèvres.
Seuls quelques irréductibles, autour de Hamon et d’Emmanuelli, nostalgiques du Grand soir, voudraient que le candidat socialiste présente un programme… socialiste. L’incohérence d’une telle prétention fait sourire les autres qui sont bien décidés à se contenter d’une liste de lieux communs et de bonnes intentions.
En fait, on en est déjà à l’étape suivante. Après avoir eu longtemps une guerre de retard, le PS a maintenant une victoire d’avance. Chacun commence à jouer des coudes pour la formation (dans dix-huit mois !) du gouvernement. Eléphants et éléphanteaux se bousculent au portillon de la salle du Conseil des ministres.
Et les paris vont bon train. Martine Aubry à Matignon, évidemment, Ségolène Royal aux Affaires Etrangères, Fabius, comme Juppé son jumeau, à la Défense, mais il préférerait les Finances, Ayrault sur le perchoir de l’Assemblée Nationale.
Mais comment garder l’équilibre des « clans » entre strauss-kahniens qui ne pourront tout de même pas truster tous les postes, aubryistes, royalistes, fabiusiens, anciens jospiniens et autres. Moscovici, Bartolone, Cambadélis, Leguen ont bien mérité leur part de gâteau. Et où caser ceux qui auront fait un petit tour de piste ? Hollande veut l’Intérieur, Valls rêve de la Ville, Montebourg qui se verrait bien à la Justice, pourtant déjà « réservée » à Vallini. Et les femmes ? Même avec Martine Aubry à Matignon, il en faudra quelques-unes. Mais lesquelles ? Marisol Touraine, Annick Lepetit, Valérie Fourneyron, Amélie Filipetti, sans parler d’Elizabeth Guigou qui s’y croit déjà ? Au bal des égos succède déjà celui des ambitions. Et la diversité ? Ce serait un comble que la gauche au pouvoir ait moins d’enfants de l’immigration que n’en avait la droite sarkozienne. N’est-ce pas un peu tôt ?
A droite, l’ambiance est différente, bien sûr. Les moins pessimistes veulent croire qu’en dix-huit mois « tout peut encore arriver » et que les Français pourraient revenir à de meilleurs sentiments grâce aux deux mots clés répétés par Sarkozy et rabâchés par Fillon : « réformes » et « rigueur », même s’ils sont contradictoires car ce n’est jamais en période d’austérité qu’on peut mener les meilleures réformes, toujours onéreuses quand on les lance.
Les plus lucides de ces optimistes sont inquiets. Les projets sur la dépendance vont évidemment coûter cher. Ca veut dire qu’il va bien falloir, d’une manière ou d’une autre, augmenter les prélèvements. Les classes moyennes n’en peuvent plus. La grande réforme de tout notre système de protection sociale (dans laquelle on veut maintenant noyer les projets sur la dépendance) ne peut conduire que vers des plafonnements des aides en fonction des revenus. Là encore, ce seront les classes moyennes qui en feront les frais. Quant à la réforme de la fiscalité, si elle se veut vraiment « plus juste », elle ne peut que toucher les classes modestes jusqu’alors relativement épargnées et pour lesquelles la suppression du bouclier fiscal ne sera pas un lot de consolation.
Chacun, à droite, veut donc croire que ces grandes réformes de fin de quinquennat s’enliseront dans des débats sans fin et que Sarkozy s’en tiendra à son « succès » de la réforme des retraites.
Seulement voilà, en politique, les jeux ne sont jamais faits et il peut toujours tout arriver.

27 Nov 2010 | Comments (6)

Pourquoi Villepin veut-il brouiller les pistes ?

Tout semblait parfaitement clair dans l’affaire de Karachi.
Les patrons des services secrets pakistanais avaient fait assassiner, en 2002, à Karachi, onze ingénieurs français de la Direction des Constructions Navale parce que Paris avait décidé, en 1995, d’interrompre les commissions qui devaient leur être versées dans le cadre de l’achat par le Pakistan, en 1994, de trois sous-marins français. Pendant sept ans, de 1995 à 2002, ces généraux et ces amiraux avaient protesté, menacé et finalement ils avaient mis leurs menaces à exécution.
Il semblait tout aussi clair que si Jacques Chirac avait, dès son entrée à l’Elysée, en 1995, fait interrompre le versement de ces commissions ce n’était pas pour s’en prendre à ces officiels pakistanais (officiellement et légalement) corrompus mais parce qu’il avait appris que ces contrats de pots de vin (légaux) prévoyaient aussi des dessous-de-table (illégaux), des rétro-commissions que les Pakistanais devaient renvoyer à des Français.
Or, il était plus que vraisemblable que ces Français en question, bénéficiaires des rétro-commissions, n’étaient autres que ceux qui avaient négocié, en 1994, les contrats, c’est-à-dire le premier ministre Edouard Balladur, le ministre du Budget, Nicolas Sarkozy et le ministre de la Défense, François Léotard.
La chose était d’autant plus vraisemblable qu’on savait, de notoriété publique, que le candidat Balladur et son porte-parole Sarkozy avaient eu des difficultés pour financer leur campagne présidentielle de 1995, Balladur n’ayant guère pu compter sur les fonds du RPR que Chirac, très légitimement, avait en grande partie gardés pour lui.
Tout semblait clair et tous les Français avaient compris que si l’affaire était brusquement ressortie ce n’était pas seulement parce que les familles des victimes réclamaient (depuis huit ans) que la justice fasse toute la lumière sur ce drame mais aussi et surtout parce que la guerre fratricide entre chiraquiens et balladuriens était rallumée par les numéro deux interposés, Villepin, directeur de cabinet d’Alain Juppé, ministre des Affaires Etrangères en 94, puis secrétaire général de l’Elysée en 1995, et Sarkozy, à la fois ministre du Budget et porte-parole de Balladur en 1994 et 1995.
Il semblait évident que Villepin avait trouvé là la plus belle des ripostes à l’affaire Clearstream avec laquelle le président de la République s’acharnait contre lui et le meilleur moyen d’abattre Sarkozy avant 2012.
Mais Villepin vient de faire, devant le magistrat chargé de l’instruction, deux mises au point qui changent un peu le scénario.
D’abord, il affirme que « l’attentat de Karachi de 2002 n’a aucun rapport avec l’arrêt, en 1995, du versement des commissions aux responsables pakistanais ». Comment le sait-il ? Il estime que le délai entre 1995 et 2002 est trop long pour qu’on puisse supposer que l’attentat soit la conséquence de l’arrêt des versements. Or, on peut parfaitement imaginer que les Pakistanais aient d’abord protesté, puis, qu’ils aient essayé de négocier, avant de se mettre à menacer et de passer à l’acte.
Pourquoi Villepin est-il si affirmatif ? Tout simplement pour que l’opinion ne rende pas Chirac (et lui-même) responsable de l’attentat en ayant « trahi » la parole de la France (vis-à-vis des pseudos intermédiaires) et ce pour des raisons de simple vengeance personnelle contre Balladur et les siens.
D’autre part, et plus surprenant encore, Villepin est désormais convaincu que « l’argent des rétro-commissions n’est pas allé dans le trésor de guerre de Balladur » mais qu’il a, sans doute, « servi à renflouer les caisses de partis politiques amis de Balladur ». On pense naturellement au Parti Républicain de François Léotard. Mais, là encore, comment Villepin le sait-il ? Et pourquoi veut-il soudain épargner Sarkozy en chargeant Léotard qui n’existe plus politiquement ?
Si l’attentat de 2002 n’avait aucun rapport avec la vente des sous-marins et si les rétro-commissions n’étaient pas allées à Balladur, l’affaire de Karachi se « dégonflerait » totalement.
Y aurait-il eu alors, ces derniers jours, une négociation entre l’Elysée et Villepin, par l’intermédiaire de Juppé, patron de Villepin au Quai d’Orsay, en 1994, premier ministre en 1995 et désormais ministre de la Défense de Sarkozy ? Certains se posent la question.

27 Nov 2010 | Comments (3)

Sondages: DSK « élu » avec 62% des voix ?

Le petit jeu des sondages continue de plus belle et il est évident que les sondeurs en tout genre ont de beaux jours devant eux jusqu’aux présidentielles de 2012.
Tout le monde affirment que les sondages ne valent que ce qu’ils valent, c’est-à-dire pas grand-chose, surtout à dix-huit mois d’un scrutin, mais chacun reconnaît que ces sondages qui ne valent rien ont… une importance considérable. En effet, ils impressionnent l’opinion et font réfléchir les appareils et les éventuels candidats.
Le sondage TNS-Sofres que publie cette semaine de Nouvel Observateur ne va laisser personne indifférent.
Au premier tour, Dominique Strauss-Kahn recueillerait 27% des voix (alors que Martine Aubry n’en recueillerait que 23%, Ségolène Royal 17% et François Hollande 16,5%) devant Nicolas Sarkozy à 24% (François Bayrou à 6%, Jean-Louis Borloo à 5%, Dominique de Villepin à 4%) et Marine Le Pen à 13,5%.
Mais ce sont, évidemment, les résultats du second tour qui retiennent l’attention. DSK l’emporterait triomphalement avec 62% des voix devant Sarkozy à 38%.
Même si on sait que Sarkozy est rejeté aujourd’hui comme ne l’a été aucun de ses prédécesseurs, la chose parait stupéfiante dans un pays qui est, grosso-modo, à 50/50 entre droite et gauche. Si l’on met à part le duel « inattendu » de 2002 entre Chirac et Le Pen, jamais aucun candidat ne l’a emporté avec plus de 60% des voix et, du même coup, jamais aucun candidat n’a été battu avec moins de 40%. Même Poher, face à Pompidou en 1969, avait pu obtenir 42% des suffrages.
Si personne ne va vouloir, à gauche, vendre la peau de l’ours ou, à droite, abandonner la partie, ce sondage qui fait suite à d’autres études d’opinion qui allaient déjà dans le même sens, va, évidemment, influencer les uns et les autres.
Quel sympathisant, militant ou apparatchik de gauche pourrait aujourd’hui, dans des primaires, choisir un autre candidat que DSK donné ainsi gagnant à coup sûr ? A moins de vouloir prendre le risque de faire perdre la gauche. Ce qui ne serait même pas assuré d’ailleurs puisque ce même sondage fait gagner au second tour contre Sarkozy, aussi bien Martine Aubry (55%), que François Hollande (55%) et même que Ségolène Royal (52%).
A droite, ce sondage va, évidemment renforcer tous ceux qui depuis des mois murmurent que Sarkozy n’est « peut-être pas le bon cheval pour 2012 ». La plupart d’entre eux semble avoir fait une croix sur ces prochaines présidentielles et ne déjà plus penser qu’à 2017. Des hommes comme Fillon ou Copé sont convaincus qu’après un quinquennat avec DSK à l’Elysée et Martine Aubry à Matignon, la droite (que chacun des deux pensent incarner) n’aura aucun problème pour revenir au pouvoir.
Mais d’autres ont une vue plus courte. Notamment les parlementaires qui savent parfaitement que si DSK l’emporte dans de telles proportions, les législatives qui s’en suivront seront épouvantables pour les 317 députés UMP dont bien peu auront une chance de retrouver leur siège.
« On peut aller à l’abattoir la fleur au fusil mais ce n’est jamais de gaité de cœur » me disait assez joliment un de ces députés en découvrant ce sondage. Après un silence éloquent, il ajoutait : « Oui, mais qui d’autre ? »
En fait, la gauche a dix-huit mois pour « bousiller » la chance incroyable que lui a donnée Sarkozy. Il lui suffit de refuser DSK, de s’entredéchirer sur le choix d’un autre candidat et de s’étriper sur le programme. Elle en est parfaitement capable.
Et la droite a tout autant de temps pour se trouver une alternative ce qui sera beaucoup plus difficile. Certains imaginent un Fillon claquant dans six mois la porte de Matignon, demandant à Sarkozy qui l’a fait roi et prenant la tête d’une insurrection de parlementaires. D’autres voient déjà Copé faisant un coup d’Etat à la tête de ses troupes de l’UMP. D’autres encore se demandent si, après tout, Villepin ne pourrait pas devenir, au fil des mois et de scandale en scandale, un homme recours si ce n’est providentiel.
La gauche hésite devant une victoire programmée, la droite rêve encore d’une divine surprise.

26 Nov 2010 Commentaires fermés sur Sondages: DSK « élu » avec 62% des voix ?

Où sont les maréchaux de Sarkozy?

Tout le monde, du moins à droite, semble déçu aujourd’hui. Il parait que le « nouveau » premier ministre ressemble comme deux gouttes d’eau à… l’ancien.
Son grand discours de politique générale, hier, devant l’Assemblée, n’a rien appris à personne.
Certes, il y a eu quelques envolées lyriques un peu inhabituelles chez ce jeune homme bien élevé de province : « Contre vents et marées, dans le calme et la tempête, contre le conservatisme et pour vaincre les peurs, l’élan de la réforme est intact » ou « Quand on sert l’intérêt général l’impopularité d’un jour peut devenir l’estime de demain » ou, mieux encore, et cette fois en citant Péguy lui-même : « Le triomphe de la démagogie est passager mais les ruines sont éternelles ». On sentait que Guaino, la plume de Sarkozy, avait relu le texte initial et y avait mis son grain de sel.
Certes, il y a eu aussi quelques petites précisions. La grande concertation prévue sur le problème de la dépendance ne se limitera pas au seul sort de « nos aînés ». On abordera, « avec tous », « toutes les protections sociales ». Histoire de noyer le poisson et d’ouvrir un débat sans fin qui permettra d’atteindre le terme du quinquennat sans faire descendre trop de monde dans les rues. Pour l’entrée de nouveaux jurys populaires dans nos tribunaux, plus rien ne presse et « on verra ». Pour la suppression du bouclier fiscal et de l’ISF, là encore, on replacera ces dossiers délicats au sein d’« une vaste réforme de l’ensemble de la fiscalité ». Pourquoi essayer de faire simple quand on est sûr de ne rien faire en faisant compliqué ? Ce n’est pas du Péguy mais çà pourrait être du Sapeur Camembert.
En fait, hier, François Fillon nous a offert, comme d’habitude, du… « Sarkozy bien tempéré » en reprenant à sa façon le discours de politique générale dont nous avait gratifié, la semaine dernière à la télévision, son patron qui n’a donc toujours pas relu la Constitution et qui s’imagine toujours qu’il est à la fois président et premier ministre.
Cela dit, les gens ne sont jamais contents. Personne ne voulait de Borloo, trop brouillon, trop sale et surtout trop centriste, personne ne voulait des « jeunes » Baroin, Chatel, Le Maire, trop immatures, tout le monde voulait Fillon. Sarkozy l’a gardé et voilà qu’on le trouve bien palot. Ce n’est pas parce qu’il est resté tapi dans l’ombre du président et que çà lui a si bien réussi qu’il va maintenant se mettre à faire de l’ombre à son bienfaiteur. Fillon attend son heure et elle n’a pas encore sonné.
Mais en observant, hier, les travées de l’hémicycle, on s’apercevait soudain d’une évidence qui a échappé à tous les experts qui, pendant des mois se sont demandé pourquoi Sarkozy n’arrivait pas à former son gouvernement et qui, depuis la re-nomination de Fillon à Matignon, échafaudent des explications.
Pourtant, tout est simple. Nicolas Sarkozy est le premier président de la République à n’avoir personne avec lui, autour de lui, derrière lui.
Tous ses prédécesseurs avaient des amis (plus ou moins sûrs, parfois), des fidèles (souvent inconditionnels), des lieutenants ou des maréchaux qui leur servaient de gardes du corps dans toutes les batailles et qu’ils pouvaient toujours envoyer au feu.
Chirac avait ou avait eu Juppé, Balladur, Villepin, Toubon, Pasqua, Debré, Allio-Marie, par exemple. Mitterrand avait eu Mauroy, Fabius, Bérégovoy, Dumas, Jospin, Charasse, etc. Des « pointures », de différentes tailles mais auxquelles ils pouvaient confier des ministères, voire même des missions importantes sans être totalement ridicules et sans avoir besoin d’aller piocher, au hasard, chez les gens d’en face.
Quels sont les maréchaux de Sarkozy ? On cherche et on trouve : Hortefeux, Frédéric Lefebvre, Nadine Morano !
Fabius et Juppé étaient les fils (naturels !) de Mitterrand et de Chirac. Fillon et Copé qui ne sont même pas des enfants putatifs de Sarkozy ne rêvent que de tuer le père et s’entredéchirent déjà pour l’héritage.
Cette absence de « famille », cette solitude explique évidemment l’attitude de Sarkozy. Mais elle s’explique elle-même, sans doute aussi, par le tempérament du président. Il a pu séduire les foules, il n’a jamais attiré les sympathies, les attachements, les fidélités.
Cela va sans doute lui coûter cher pour cette campagne qui s’annonce difficile pour lui.

25 Nov 2010 | Comment (1)

Sarkozy a-t-il pété un câble ou pété les plombs ?

Avec Nicolas Sarkozy nous sommes souvent ridicules, parfois déshonorés (à la face du monde), mais nous ne sommes… jamais déçus.
Tout le monde parle aujourd’hui de son énième (car on ne les compte plus) dérapage. Ca s’est passé en marge du sommet de l’Otan, à Lisbonne, et la victime en fut un journaliste. Il ne l’a pas traité de « pauv’con » mais de… pédophile.
Soyons justes et précis. Le président était entouré par un groupe de journalistes. On l’a, d’abord, interrogé sur l’Otan, la défense anti-missile et l’Afghanistan. Puis, naturellement, un journaliste lui a demandé ce qu’il avait à dire sur l’affaire de Karachi et ce qu’il comptait répondre aux accusations qui l’impliquent dans cette histoire de commissions, de rétro-commissions et de financement occulte de la campagne de Balladur en 1995. Le journaliste ne faisait là que son métier.
Aussitôt, Nicolas Sarkozy, furieux, a totalement perdu son calme (et sa dignité), s’est écrié que les journalistes racontaient « n’importe quoi sans jamais vérifier les moindres rumeurs », puis, sans doute en plaisantant mais on sait qu’il n’a aucun sens de l’humour, il a froidement déclaré au malheureux : « Vous êtes pédophile, je le sais, j’ai vu les rapports des services secrets, mais je ne vous dirai pas lesquels, j’ai des témoins, mais je ne vous dirai pas lesquels, j’ai mon intime conviction, vous êtes pédophile ». Et, tournant les talons, il s’est adressé à l’ensemble des journalistes en hurlant : « Au revoir, les pédophiles, à demain ! ».
La sortie du président de la République avait été enregistrée par le circuit intérieur du sommet. A la demande de l’Elysée, la bande a été effacée.
Cet incident n’apprend rien de bien nouveau mais prouve plusieurs choses. D’abord, que, contrairement à ce qu’on nous avait raconté, Sarkozy n’a pas changé, ne s’est toujours pas calmé, n’a toujours pas compris qu’un chef d’Etat devait garder un minimum de dignité et qu’il n’est toujours qu’« un voyou de la République », pour reprendre une expression devenue célèbre.
Ensuite, que l’affaire de Karachi le rend hystérique et qu’il sait maintenant que ses adversaires ne le lâcheront pas et ne desserreront pas leurs crocs (qui ne sont pas de boucher). Il va trainer cette affaire pestilentielle et qui ne va faire que s’amplifier au fil des mois jusqu’aux élections présidentielles. Or cette affaire, c’est bien pire que « les diamants de Giscard ». Parce qu’il y a eu morts d’homme, parce qu’il s’agit du financement d’une campagne présidentielle et parce que Sarkozy, lui-même, nous avait promis une République « irréprochable » (sic !) même si on l’a totalement oublié.
A l’Elysée, on tente de nous faire croire que ce petit écart de langage du chef de l’Etat est parfaitement excusable parce que le président en a assez de ces ragots, de ces rumeurs, de cette « presse de caniveau » qui, sans le moindre début de la moindre preuve, jette en pâture à la foule des noms d’hommes au-dessus de tout soupçon dont l’honneur est ainsi flétri à tout jamais.
On serait presque attendri ! Et on est bien obligé de reconnaître que cette presse « de caniveau » a, en effet, raconté, par exemple, que le trésorier de l’UMP, un certain Eric Woerth, était aussi ministre du Budget… que ce ministre du Budget avait fait embaucher sa femme par l’une des plus grandes fortunes de France… qu’il avait bricolé la vente d’un terrain de courses… ou encore -car cette presse « de caniveau » déborde de médisance- que l’un de ses lointains prédécesseurs à Bercy, un certain Nicolas Sarkozy, avait magouillé la création de sociétés écrans dans des paradis fiscaux pour faire passer discrètement, dans un sens et sans doute dans l’autre, des commissions liées à des ventes de sous-marins… que les membres du Conseil constitutionnel avaient refusé de valider les comptes de campagne d’un candidat à la présidence de la République, un certain Edouard Balladur… et qu’il avait fallu que le président de ce Conseil constitutionnel de l’époque, un certain Roland Dumas, homme au-dessus de tout soupçon s’il en est et décidemment spécialiste en vente de navires de guerre, magouille les choses pour qu’un scandale n’éclate pas… que… etc.
Rien que des méchancetés, rien que des rumeurs sans fondement, rien que des calomnies qui risquent, en effet, de flétrir peut-être un peu l’honneur d’hommes au-dessus de tout soupçon ? Pas vraiment.
Ce que Nicolas Sarkozy qui n’est pourtant plus un perdreau de l’année ne comprend pas c’est que, quand la justice, paralysée par le pouvoir politique, ne peut pas faire son travail, elle ne fait pas grève, elle ne défile pas dans les rues… elle organise des fuites, seul moyen pour elle de prendre à témoin « le peuple français » au nom duquel, il faut bien souvent le rappeler, elle fait son travail.
L’affaire Woerth n’a pas été inventée de toutes pièces par la presse du fond de son caniveau. L’affaire de Karachi non plus. La presse est devenue, d’une certaine manière, un « auxiliaire de la justice ». C’est grâce à la justice que la presse a des informations, grâce à la presse que la justice peut continuer son œuvre.
Certaines, dans l’entourage de Sarkozy, rappellent aujourd’hui la fameuse phrase de Mitterrand déclarant qu’on avait jeté « aux chiens » l’honneur de Bérégovoy. Mais ils n’ont rien compris à cette phrase. Mitterrand qui savait parler français n’accusait par les journalistes d’être « des chiens ». Ils reprochaient à certains de ses « amis » (et, c’est vrai, à la presse) d’avoir jeté l’honneur de son ancien premier ministre en pâture à l’opinion.
Toujours est-il que, ce soir, les uns se demandent si Sarkozy a « pété un câble » alors que les autres pensent qu’il aurait plutôt « pété les plombs ». Beau sujet de controverse pour les sarkologues.
Ce qui est étonnant c’est que personne ne semble avoir remarqué les images stupéfiantes diffusées par la 2 et prises, elles aussi, à l’issue du sommet de l’Otan. Ca commence par « la photo de famille » traditionnelle de tous les chefs d’Etat, puis ils se dispersent. Le Roumain vient alors s’entretenir avec Sarkozy. On voit (car hélas on n’a pas le son) que la discussion est houleuse. Cela sent l’altercation. Sarkozy refuse énergiquement quelque chose. Avant de s’éloigner visiblement furieux et sans serrer la main du Roumain.
La caméra suit alors le Roumain qui va voir Berlusconi. Le Roumain raconte quelque chose (vraisemblablement l’altercation) à l’Italien qui éclate de rire avant de mettre son index sur sa tempe pour faire comprendre qu’il s’agit d’un dingue. A deux reprises, à cours de cet entretien italo-roumain, Berlusconi fera le même geste. Un dingue, je vous dis.
Si Sarkozy passe maintenant pour un dingue aux yeux de Berlusconi, où va-t-on ?

23 Nov 2010 | Comments (7)

Prêts pour 2017, pas pour 2012

Ca y est. Ils sont déjà un certain nombre à être prêts pour les présidentielles. Pas pour les prochaines, celles de 2012, non, pour celles de 2017.
Jean-François Copé s’installe à la tête de l’UMP. Théoriquement pour tout mettre en œuvre afin d’assurer la réélection de Sarkozy. En fait, comme il n’est pas un imbécile, il n’y croit pas un seul instant et ne veut faire du parti qu’une machine de guerre pour le conduire, lui, Copé, à l’Elysée en 2017. Il a d’ailleurs le culot provocateur de ne même pas faire mine de s’en cacher.
Il va donc « copéïser » à outrance le mouvement qui n’ose plus guère se référer au gaullisme, encore moins au chiraquisme et de moins en moins au sarkozisme. Comme personne, pas même lui, ne sait ce qu’est le « copéïsme », la « copéïsation » de l’UMP va simplement consister pour lui à placer des hommes sûrs aux postes clés et à éliminer les rivaux éventuels, les centristes mous, les nostalgiques du passé et tous ceux qui pourraient avoir des états d’âme.
Ayant bien étudié le parcours de ses idoles d’autrefois, Copé va jouer les bulldozers à la Chirac et manier le Karcher à la Sarkozy. Pendant les dix-huit mois qui viennent, il sera à la tête du parti majoritaire, en face de Sarkozy, comme l’avait été Chirac en face de Giscard ou Sarkozy lui-même en face de Chirac. Derrière lui, une mitraillette à la main. Copé a toujours réclamé un « retour aux fondamentaux » Mais les « fondamentaux » de Copé ne sont pas tout en finesse.
Le « programme » de Copé est évident : conduire l’UMP à l’abattoir de 2012 mais en lui promettant des après-demain triomphants.
Copé est un malin. S’il avait accepté d’entrer au gouvernement comme le lui a proposé avec insistance Sarkozy, il aurait lié son sort à une équipe qu’il sait vaincue d’avance. En prenant la tête de l’UMP, c’est-à-dire de tous ceux qui reprochent déjà à Sarkozy de mener la droite à la défaite, il pense devenir –encore mieux qu’il ne l’a été à la tête du groupe parlementaire de l’Assemblée- l’homme recours pour l’avenir, le sauveur pour l’après-déroute.
Fillon, lui aussi, se prépare et, lui aussi, pour 2017. Il vient de remporter une belle victoire en imposant son maintien à Matignon mais il ne se fait aucune illusion. Il sait parfaitement que, contrairement à ce qu’on a affirmé, Sarkozy ne va pas changer d’un poil et ne va pas partager avec lui la moindre once du pouvoir. C’est d’ailleurs précisément parce qu’il n’avait pas l’intention de changer que Sarkozy n’a pas voulu de Borloo et qu’il a préféré garder son « collaborateur ».
Le collaborateur va donc continuer à faire de la figuration à Matignon. Le rôle est un peu ingrat mais, somme toute, très confortable. Plus le figurant est silencieux, effacé, alors que « la star » s’agite sur le devant de la scène, se contredit, se prend les pieds dans le tapis et même se ridiculise, et plus le public applaudit le figurant qui, pour que les applaudissements redoublent encore, se contente, par moments, de froncer les sourcils ou de faire une petite moue de dégoût.
Fillon a beaucoup plus de troupes derrière lui que Copé. Plébiscité par les parlementaires qui n’apprécient guère l’ambition démesurée de Copé, le premier ministre-figurant a acquis, grâce à l’antisarkozisme national, une véritable popularité dans l’opinion, ce qui n’est, bien sûr, pas le cas de Copé. Et, pas plus qu’à Copé, personne ne pourra lui imputer la défaite de 2012.
Les deux hommes attendent donc, sans doute avec impatience, l’exécution de Sarkozy par le suffrage universel pour reprendre le flambeau de la droite et devenir le chef incontesté d’une opposition impitoyable contre le (ou la) socialiste qui règnera à l’Elysée.
C’est sans doute la première fois qu’on a un président de la République dont le premier ministre et le chef du parti majoritaire souhaitent, à peine secrètement, l’échec. Car, évidemment, si d’aventure Sarkozy était réélu l’horizon de 2017 se boucherait pour tous les deux, après 22 ans de présidence de droite.
Les deux hommes qui, en principe, devraient animer la campagne électorale de Sarkozy vont donc se regarder en chiens de faïence et multiplier les coups fourrés à la fois l’un contre l’autre et, bien sûr, contre Sarkozy lui-même.
A gauche, au PS, les « jeunes » se préparent aussi pour 2017. Valls et Montebourg ont déjà fait officiellement acte de candidature (pour 2012) mais Hamon, Moscovici et quelques autres ne cachent pas qu’ils seraient prêts à faire, eux aussi, immédiatement le sacrifice de leur personne à la France.
Ils savent tous, bien sûr, qu’il ne s’agit que d’un jeu. Aucun d’entre eux ne se fait la moindre illusion. Ils ont tous compris que ce sera ou Strauss-Kahn ou Martine Aubry qui portera les couleurs de la gauche.
Mais en se portant candidats, ils s’échauffent, se font connaître (pour 2017) et puis surtout, comme ils sont convaincus que la gauche va l’emporter, ils pensent qu’une bonne campagne puis un retrait bien négocié leur garantiront un poste de ministre dès 2012. Montebourg se verrait bien à la Justice, Valls à la Ville ou pourquoi pas à l’Intérieur. Car on commence déjà à se distribuer les dépouilles du pouvoir, pour ne pas dire les lambeaux de la peau de l’ours.
La campagne 2017 s’annonce donc déjà plus ouverte que celle de 2012.
Car 2012 s’annonce déjà bien tristement. A droite, on semble avoir déjà fait le deuil de la victoire. La campagne pourrait bien ressembler à une simple fin de règne avec, comme toujours dans ces cas-là, une multitude de candidats ressortant tous les scandales qui ont pu pourrir le règne du souverain déjà déchu.
A gauche, pour l’instant ce n’est pas mieux. On est convaincu que la victoire est « inévitable » tant le président sortant est rejeté. Mais, on ne sait toujours pas sur quel pied danser pour ne pas faire un faux pas. Faut-il jouer à « gauche toute » pour se donner bonne conscience et éliminer tous les petits donneurs de leçon façon Mélenchon ou faut-il, sans pudeur, oublier ses grands principes et jouer un centre-gauche à la mode, de bon aloi et prometteur ?
D’un coté, on se prépare à la défaite et certains s’en réjouissent d’avance. De l’autre, on a peur de monter sur le ring et certains redoutent presque une victoire qui leur ferait perdre le peu d’âme qui leur reste.

23 Nov 2010 | Comment (1)

Le pape et le préservatif, Sarkozy et le bouclier fiscal

C’est amusant. La même semaine, le pape a fini par admettre que le préservatif pouvait être utilisé « dans certaines conditions » et Nicolas Sarkozy a fini par reconnaître que le bouler fiscal pouvait être remis en cause. Les durs se ramollissent !
Personne n’aurait, bien sûr, l’idée (sacrilège) de comparer Sa Sainteté avec notre président, mais tout de même…
Depuis leur couronnement respectif, Benoit XVI avait fait de son refus du préservatif le symbole de sa rigidité avec les grands principes et Sarkozy nous avait toujours présenté le bouclier fiscal (dont il n’était pas l’inventeur) comme la marque majeure de sa politique économique. Et voilà qu’ils cèdent, l’un et l’autre.
Il est évident que, pour ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Diable, l’attitude du pape était incompréhensible, voire criminelle, en face des ravages considérables que fait le Sida, notamment en Afrique. Mais il est tout aussi évident que, pour les plus fidèles des fidèles, ceux qui croient en leur âme si ce n’est leur conscience que Dieu est à l’origine de la vie, la régulation des naissances, tout comme celle de la mort, est totalement inadmissible.
Idem pour le bouclier fiscal. La gauche, les classes défavorisée (qui ne paient généralement pas l’impôt sur le revenu) sont scandalisées à l’idée que les plus riches des plus riches puissent être épargnés en se protégeant derrière ce bouclier fiscal. Mais le cœur de l’électorat de Sarkozy, et notamment le fameux « premier cercle » de ses amis, est indigné quand on lui laisse entendre qu’on pourrait, de nouveau, imposer à plus de 50% de leurs revenus ceux qui, à leurs yeux, font la richesse de ce pays.
Un vrai papiste ne peut que refuser, avec l’énergie du désespoir, le préservatif, tout comme un vrai sarkoziste se doit de défendre bec et ongles, le bouclier fiscal.
Pourquoi alors l’un et l’autre viennent-ils de capituler ainsi sur un point clé de leur dogme ?
Tout simplement parce qu’ils essayent, l’un et l’autre, de corriger leur image détestable, parce qu’ils tentent, l’un et l’autre, de récupérer les fidèles qui ont déserté leur chapelle, parce qu’ils sont, l’un et l’autre, persécutés par leurs « centristes » et parce qu’ils ont, l’un et l’autre, été chahutés par des scandales qui ont fait vaciller leur trône.
Tout le monde considère « le pape allemand » comme un affreux réactionnaire coupé de toutes les réalités d’aujourd’hui et Sarkozy comme de « la graine de fasciste ». Les églises du premier sont désertées et les sondages du second épouvantables. Les évêques, notamment ceux du Tiers-monde qui, loin du confort luxueux du Vatican, sont confrontés chaque jour à toutes les misères de l’humanité ruent dans les brancards et Jean-Louis Borloo tente d’organiser autour de lui les centristes. Le scandale de la pédophilie a éclaboussé toute la hiérarchie de l’église catholique, tout comme celui de l’affaire Woerth-Bettencourt et bientôt celui de l’affaire de Karachi ont donné au régime sarkoziste l’image d’une piètre oligarchie.
En cédant, l’un sur le préservatif, l’autre sur le bouclier fiscal, les deux souverains, l’un pontife, l’autre républicain, espèrent que ces trahisons du dogme changeront leur image, feront revenir au bercail les brebis égarées, apaiseront les mécontents et feront oublier les scandales.
Ils oublient, l’un et l’autre, une règle immuable. Quand on fait la politique de ses adversaires, on ne gagne jamais une voix chez eux et on perd les dernières voix de ses partisans.
Benoit XVI vient de faire plaisir à tous les incroyants de la terre. Ils ne vont pas être touchés par la grâce pour autant. Sarkozy a donné satisfaction à tous ceux qui réclamaient la suppression du bouclier fiscal. Ils ne vont pas voter pour lui pour autant.

22 Nov 2010 | Comments (2)

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