La situation actuelle du pays va changer bien des choses, même si personne, aujourd’hui, n’est encore capable d’imaginer comment tout cela va tourner.
Sarkozy nous a annoncé un vaste remaniement ministériel « au lendemain de l’adoption de la réforme des retraites ». Le texte sera adopté définitivement par le Parlement la semaine prochaine. Il lui faut donc choisir, dans les jours qui viennent, sa nouvelle équipe. C’est, de toute évidence, la dernière vraie cartouche qui lui reste à tirer avant de se lancer dans le marathon de la présidentielle de 2012.
Selon les fameuses « sources bien informées », il hésiterait encore. On le comprend. On nous dit que Jean-Louis Borloo tiendrait toujours la corde. Mais ces dernières semaines de manifestations, de grèves, de troubles ont quelque peu changé la donne.
Sarkozy a joué l’intransigeance et la fermeté. Pas question de reculer d’un pouce sur la réforme, pas question de céder à la rue, ordre donné aux forces de l’ordre de débloquer toutes les raffineries et tous les réservoirs de carburant. Il espérait ainsi récupérer l’électorat de droite qui, en principe, déteste les grèves et la chienlit.
Mais, d’après les tout derniers sondages, il ne semble pas que cette attitude ait été payante. Il est toujours rejeté par plus de 70% des Français, les mêmes sans doute qui, d’après d’autres sondages, approuvent les manifestants et souhaitent que le gouvernement discute sérieusement avec les syndicats de cette réforme des retraites. Comme si une écrasante majorité de Français souhaitait la chienlit pour se débarrasser de Sarkozy lui-même.
Or, envoyer Borloo à Matignon ce serait choisir « l’ouverture au centre », le dialogue et même la palabre avec les syndicats et donc faire volte-face.
Sarkozy peut d’ailleurs se demander si la promotion de Borloo suffirait à calmer le mécontentement général. Ce farfelu échevelé aux allures de poivrot est-il aussi populaire que nous l’affirme une certaine presse ? Il est au gouvernement depuis plus de huit ans mais quel bilan peut-on tirer de ses passages aux ministères de la Ville, de l’Emploi et de l’Ecologie ?
Ses fonds de commerce ont toujours été « la cohésion sociale », « la rénovation urbaine » et « le développement durable ». Trois thèmes qui ont été à la mode, pour lesquels on a investi des sommes considérables mais qui ont été oubliés depuis belle lurette. Rarement notre société a été aussi… incohérente, les « cités » sont dans un état pire que jamais et les Grenelles de l’Environnement 1 et 2 ont sombré par la faute de leurs propres excès et de la crise.
Pire, Borloo est aussi ministre de l’Energie. Or la crise actuelle a eu pour toute première conséquence le problème des carburants. Borloo aurait donc dû être en première ligne. On ne l’a vu qu’à une seule occasion. Pour nous affirmer qu’il n’y avait aucun problème d’approvisionnement et qu’il n’y avait « que 300 stations-service en difficulté ». C’était 3.000 ! Un de ses gentils camarades du gouvernement l’a excusé en déclarant simplement qu’« il aurait fallu lui faire souffler dans le ballon ».
Quoiqu’il en soit, hier, pendant le Conseil des Ministres, Sarkozy n’aurait plus eu pour Borloo les petites attentions qu’il avait l’habitude de lui prodiguer et les experts en « sarkozologie » affirment ce matin que le numéro deux du gouvernement n’a plus les faveurs du souverain.
Hier, les « petits préférés du jour » étaient Brice Hortefeux, promu adjudant-chef de CRS, François Baroin qui a su bien souvent remplacer au pied levé Woerth dans la défense de la réforme des retraites et Bruno Le Maire, le petit nouveau, si propre sur lui avec ses allures de premier de la classe et de dernier de la crèche. Et sous l’œil goguenard de François Fillon, le président, perdu dans ses réflexions, semblait jauger ce que les uns ou les autres pourraient bien lui apporter.
On sait qu’après le coup du remaniement, Sarkozy compte aussi nous faire le coup de la scène internationale, grâce à sa prochaine présidence du G8 et du G20. Mais, là aussi, les choses se sont encore compliquées avec cette crise.
Sarkozy n’a jamais été apprécié par ses « pairs » chefs d’Etat qui l’ont toujours considéré comme un petit sauteur inconsistant, d’Angela Merkel qui déteste ses familiarités, à Obama qui l’ignore superbement, en passant par Medvedev qui l’a roulé dans l’affaire géorgienne et les Chinois qui ne lui ont jamais pardonné ses palinodies à répétition avec le Dalaï-Lama.
L’affaire des Roms venait de lui porter un énième mauvais coup. La crise d’aujourd’hui m’amis à terre. Comment imaginer, en effet, un Sarkozy, président du G20, et donnant des leçons de gouvernance mondiale à la terre entière (car, c’est bien là son intention) alors que chacun sait, autour de la table planétaire, qu’il est rejeté par 70% de sa population et qu’il vient de vivre une situation pré insurrectionnelle ?
Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, c’est un Sarkozy encore plus affaibli qui se lancera dans sa campagne présidentielle, même si la peur de la chienlit lui aura, peut-être, permis de retrouver quelques électeurs de droite.

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